The Project Gutenberg EBook of Rapport sur l'Instruction Publique, les 10,
11 et 19 Septembre 1791, by Maurice Talleyrand-Prigord

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Title: Rapport sur l'Instruction Publique, les 10, 11 et 19 Septembre 1791
       fait au nom du Comit de Constitution  l'Assemble Nationale

Author: Maurice Talleyrand-Prigord

Release Date: August 17, 2008 [EBook #26336]

Language: French

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RAPPORT

SUR

L'INSTRUCTION PUBLIQUE,

FAIT

AU NOM DU COMIT DE CONSTITUTION

A L'ASSEMBLE NATIONALE,

les 10, 11 et 19 Septembre 1791,

par M. DE TALLEYRAND-PRIGORD,

Ancien vque d'Autun.

PAR ORDRE DE L'ASSEMBLE NATIONALE.



A PARIS,

DE L'IMPRIMERIE NATIONALE.

M. DCC. XCI.




THE FRENCH REVOLUTION RESEARCH COLLECTION

LES ARCHIVES DE LA RVOLUTION FRANAISE



MAXWELL
Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UK



DE

L'INSTRUCTION

PUBLIQUE.




RAPPORT

SUR

L'INSTRUCTION PUBLIQUE,

_Fait au nom du Comit de Constitution, par M. de_ TALLEYRAND-PRIGORD,
_ancien vque d'Autun_, _Administrateur du Dpartement de Paris_.


LES pouvoirs publics sont organiss: la libert, l'galit existent
sous la garde toute-puissante des Lois; la proprit a retrouv ses
vritables bases; et pourtant la Constitution pourroit sembler
incomplette, si l'on n'y attachoit enfin, comme partie conservatrice
et vivifiante, L'INSTRUCTION PUBLIQUE, que sans doute on auroit le
droit d'appeller un pouvoir, puisqu'elle embrasse un ordre de
fonctions distinctes qui doivent agir sans relche sur le
perfectionnement du Corps Politique et sur la prosprit gnrale.

Nous ne chercherons pas ici  faire ressortir la nullit ou les vices
innombrables de ce qu'on a nomm jusqu' ce jour _Instruction_. Mme sous
l'ancien ordre de choses, on ne pouvoit arrter sa pense sur la
barbarie de nos institutions, sans tre effray de cette privation
totale de lumires, qui s'tendoit sur la grande majorit des hommes;
sans tre rvolt ensuite et des opinions dplorables que l'on jettoit
dans l'esprit de ceux qui n'toient pas tout--fait dvous 
l'ignorance, et des prjugs de tous les genres dont on les
nourrissoit, et de la discordance, ou plutt de l'opposition absolue
qui existoit entre ce qu'un enfant toit contraint d'apprendre, et ce
qu'un homme toit tenu de faire; enfin, de cette dfrence aveugle
et persvrance pour des usages ds long-temps suranns, qui, nous
replaant sans cesse  l'poque o tout le savoir toit concentr dans
les Clotres, sembloit encore, aprs plus de dix sicles, destiner
l'universalit des Citoyens  habiter des Monastres.

Toutefois ces choquantes contradictions, et de plus grandes encore,
n'auroient pas d surprendre: elles devoient naturellement exister l
o constitutionnellement tout toit hors de sa place: o tant
d'intrts se runissoient pour tromper, pour dgrader l'espce
humaine; o la nature du Gouvernement repoussoit les principes dans
tout ce qui n'toit pas destin  flatter ses erreurs; o tout
sembloit faire une ncessit d'apprendre aux hommes, ds l'enfance, 
composer avec des prjugs, au milieu desquels ils toient appells 
vivre et  mourir; o il falloit les accoutumer  contraindre leur
pense, puisque la Loi elle-mme leur disoit avec menace qu'ils n'en
toient pas les matres; et o, enfin, une prudence pusillanime, qui
osoit se nommer vertu, s'toit fait un devoir de distraire leur esprit
de ce qui pouvoit un jour leur rappeller des droits qu'il ne leur
toit pas permis d'invoquer: et telle avoit t, sous ces rapports,
l'influence de l'opinion publique elle-mme, qu'on toit parvenu 
pouvoir prsenter  la jeunesse l'histoire des anciens Peuples libres,
 chauffer son imagination par le rcit de leurs hroques vertus, 
la faire vivre, en un mot, au milieu de Sparte et de Rome, sans que le
pouvoir le plus absolu eut rien  redouter de l'impression que
devoient produire ces grands et mmorables exemples. Aimons pourtant 
rappeller que, mme alors, il s'est trouv des hommes dont les
courageuses leons sembloient appartenir aux plus beaux jours de la
libert: et, sans insulter  de trop excusables erreurs, jouissons
avec reconnoissance des bienfaits de l'esprit humain, qui, dans toutes
les poques, a su prparer,  l'insu du despotisme, la rvolution
qui vient de s'accomplir.

Or si,  ces diverses poques, dont chaque jour nous spare par de si
grands intervalles, la simple raison, la saine philosophie ont pu
rclamer, non seulement avec justice, mais souvent avec quelque espoir
de succs, des changemens indispensables dans l'instruction publique;
si, dans tous les temps, il a t permis d'tre choqu de ce qu'elle
n'toit absolument en rapport avec rien, combien plus fortement
doit-on prouver le besoin d'une rforme totale dans un moment o elle
est sollicite  la fois, et par la raison de tous les Pays, et par la
constitution particulire du ntre.

Il est impossible, en effet, de s'tre pntr de l'esprit de cette
constitution sans y reconnotre que tous les principes invoquent les
secours d'une instruction nouvelle.

Forts de la toute-puissance nationale, vous tes parvenus  sparer,
dans le Corps politique, la volont commune ou la facult de faire des
Lois, de l'action publique ou des divers moyens d'en assurer
l'excution; et c'est l qu'existera ternellement le fondement de la
libert politique: mais, pour le complment d'un tel systme, il faut
sans doute que cette volont se maintienne toujours droite, toujours
claire, et que les moyens d'action soient invariablement dirigs
vers leur but: or ce double objet est videmment sous l'influence
directe et immdiate de l'instruction.

La Loi, rappelle enfin  son origine, est redevenue ce quelle n'et
jamais d cesser d'tre, l'expression de la volont commune. Mais pour
que cette volont, qui doit se trouver toute dans les Reprsentans de
la Nation, chargs par elle d'tre ses organes, ne soit pas  la merci
des volonts parses ou tumultueuses de la multitude souvent gare;
pour que ceux de qui tout pouvoir drive ne soient pas tents, ni
quant  l'mission de la Loi, ni quant  son excution, de reprendre
inconsidrment ce qu'ils ont donn, il faut que la raison publique,
arme de toute la puissance de l'instruction et des lumires,
prvienne ou rprime sans cesse ces usurpations individuelles,
destructives de tout principe, afin que le parti le plus fort soit
aussi, et pour toujours, le parti le plus juste.

Les hommes sont dclars libres; mais ne sait-on pas que l'instruction
aggrandit sans cesse la sphre de la libert civile, et, seule, peut
maintenir la libert politique contre toutes les espces de
despotisme? Ne sait-on pas que, mme sous la constitution la plus
libre, l'homme ignorant est  la merci du Charlatan, et beaucoup trop
dpendant de l'homme instruit; et qu'une instruction gnrale, bien
distribue, peut seule empcher, non pas la supriorit des esprits
qui est ncessaire, et qui mme concourt au bien de tous, mais le trop
grand empire que cette supriorit donneroit, si l'on condamnoit 
l'ignorance une classe quelconque de la socit? Celui qui ne sait ni
lire, ni compter, dpend de tout ce qui l'environne: celui qui connot
les premiers lmens du calcul, ne dpendroit pas du gnie de Newton,
et pourroit mme profiter de ses dcouvertes.

Les hommes sont reconnus gaux: et pourtant combien cette galit de
droits seroit peu sentie, seroit peu relle, au milieu de tant
d'ingalits de fait, si l'instruction ne faisoit sans cesse effort
pour rtablir le niveau, et pour affoiblir du moins les funestes
disparits qu'elle ne peut dtruire!

Enfin, et pour tout dire, la constitution existeroit-elle
vritablement, si elle n'existoit que dans notre code; si de-l elle
ne jettoit ses racines dans l'me de tous les Citoyens; si elle n'y
imprimoit  jamais de nouveaux sentimens, de nouvelles moeurs, de
nouvelles habitudes? Et n'est-ce pas  l'action journalire et
toujours croissante de l'instruction, que ces grands changemens sont
rservs?

Tout proclame donc l'instante ncessit d'organiser l'instruction:
tout nous dmontre que le nouvel tat des choses, lev sur les ruines
de tant d'abus, ncessite une cration en ce genre; et la dcadence
rapide et presque spontane des tablissemens actuels qui, dans toutes
les parties du Royaume, dprissent comme des plantes sur un terrein
nouveau qui les rejette, annonce clairement que le moment est venu
d'entreprendre ce grand ouvrage.

En nous livrant au travail qu'il demande, nous n'avons pu nous
dissimuler un instant les difficults dont il est entour. Il en est
de relles, et qui tiennent  la nature d'un tel sujet. L'instruction
est en effet un pouvoir d'une nature particulire. Il n'est donn 
aucun homme d'en mesurer l'tendue; et la puissance nationale ne peut
elle-mme lui tracer des limites. Son objet est immense, indfini: que
n'embrasse-t-il pas? Depuis les lmens les plus simples des Arts,
jusqu'aux principes les plus levs du droit public et de la morale;
depuis les jeux de l'enfance jusqu'aux reprsentations thtrales et
aux ftes les plus imposantes de la Nation, tout ce qui, agissant sur
l'me, peut y faire natre et y graver d'utiles ou de funestes
impressions, est essentiellement de son ressort. Ses moyens, qui vont
toujours en se perfectionnant, doivent tre diversement appliqus
suivant les lieux, le temps, les hommes, les besoins. Plusieurs
sciences sont encore  natre; d'autres n'existent dj plus; les
mthodes ne sont point fixes; les principes des sciences ne peuvent
l'tre, les opinions moins encore; et, sous aucun de ces rapports, il
ne nous appartient d'imposer des lois  la postrit. Tel est
nanmoins le pouvoir qu'il faut organiser.

A ct de ces difficults relles, il en est d'autres plus
embarrassantes peut-tre, par la raison que ce n'est pas avec des
principes qu'on parvient  les vaincre, et qu'il faut en quelque sorte
composer avec elles. Celles-ci naissent d'une sorte de frayeur
qu'prouvent souvent les hommes les mieux intentionns  la vue d'une
grande nouveaut; toute perfection leur semble idale; ils la
redoutent presqu' l'gal d'un systme erron, et souvent ils
parviennent  la rendre impraticable,  force de rpter qu'elle
l'est.

C'est  travers ces difficults qu'il nous a fallu marcher; mais nous
croyons avoir cart les plus fortes, en rduisant extrmement les
principes, et en nous bornant  ouvrir toutes les routes de
l'instruction, sans prtendre fixer aucune limite  l'esprit humain,
aux progrs duquel on ne peut assigner aucun terme.

Quant aux autres difficults, ceux qu'un trop grand changement
effraye, ne tarderont pas  voir que, si nous avons trac un plan pour
chaque partie de l'instruction, c'est que dans la chose la plus
pratique il falloit se tenir en garde contre les inconvniens des
principes purement spculatifs; qu'il ne suffisoit pas de marquer le
but, qu'il falloit aussi ouvrir les routes: mais en mme temps nous
avons pens qu'il toit ncessaire de laisser aux divers Dpartemens,
qui connotront et ce qu'exigent les besoins, et ce que permettent les
moyens de chaque lieu,  dterminer le moment o tel point en
particulier pourra tre ralis avec avantage, comme aussi  le
modifier dans quelques dtails; car nous voulons que le passage de
l'ancienne instruction  la nouvelle se fasse sans convulsion, et
sur-tout sans injustice individuelle.

Pour nous tracer quelque ordre dans un sujet aussi vaste, nous avons
considr l'instruction sous les divers rapports qu'elle nous a paru
prsenter  l'esprit.

L'instruction en gnral a pour but de perfectionner l'homme dans
tous les ges, et de faire servir sans cesse  l'avantage de chacun et
au profit de l'association entire les lumires, l'exprience, et
jusqu'aux erreurs des gnrations prcdentes.

Un des caractres les plus frappans dans l'homme est la
_perfectibilit_; et ce caractre, sensible dans l'individu, l'est
bien plus encore dans l'espce: car peut-tre n'est-il pas impossible
de dire de tel homme en particulier, qu'il est parvenu au point o il
pouvoit atteindre, et il le sera ternellement de l'affirmer de
l'espce entire, dont la richesse intellectuelle et morale s'accrot
sans interruption de tous les produits des sicles antrieurs.

Les hommes arrivent sur la terre, avec des facults diverses, qui sont
-la-fois les instrumens de leur bien-tre et les moyens d'accomplir
la destine  laquelle la socit les appelle; mais ces facults,
d'abord inactives, ont besoin et du temps, et des choses, et des
hommes pour recevoir leur entier dveloppement, pour acqurir toute
leur nergie; mais chaque individu entre dans la vie avec une
ignorance profonde sur ce qu'il peut et doit tre un jour; c'est 
l'instruction  le lui montrer; c'est  elle  fortifier,  accrotre
ses moyens naturels de tous ceux que l'association fait natre, et que
le temps accumule. Elle est l'art plus ou moins perfectionn de mettre
les hommes en toute valeur, tant pour eux que pour leurs semblables;
de leur apprendre  jouir pleinement de leurs droits,  respecter et
remplir facilement tous leurs devoirs; en un mot,  vivre heureux et 
vivre utiles; et de prparer ainsi la solution du problme, le plus
difficile peut-tre des socits, qui consiste dans la meilleure
distribution des hommes.

On doit considrer en effet la Socit, comme un vaste attelier. Il ne
suffit pas que tous y travaillent; il faut que tous y soient  leur
place, sans quoi il y a opposition de forces, au lieu du concours qui
les multiplie. Qui ne sait qu'un petit nombre, distribu avec
intelligence, doit faire plus et mieux qu'un plus grand, dou des
mmes moyens, mais diffremment plac? La plus grande de toutes les
conomies, puisque c'est l'conomie des hommes, consiste donc  les
mettre dans leur vritable position: or il est incontestable qu'un bon
systme d'instruction est le premier des moyens pour y parvenir.

Comment le former ce systme? Il sera sans doute, sous beaucoup de
rapports, l'ouvrage du temps pur par l'exprience; mais il est
essentiel d'en acclrer l'poque. Il faut donc en indiquer les bases,
et reconnotre les principes dont il doit tre le dveloppement
progressif.

L'instruction peut tre considre comme un produit de l Socit,
comme une source de biens pour la Socit; comme une source galement
fconde de biens pour les individus.

Et d'abord, il est impossible de concevoir une runion d'hommes, un
assemblage d'tres intelligens, sans y appercevoir aussitt des moyens
d'instruction. Ces moyens naissent de la libre communication des
ides, comme aussi de l'action rciproque des intrts. C'est alors
sur-tout qu'il est vrai, de dire que les hommes sont disciples de tout
ce qui les entoure: mais ces lmens d'instruction, ainsi
universellement rpandus, ont besoin d'tre runis, combins, et
dirigs, pour qu'il en rsulte un art, c'est--dire, un moyen prompt
et facile de faire arriver  chacun, par des routes sres, la part
d'instruction qui lui est ncessaire. Dans une heureuse combinaison de
ces moyens rside le vrai systme d'instruction.

Sous ce premier point de vue, l'instruction rclame les principes
suivans.

1. Elle doit exister pour tous: car puisqu'elle est un des rsultats,
aussi bien qu'un des avantage de l'association, on doit conclure
qu'elle est un bien commun des associs: nul ne peut donc en tre
lgitimement exclus; et celui-l, qui a le moins de proprits
prives, semble mme avoir un droit de plus pour participer  cette
proprit commune.

2. Ce principe se lie  un autre. Si chacun a le droit de recevoir
les bienfaits de l'instruction, chacun a rciproquement le droit de
concourir  les rpandre: car c'est du concours et de la rivalit des
efforts individuels que natra toujours le plus grand bien. La
confiance doit seule dterminer les choix pour les fonctions
instructives; mais tous les talens sont appells de droit  disputer
ce prix de l'estime publique. Tout privilge est, par sa nature,
odieux: un privilge, en matire d'instruction, seroit plus odieux et
plus absurde encore.

3. L'instruction, quant  son objet, doit tre universelle: car c'est
alors qu'elle est vritablement un bien commun, dans lequel chacun
peut s'approprier la part qui lui convient. Les diverses connoissances
qu'elle embrasse, peuvent ne pas parotre galement utiles; mais il
n'en est aucune qui ne le soit vritablement, qui ne puisse le devenir
davantage, et qui par consquent doive tre rejette ou nglige. Il
existe d'ailleurs entr'elles une ternelle alliance, une dpendance
rciproque; car elles ont toutes, dans la raison de l'homme, un point
commun de runion, de telle sorte que ncessairement l'une s'enrichit
et se fortifie par l'autre: de l il rsulte que, dans une socit
bien organise, quoique personne ne puisse parvenir  tout savoir, il
faut nanmoins qu'il soit possible de tout apprendre.

4. L'Instruction doit exister pour l'un et l'autre sexe; cela est
trop vident: car, puisqu'elle est un bien commun, sur quel principe
l'un des deux pourroit-il en tre dshrit par la Socit protectrice
des droits de tous?

5. Enfin elle doit exister pour tous les ges. C'est un prjug de
l'habitude de ne voir toujours en elle que l'institution de la
jeunesse. L'instruction doit conserver et perfectionner ceux qu'elle
a dj forms: elle est d'ailleurs un bienfait social et universel;
elle doit donc naturellement s'appliquer  tous les ges, si tous les
ges en sont susceptibles: or qui ne voit qu'il n'en est aucun o les
facults humaines ne puissent tre utilement exerces, o l'homme ne
puisse tre affermi dans d'heureuses habitudes, encourag  faire le
bien, clair sur les moyens de l'oprer: et qu'est-ce que tous ces
secours, si ce n'est des manations du Pouvoir instructif?

De ces principes qui ne sont,  proprement parler, que des
consquences du premier, naissent des consquences ultrieures et dj
clairement indiques.

Puisque l'Instruction doit exister pour tous, il faut donc qu'il
existe des tablissemens qui la propagent dans chaque partie de
l'Empire, en raison de ses besoins, du nombre de ses habitans, et de
ses rapports dans l'association politique.

Puisque chacun a le droit de concourir  la rpandre, il faut donc que
tout privilge exclusif sur l'Instruction soit aboli sans retour.

Puisqu'elle doit tre universelle, il faut donc que la Socit
encourage, facilite tous les genres d'enseignement, et en mme-temps
qu'elle protge spcialement ceux dont l'utilit actuelle et immdiate
sera le plus gnralement reconnue et le plus approprie  la
constitution et aux moeurs nationales.

Puisque l'instruction doit exister pour chaque sexe, il faut donc
crer promptement des coles, et pour l'un, et pour l'autre; mais il
faut aussi crer pour elles des principes d'instruction: car ce ne
sont pas les coles, mais les principes qui les dirigent, qu'il faut
regarder comme les vritables propagateurs de l'instruction.

Enfin, puisqu'elle doit exister pour tous les ges, il faut ne pas
s'occuper exclusivement, comme on l'a fait jusqu' ce jour parmi nous,
d'tablissemens pour la jeunesse; il faut aussi crer, organiser des
institutions d'un autre ordre qui soient pour les hommes de tout ge,
de tout tat, et dans les diverses positions de la vie, des sources
fcondes d'instruction et de bonheur.

L'Instruction, considre dans ses rapports avec l'avantage de la
Socit, exige, comme principe fondamental, qu'il soit enseign  tous
les hommes:

1. A connotre la Constitution de cette Socit;--2. A la
dfendre;--3. A la perfectionner;--4. Et, avant tout,  se pntrer
des principes de la morale qui est antrieure  toute Constitution, et
qui, plus qu'elle encore, est la sauve-garde et la caution du bonheur
public.

De-l diverses consquences relatives  la constitution Franoise.

Il faut apprendre  connotre la Constitution. Il faut donc que la
Dclaration des droits et les principes constitutionnels composent 
l'avenir un nouveau catchisme pour l'enfance, qui sera enseign
jusques dans les plus petites coles du Royaume. Vainement on a voulu
calomnier cette Dclaration: c'est dans les droits de tous que se
trouveront ternellement les devoirs de chacun.

Il faut apprendre  dfendre la Constitution. Il faut donc que
par-tout la jeunesse se forme, dans cet esprit, aux exercices
militaires, et que par consquent il existe un grand nombre d'coles
gnrales, o toutes les parties de cette science soient complettement
enseignes: car le moyen de faire rarement usage de la force est de
bien connotre l'art de l'employer.

Il faut apprendre  perfectionner la Constitution. En faisant serment
de la dfendre, nous n'avons pu renoncer, ni pour nos descendans, ni
pour nous-mmes, au droit et  l'espoir de l'amliorer. Il
importeroit donc que toutes les branches de l'art social pussent tre
cultives dans la nouvelle instruction; mais cette ide, dans toute
l'tendue qu'elle prsente  l'esprit, seroit d'une excution
difficile au moment o la Science commence  peine  natre. Toutefois
il n'est pas permis de l'abandonner, et il faut du moins encourager
tous les essais, tous les tablissement partiels en ce genre, afin que
le plus noble, le plus utile des arts ne soit pas priv de tout
enseignement.

Il faut apprendre  se pntrer de la morale, qui est le premier
besoin de toutes les Constitutions. Il faut donc, non-seulement qu'on
la grave dans tous les coeurs par la voie du sentiment et de la
conscience, mais aussi qu'on l'enseigne comme une science vritable,
dont les principes seront dmontrs  la raison de tous les hommes, 
celle de tous les ges. C'est par l seulement qu'elle rsistera 
toutes les preuves. On a gmi long-temps de voir les hommes de toutes
les nations, de toutes les religions, la faire dpendre exclusivement
de cette multitude d'opinions qui les divisent. Il en est rsult de
grands maux: car en la livrant  l'incertitude, souvent  l'absurdit,
on l'a ncessairement compromise, on l'a rendue versatile et
chancelante. Il est temps de l'asseoir sur ses propres bases; il est
temps de montrer aux hommes que, si de funestes divisions les
sparent, il est du moins dans la morale un rendez-vous commun o ils
doivent tous se rfugier et se runir. Il faut donc en quelque sorte
la dtacher de tout ce qui n'est pas elle, pour la rattacher ensuite 
ce qui mrite notre assentiment et notre hommage,  ce qui doit lui
prter son appui. Ce changement est simple; il ne blesse rien;
sur-tout il est possible. Comment ne pas voir en effet qu'abstraction
faite de tout systme, de toute opinion, et en ne considrant dans les
hommes que leurs rapports avec les autres hommes, on peut leur
enseigner ce qui est bon, ce qui est juste, le leur faire aimer, leur
faire trouver du bonheur dans les actions honntes, du tourment dans
celles qui ne le sont pas, former enfin de bonne heure leur esprit et
leur conscience, et les rendre l'un et l'autre sensibles  la moindre
impression de tout ce qui est mal. La nature a pour cela fait de
grandes avances; elle a dou l'homme de la raison et de la compassion:
par la premire, il est clair sur ce qui est juste; par la seconde,
il est attir vers ce qui est bon: voil le double principe de toute
morale. Mais cette nouvelle partie de l'instruction, pour tre bien
enseigne, exige un ouvrage lmentaire, simple,  la fois clair et
profond. Il est digne de l'Assemble Nationale d'appeller sur un tel
objet les veilles et les mditations de tous les vrais Philosophes.

L'instruction, comme source d'avantages pour les individus, demande
que toutes les facults de l'homme soient exerces; car c'est  leur
exercice bien rgl qu'est attach son bonheur, et c'est en les
avertissant toutes, qu'on est sr de dcider la facult distinctive de
chaque homme.

Ainsi l'instruction doit s'tendre sur toutes les facults,
_physiques_, _intellectuelles_, _morales_.

_Physiques._ C'est une trange bizarrerie de la plupart de nos
ducations modernes de ne destiner au corps que des dlassemens. Il
faut travailler  conserver sa sant,  augmenter sa force,  lui
donner de l'adresse, de l'agilit: car ce sont-l de vritables
avantages pour l'individu. Ce n'est pas tout: ces qualits sont le
principe de l'industrie, et l'industrie de chacun cre sans cesse des
jouissances pour les autres. Enfin la raison dcouvre dans les
diffrens exercices de la Gymnastique, si cultive parmi les Anciens,
si nglige parmi nous, d'autres rapports encore qui intressent
particulirement la morale et la socit. Il importe donc, sous tous
les points de vue, d'en faire un objet capital de l'instruction.

_Intellectuelles._ Elles ont t divises en trois classes:
_l'Imagination_, _la Mmoire_ et _la Raison_. A la premire ont paru
appartenir les beaux Arts et les Belles-Lettres;  la seconde,
l'Histoire, les Langues;  la troisime, les Sciences exactes. Mais
cette division dj ancienne, et les classifications qui en dpendent,
sont loin d'tre irrvocablement fixes: dj mme elles sont
regardes comme incomplettes et absolument arbitraires par ceux qui en
ont soumis le principe  une analyse rflchie; toutefois il n'y a nul
inconvnient  les employer encore comme formant la dernire carte des
connoissances humaines. L'essentiel est que, dans tous les
tablissemens complets, l'Instruction s'tende sur les objets qu'elles
renferment, sans exclure aucun de ceux qui pourroient n'y tre pas
indiqus. C'est au temps  faire le reste.

_Morales._ On ne les a, jusqu' ce jour, ni classes, ni dfinies, ni
analyses; et peut-tre une telle entreprise seroit-elle hors des
moyens de l'esprit humain; mais on sait qu'il est un sens interne, un
sentiment prompt, indpendant de toute rflexion, qui appartient 
l'homme et parot n'appartenir qu' l'homme seul. Sans lui, ainsi
qu'il a t dj dit, on peut connotre le bien; par lui seul on
l'affectionne, et l'on contracte l'habitude de le pratiquer sans
efforts. Il est donc essentiel d'avertir, de cultiver, et sur-tout de
diriger de bonne heure une telle facult, puisqu'elle est en quelque
sorte le complment des moyens de vertu et de bonheur.

En rapprochant les divers points de vue sous lesquels nous avons
considr l'instruction, nous en avons dduit les rgles suivantes sur
la rpartition de l'enseignement.

Il doit exister pour tous les hommes une premire instruction commune
 tous. Il doit exister pour un grand nombre une instruction qui tende
 donner un plus grand dveloppement aux facults, et clairer chaque
lve sur sa destination particulire. Il doit exister pour un
certain nombre une instruction spciale et approfondie, ncessaire 
divers tats dont la Socit doit retirer de grands avantages.

La premire instruction seroit place dans chaque canton, ou plus
exactement, dans chaque division qui renferme une assemble primaire;
la seconde, dans chaque District; la troisime, rpondroit  chaque
Dpartement; afin que par-l chacun put trouver, ou chez soi, ou
autour de soi, tout ce qu'il lui importe de connotre.

De-l une distribution graduelle, une hirarchie instructive
correspondante  la hirarchie de l'administration.

Cette distribution ne doit pas au reste tre purement topographique.
Il faut que l'instruction s'allie le plus possible au nouvel tat des
choses, et qu'elle prsente, dans ces diverses gradations, des
rapports avec la nouvelle constitution. Voici l'ide que nous nous en
sommes faite.

Prs des Assembles primaires qui sont les _units_ du Corps politique,
les premiers lmens nationaux, se place naturellement la premire
cole, l'cole lmentaire. Cette cole est pour l'enfance, et ne doit
comprendre que des documens gnraux, applicables  toutes les
conditions. C'est au moment o les facults intellectuelles annoncent
l'tre qui sera dou de la raison, que la Socit doit en quelque
sorte introduire un enfant dans la vie sociale, et lui apprendre  la
fois ce qu'il faut pour tre un jour un bon citoyen et pour vivre
heureux. On ne sait encore quelle place il occupera dans cette
socit; mais on sait qu'il a le droit d'y tre bien et d'aspirer  en
tre un jour un membre utile; il faut donc lui faire connotre ce qui
est ncessaire et pour l'un et pour l'autre.

Au-dessus des Assembles primaires s'lvent, dans la hirarchie
administrative, celles de District, dont les fonctions sont presque
toutes prparatoires, et dont les membres se composent d'un petit
nombre pris dans ces Assembles primaires: de mme aussi au-del des
premires coles seront tablies dans chaque District, des coles
moyennes ouvertes  tout le monde, mais destines nanmoins, par la
nature des choses,  un petit nombre seulement d'entre les lves des
coles primaires. On sent en effet qu'au sortir de la premire
instruction, qui est la portion commune du patrimoine que la Socit
rpartit  tous, le grand nombre, entran par la loi du besoin, doit
prendre sa direction vers un tat promptement productif; que ceux qui
sont appells par la nature  des professions mcaniques,
s'empresseront, (sauf quelques exceptions)  retourner dans la maison
paternelle, ou  se former dans des atteliers; et que ce seroit une
vritable folie, une sorte de bienfaisance cruelle, de vouloir faire
parcourir  tous, les divers dgrs d'une instruction inutile et par
consquent nuisible au plus grand nombre. Cette seconde instruction
sera donc pour ceux qui, n'tant appells, ni par got, ni par besoin,
 des occupations mcaniques, ou aux fonctions de l'agriculture,
aspirent  d'autres professions, ou cherchent uniquement  cultiver, 
orner leur raison et  donner  leurs facults un plus grand
dveloppement. L, n'est donc pas encore la dernire instruction: car
le choix d'un tat n'est point fait. Il s'agit seulement de s'y
disposer; il s'agit de reconnotre, dans le dveloppement prompt de
celle des facults qui semble distinguer chaque individu, l'indication
du voeu de la nature pour le choix d'un tat prfrablement  tout
autre. D'o il suit que cette instruction doit prsenter un grand
nombre d'objets, et nanmoins qu'aucun de ces objets ne doit tre trop
approfondi, puisque ce n'est encore l qu'un enseignement
prparatoire.

Enfin, dans l'chelle administrative se trouve place au sommet
l'administration de Dpartement, et  ce degr d'administration doit
correspondre le dernier degr de l'Instruction, qui est l'Instruction
ncessaire aux divers tats de la Socit. Ces tats sont en grand
nombre; mais on doit ici les rduire beaucoup: car il ne faut un
tablissement national que pour ceux dont la pratique exige une longue
thorie, et dans l'exercice desquels les erreurs seroient funestes 
la Socit. L'tat de Ministre de la religion, celui d'Homme de loi,
celui de Mdecin, qui comprend l'tat de Chirurgien, enfin, celui de
Militaire: voil les tats qui prsentent ce caractre. Ce dernier
mme semblerait d'abord pouvoir ne pas y tre compris, par la raison
que, dans plusieurs de ses parties, il peut tre utilement exerc ds
le jour mme qu'on s'y destine, mais comme il y en a de
trs-multiplies qui demandent une instruction profonde; comme il
importe au salut de tous que, dans l'art difficile d'employer et de
diriger la force publique, nous ne soyons infrieurs  aucune autre
Puissance; comme enfin, d'aprs nos principes constitutionnels chacun
est appell,  remplir des fonctions militaires, il nous a sembl
qu'il toit ncessaire de le comprendre aussi dans la classe des tats
auxquels la Socit destinera des tablissemens particuliers.

Par l rpondront aux divers degrs de la hirarchie administrative
les diffrentes gradations de l'Instruction publique; et de mme
qu'au-del de toutes les administrations, se trouve plac le premier
organe de la Nation, le Corps lgislatif, investi de toute la force de
la volont publique; ainsi, tant pour le complment de l'Instruction,
que pour le rapide avancement de la science, il existera dans le
chef-lieu de l'Empire, et comme au fate de toutes les Instructions,
une cole plus particulirement nationale, un _Institut_ universel
qui, s'enrichissant des lumires de toutes les parties de la France,
prsentera sans cesse la runion des moyens les plus heureusement
combins pour l'enseignement des connoissances humaines et leur
accroissement indfini. Cet institut, plac dans la Capitale, cette
patrie naturelle des arts, au milieu des grands modles de tous les
genres qui honorent la Nation, nous a paru correspondre, sous plus
d'un rapport dans la hirarchie instructive, au Corps lgislateur
lui-mme, non qu'il puisse jamais s'arroger le droit d'imposer des
lois ou d'en surveiller l'excution, mais parce que, se trouvant
naturellement le centre d'une correspondance toujours renouvelle avec
tous les Dpartemens, il est destin, par la force des choses, 
exercer une sorte d'empire, celui que donne une confiance toujours
libre et toujours mrite; que, runissant des moyens dont l'ensemble
ne peut se trouver que l, il deviendra, par le privilge lgitime de
la supriorit, le propagateur des principes et le vritable
lgislateur des mthodes; qu' l'instar du Corps lgislatif, ses
membres seront aussi l'lite des hommes instruits de toutes les
parties de la France, et que les lves eux-mmes, dont la premire
ducation distingue par des succs mritera d'tre perfectionne pour
le plus grand bien de la Nation, tant choisis dans chaque Dpartement
pour tre envoys  cette cole, ainsi qu'il sera expliqu ci-aprs,
seront, en vertu d'un tel choix, comme les jeunes Dputs, si non
encore de la confiance, au moins de l'esprance nationale.

Cette hirarchie ainsi expose, il parotroit naturel de passer 
l'indication des objets et des moyens d'instruction, pour chacun des
degrs que nous venons de marquer; mais auparavant, il est une
question  rsoudre et sur laquelle les bons esprits eux-mmes sont
partags; c'est celle qui regarde la _gratuit_ de l'Instruction.

Il doit exister une Instruction gratuite: le principe est
incontestable; mais jusqu' quel point doit-elle tre gratuite? sur
quels objets seulement doit-elle l'tre? quelles sont, en un mot, les
limites de ce grand bienfait de la Socit envers ses membres?

Quelque difficult semble d'abord obscurcir cette question. D'une
part, lorsqu'on rflchit sur l'organisation sociale et sur la nature
des dpenses publiques, on ne se fait pas tout de suite  l'ide
qu'une Nation puisse donner gratuitement  ses membres, puisque,
n'existant que par eux, elle n'a rien qu'elle ne tienne d'eux. D'autre
part, le Trsor national ne se composant que des contributions dont le
prlvement est toujours douloureux aux individus, on se sent
naturellement port  vouloir en restreindre l'emploi, et l'on regarde
comme une conqute tout ce qu'on s'abstient de payer au nom de la
Socit.

Des rflexions simples fixeront sur ce point les ides.

Qu'on ne perde pas de vue qu'une Socit quelconque, par cela mme
qu'elle existe, est soumise  des dpenses gnrales, ne fut-ce que
pour les frais indispensables de toute association: de-l rsulte la
ncessit de former un fonds  l'aide des contributions particulires.

De l'emploi de ce fonds naissent, dans une Socit bien ordonne, par
un effet de la distribution et de la sparation des travaux publics,
d'incalculables avantages pour chaque individu, acquis  peu de frais
par chacun d'eux.

Ou plutt la contribution, qui semble d'abord tre une atteinte  la
proprit, est, sous un bon rgime, un principe rel d'accroissement
pour toutes les proprits individuelles.

Car chacun reoit en retour le bienfait inestimable de la protection
sociale qui multiplie pour lui les moyens, et par consquent les
proprits: et de plus, dlivr d'une foule de travaux auxquels il
n'auroit pu se soustraire, il acquiert la facult de se livrer, autant
qu'il le dsire,  ceux qu'il s'impose lui-mme, et par-l de les
rendre aussi productifs qu'ils peuvent l'tre.

C'est donc  juste titre que la Socit est dite accorder
_gratuitement_ un bienfait, lorsque, par le secours de contributions
justement tablies et impartialement rparties, elle en fait jouir
tous ses membres, sans qu'ils soient tenus d'aucune dpense nouvelle.

Reste  dterminer seulement dans quel cas et sur quel principe elle
doit appliquer ainsi une partie des contributions; car, sans
approfondir la thorie de l'impt, on sent qu'il doit y avoir un
terme, pass lequel, les contributions seroient un fardeau dont aucun
emploi ne pourroit ni justifier, ni compenser l'normit. On sent
aussi que la Socit, considre en corps, ne peut ni tout faire, ni
tout ordonner, ni tout payer, puisque, s'tant forme principalement
pour assurer et tendre la libert individuelle, elle doit
habituellement laisser agir plutt que faire elle-mme.

Il est certain qu'elle doit d'abord payer ce qui est ncessaire pour
la dfendre et la gouverner, puisqu'avant tout, elle doit pourvoir 
son existence.

Il ne l'est pas moins qu'elle doit payer ce qu'exigent les diverses
fins pour lesquelles elle existe, par consquent ce qui est ncessaire
pour assurer  chacun sa libert et sa proprit; pour carter des
associs une foule de maux auxquels ils seroient sans cesse exposs
hors de l'tat de socit; enfin, pour les faire jouir des biens
publics qui doivent natre d'une bonne association: car voil les
trois fins pour lesquelles toute Socit s'est forme; et, comme il
est vident que l'Instruction tiendra toujours un des premiers rangs
parmi ces biens, il faut conclure que la Socit doit aussi payer tout
ce qui est ncessaire pour que l'Instruction parvienne  chacun de
ses membres.

Mais s'en suit-il de-l que toute espce d'Instruction doive tre
accorde gratuitement  chaque individu? Non.

La seule que la Socit doive avec la plus entire gratuit, est celle
qui est essentiellement commune  tous, parce qu'elle est ncessaire 
tous. Le simple nonc de cette proposition en renferme la preuve: car
il est vident que c'est dans le trsor commun que doit tre prise la
dpense ncessaire pour un bien commun; or l'Instruction primaire est
absolument et rigoureusement commune  tous, puisqu'elle doit
comprendre les lmens de ce qui est indispensable, quelqu'tat que
l'on embrasse. D'ailleurs, son but principal est d'apprendre aux
enfans  devenir un jour des citoyens. Elle les initie en quelque
sorte dans la Socit, en leur montrant les principales lois qui la
gouvernent, les premiers moyens pour y exister: or n'est-il pas juste
qu'on fasse connotre  tous gratuitement ce que l'on doit regarder
comme les conditions mmes de l'association dans laquelle on les
invite d'entrer? Cette premire instruction nous a donc paru une dette
rigoureuse de la Socit envers tous. Il faut qu'elle l'acquitte sans
aucune restriction.

Quant aux diverses parties d'Instruction qui seront enseignes dans
les coles de District et de Dpartement, ou dans l'Institut, comme
elles ne sont point en ce sens communes  tous, quoiqu'elles soient
accessibles  tous, la Socit n'en doit nullement l'application
gratuite  ceux qui librement voudront les apprendre. Il est bien vrai
que, puisqu'il doit en rsulter un grand avantage pour la Socit,
elle doit pourvoir  ce qu'elles existent. Elle doit par consquent se
charger envers les Instituteurs de la part rigoureusement ncessaire
de leur traitement, en sorte, que dans aucun cas, leur existence et
le sort de l'tablissement ne puissent tre compromis; elle doit
organisation, protection, mme secours  ces divers tablissemens:
elle doit faire, en un mot, tout ce qui sera ncessaire pour que
l'enseignement y soit bon, qu'il s'y perptue et qu'il s'y
perfectionne; mais comme ceux qui frquenteront ces coles, en
recueilleront aussi un avantage trs-rel, il est parfaitement juste
qu'ils supportent une partie des frais, et que ce soit eux qui
ajoutent  l'existence de leurs Instituteurs les moyens d'aisance qui
allgeront leurs travaux, et qui s'accrotront par la confiance qu'ils
auront inspire. Il ne conviendroit, sous aucun rapport, que la
Socit s'impost la loi de donner pour rien les moyens de parvenir 
des tats qui, en proportion du succs, doivent tre trs-productifs
pour celui qui les embrasse.

A ces motifs de raison et de justice s'unissent de grands motifs de
convenance. On a pu mille fois remarquer que, parmi la foule d'lves
que la vanit des parens jettoit inconsidrment dans nos anciennes
coles ouvertes gratuitement  tout le monde, un grand nombre,
parvenus  la fin des tudes qu'on y cultivoit, n'en toient pas plus
propres aux divers tats dont elles toient les prliminaires, et
qu'ils n'y avoient gagn qu'un dgot insurmontable pour les
professions honorables et ddaignes auxquelles la nature les avoient
appells; de telle sorte qu'ils devenoient des tres trs-embarrassans
dans la Socit. Maintenant qu'il y aura une rtribution quelconque 
donner, qui stimulera -la-fois le Professeur et l'lve, il est clair
que les parens ne seront plus tents d'tre les victimes d'une vanit
mal entendue, et que par-l l'agriculture et les mtiers, dont un sot
orgueil loignoit sans cesse, reprendront et conserveront tous ceux
qui sont vritablement destins  les cultiver.

Mais si la Nation n'est point oblige, si mme elle n'a pas le droit
de s'imposer de telles avances, il est une exception honorable qu'elle
est tenue de consacrer: c'est celle que la nature elle-mme semble
avoir faite en accordant le talent. Destin  tre un jour le
bienfaiteur de la Socit, il faut que, par une reconnoissance
anticipe, il soit encourag par elle; qu'elle le soigne, qu'elle
carte d'autour de lui tout ce qui pourroit arrter ou retarder sa
marche; il faut que, quelque part qu'il existe, il puisse librement
parcourir tous les degrs de l'Instruction; que l'lve des coles
primaires qui a manifest des dispositions prcieuses qui l'appellent
 l'cole suprieure, y parvienne aux dpens de la Socit, s'il est
pauvre; que de l'cole de District, lorsqu'il s'y distinguera, il
puisse s'lever sans obstacle, et encore  titre de rcompense 
l'cole plus savante du Dpartement, et ainsi de degr en degr et par
un choix toujours plus svre, jusqu' l'_Institut national_.

Par-l aucun talent vritable ne se trouvera perdu ni nglig, et la
Socit aura entirement acquitt sa dette. Mais on sent qu'un tel
bienfait ne doit pas tre prodigu, soit parce qu'il est pris sur la
fortune publique dont on doit se montrer avare, soit aussi parce qu'il
est dangereux de trop encourager les demi-talens.

Ainsi, la gratuit de l'Instruction s'tendra jusqu'o elle doit
s'tendre: elle aura pourtant encore des bornes; mais ces bornes sont
indiques par la raison: il toit ncessaire de les poser.

Toute la question sur l'Instruction gratuite se rsume donc en fort
peu de mots.

Il est une Instruction absolument ncessaire  tous. La Socit la
doit  tous: non-seulement elle en doit les moyens, elle doit aussi
l'application de ces moyens.

Il est une instruction qui, sans tre ncessaire  tous, est pourtant
ncessaire dans la Socit en mme-temps qu'elle est utile  ceux qui
la possdent. La Socit doit en assurer les moyens; mais c'est aussi
aux individus qui en profitent,  prendre sur eux une partie des frais
de l'application.

Il est enfin une Instruction qui, tant ncessaire dans la Socit,
parot lui devoir tre beaucoup plus profitable, si elle parvient 
certains individus qui annoncent des dispositions particulires. La
Socit, pour son intrt autant que pour sa gloire, doit donc  ces
individus, non pas seulement l'existence des moyens d'Instruction,
mais encore tout ce qu'il faut pour qu'ils puissent en faire usage.

Ces principes une fois poss, leur vrit sentie, leur ncessit
reconnue, il faut passer  l'application, et organiser ces
Institutions diverses que nous n'avons fait qu'indiquer. Cette
organisation doit comprendre -la-fois et les objets et les moyens
d'Instruction pour chacune d'elles; ce qui est ncessaire pour
qu'elles existent, pour qu'elles soient utiles, pour qu'elles se
perptuent, pour qu'elles s'amliorent.

       *       *       *       *       *

AVANT d'entrer dans l'organisation des tablissemens d'instruction,
j'observe qu'il ne sera point ncessaire, que peut-tre mme,  raison
de l'insuffisance des moyens dans quelques Dpartemens, il seroit
dangereux que cette organisation, prise dans son ensemble, s'tablit
tout--coup dans tout le Royaume; car c'est sur-tout en matire
d'instruction qu'il faut que chaque tablissement soit provoqu par le
besoin, par l'opinion, par la confiance. Il faut que tout arrive, mais
que tout arrive  temps.

J'observe aussi que des ingalits invitables entre les Dpartemens
doivent rompre, dans quelques points, cette uniformit de plan que
nous avons trace: ainsi, lorsqu'au jugement de l'Administration
suprieure du lieu, on ne pourra dans un Dpartement, dans un
District, et mme dans un canton, runir le nombre d'Instituteurs
ncessaires, ou que d'autres localits prsenteront des obstacles  la
formation d'un tablissement d'instruction, il faudra, pour que tout
marche, pour que sur-tout il n'y ait point de lacune dans
l'instruction publique, que chacune de ces sections puisse s'associer
 une section correspondante pour le genre d'enseignement qui lui est
attribu. De-l rsulteront de nouveaux liens entre tous les
Dpartemens du Royaume et entre toutes les subdivisions de chaque
Dpartement. Ce que nous prsentons ici aux diffrens Dpartemens est
donc moins ce qu'ils sont tenus de faire aujourd'hui, que ce qu'ils
doivent prparer, que ce qu'ils doivent commencer aussitt qu'ils en
auront rassembl les moyens.

Nous nous sommes assurs que Paris toit en tat, avoit mme besoin de
recevoir toutes ces institutions nouvelles; il est instant de les y
tablir, afin que toutes les parties du Royaume voyent promptement en
activit un modle dont chacun, suivant sa localit, pourra se
rapprocher. En vous prsentant un plan gnral d'organisation, il a
donc t naturel, presque ncessaire, que nous en fissions
l'application directe  ce Dpartement.

Ces observations par lesquelles nous nous sommes interrompus, en
quelque sorte, nous-mmes, mais qu'il toit peut-tre indispensable de
faire, nous ramnent avec plus de scurit au dveloppement de nos
ides.




_COLES PRIMAIRES._


JUSQU'A l'ge de six  sept ans, l'Instruction publique ne peut gure
atteindre l'enfance: ses facults sont trop foibles, trop peu
dveloppes: elles demandent des soins trop particuliers, trop
exclusifs. Jusqu'alors il a fallu la nourrir, la soigner, la
fortifier, la rendre heureuse: c'est le devoir des mres. L'Assemble
Nationale, loin de contrarier en cela le voeu de la nature, le
respectera, au point de s'interdire toute Loi  cet gard: elle
pensera qu'il suffit de les rappeller  ces fonctions touchantes par
le sentiment mme de leur bonheur, et de consacrer, par le plus
clatant suffrage, les immortelles leons que leur a donnes l'Auteur
d'_mile_.

Mais -peu-prs vers l'ge de sept ans, un enfant pourra tre admis
aux coles _primaires_. Nous disons _admis_, pour carter toute ide
de contrainte. La Nation offre  tous le grand bienfait, de
l'Instruction; mais elle ne l'impose  personne. Elle sait que chaque
famille est aussi une cole _primaire_, dont le pre est le chef; que
ses instructions, si elles sont moins nergiques, sont aussi plus
persuasives, plus pntrantes; qu'une tendresse active peut souvent
suppler  des moyens dont l'ensemble n'existe que dans une
instruction commune: elle pense, elle espre que les vrais principes
pntreront insensiblement, de ces nombreuses institutions, dans le
sein des familles, et en banniront les prjugs de tout genre qui
corrompent l'ducation domestique: elle respectera donc des ternelles
convenances de la Nature qui, mettant sous la sauve-garde de la
tendresse paternelle le bonheur des enfans, laisse au pre le soin de
prononcer sur ce qui leur importe davantage jusqu'au moment o, soumis
 des devoirs personnels, ils ont le droit de se dcider eux-mmes.
Elle se dfendra des erreurs de cette Rpublique austre qui, pour
tablir une ducation strictement nationale, osa d'abord ravir le
titre de Citoyen  la majorit de ses Habitans, qu'elle rduisit  la
plus monstrueuse servitude, et se vit ensuite oblige de briser tous
les liens des familles, tous les droits de la paternit, par des Lois
contre lesquelles s'est souleve dans tous les temps la voix de la
nature; elle saura atteindre au mme but, mais par des voies
lgitimes; elle apprendra, elle inculquera de bonne heure aux enfans
qu'ils ne sont pas destins  vivre uniquement pour eux; que bientt
ils vont faire partie intgrante d'un tout auquel ils doivent leurs
sentimens et souvent leurs volonts; et qu'un intrt qui n'est
qu'individuel, par-l mme qu'il isole l'homme, le dgrade et dtruit
pour lui tout droit aux avantages que dispense la socit: enfin elle
se contentera d'inviter les parens, au nom de l'intrt public, 
envoyer leurs enfans  l'instruction commune, comme  la source des
plus pures leons, et au vritable apprentissage de la vie sociale.

Cette instruction premire, nous l'avons dit, est la dette vritable
de la Socit envers ses Membres; elle doit donc comprendre des
documens gnraux, ncessaires  tous, et dont l'ensemble puisse tre
regard comme l'introduction de l'enfance dans la Socit. Ce
caractre nous a paru dsigner les objets suivans.

1 Les principes de la langue nationale, soit parle, soit crite: car
le premier besoin social est la communication des ides et des
sentimens. Les rgles lmentaires du calcul seront places presque au
mme rang, puisque le calcul est aussi une langue abrge dont les
rapports invitables de la Socit rendent  tous l'usage ncessaire.
Il y faut joindre celles du tois qui est l'application du calcul  la
mesure des hritages et des btimens, objets de l'intrt journalier
des Citoyens, et par rapport auxquels des lumires gnrales peuvent
prvenir ou terminer la plupart des contestations qui les divisent.

2. Les lmens de la Religion: car si c'est un malheur de l'ignorer,
c'en est un plus grand peut-tre de la mal connotre.

3. Les principes de la morale: car elle est  la fois, et pour tous,
le bonheur de l'me, le supplment ncessaire des Lois, et la caution
vritable des hommes runis par le besoin, et trop souvent diviss par
l'intrt.

4. Les principes de la Constitution: car on ne peut trop-tt faire
connotre et, trop-tt faire apprcier cette Constitution sous
laquelle on doit vivre, et que bientt on doit jurer de dfendre au
pril de sa vie.

5. Ce que demandent  cet ge les facults _physiques_,
_intellectuelles_ et _morales_.--_Physiques_, c'est--dire, des leons ou
plutt des exercices propres  conserver,  fortifier,  dvelopper le
corps, et  le disposer pour l'avenir  quelque travail mcanique. Il
faut, de bonne heure, leur apprendre quelques principes du dessin, de
l'arpentage; leur donner le coup-d'oeil juste, la main sre, les
habitudes promptes: car ce sont l des lmens pour tous les mtiers,
et des moyens d'conomiser le temps: tout cela est donc ncessaire,
tout cela l'est pour tous, et l'on ne peut trop faire sentir aux
enfans, quels qu'ils soient, que le travail est le principe de toute
chose; que nul n'est tenu de travailler pour un autre, et qu'on n'est
complettement libre qu'autant qu'on ne dpend pas d'autrui pour
subsister.--_Intellectuelles._ Nous avons vu plus haut qu'on les avoit
divises en trois; la _raison_, la _mmoire_, l'_imagination_. Ce
n'est pas encore le moment d'exercer cette dernire facult: car elle
est presque nulle dans l'enfance; elle tient  une sensibilit qui
n'est pas de cet ge, et elle a besoin, pour exister, d'une runion
d'ides, de sensations, de souvenirs qui supposent quelque exprience
dans la vie; mais il est ncessaire d'offrir  leur _raison_, non les
hautes sciences qui la fatigueroient sans l'clairer, mais la clef de
toutes les sciences, c'est--dire, une logique pour leur ge; car il
en est une. Leur raison n'est pas forte; mais elle est pure; mais elle
est libre; ils ne voyent pas loin; mais ils voyent communment juste;
ils voyent du moins ce qui est, en attendant qu'on leur montre ce qui
doit tre, et l'on est souvent tonn de tout le raisonnement qu'ils
mettent dans ce qui les intresse. La logique est bien plus  leur
porte que la mtaphysique des langues que nanmoins on se tourmente 
leur faire entendre: et enfin il est parfaitement constitutionnel de
leur apprendre de bonne heure qu'ils sont destins  obir  la
raison,  la Loi, mais  n'obir qu' elles.--Il faut offrir  leur
_mmoire_ la partie des connoissances lmentaires, soit
gographiques, soit historiques, soit botaniques, qui leur feront
aimer davantage la patrie et chrir le lieu qui les a vu natre. Il en
est d'autres qui, sans doute, orneroient leur mmoire, mais qu'on doit
regarder comme une sorte de luxe pour le grand nombre; et il faut ici
se renfermer dans le strict ncessaire: or quoi de plus ncessaire aux
yeux de la Socit que les connoissances qui attachent de plus en plus
 cette Socit? Il est d'ailleurs indispensable de cultiver cette
facult des enfans, et parce que c'est celle qui amasse des matriaux
pour la raison, et parce qu'elle ne peut tre exerce avec succs que
dans cet ge.--Enfin, les _facults morales_. On ne peut ici rien
dterminer; mais on sent que c'est avec un soin particulier, avec une
attention dlicate et continue, qu'on doit veiller et entretenir,
particulirement dans l'enfance et dans tous les instans, ce sens
prcieux qui fait trouver un charme au bien que l'on fait,  celui que
l'on voit faire, et qui imprime l'honntet dans l'me par l'attrait
mme du plaisir.

Tels sont les divers points d'instruction qui seront enseigns dans
les coles primaires. Que si le grand nombre des lves est tenu de
s'arrter  cette premire instruction; si les travaux de
l'agriculture et des arts appellent tel individu  d'autres leons, du
moins il aura appris ce qu'il lui sera ternellement ncessaire de
savoir; son corps se sera utilement prpar au travail; son esprit
aura acquis des ides saines, des connoissances premires, dont la
trace ne s'effacera pas; son me aura reu, avec le germe des
sentimens honntes, des actions vertueuses, ce qui doit servir  le
dvelopper; enfin, il sera dsormais en tat de s'approprier, par la
rflexion, les inpuisables leons qui vont dcouler de la seule
existence du nouvel ordre des choses, comme aussi de tourner  son
profit les institutions publiques dont il sera parl bientt, et qui
seront le grand complment de l'instruction nationale.




COLES DE DISTRICT.


LES coles de District sont places comme intermdiaires entre celles
dont l'objet est ncessaire  tous, et les coles dont l'enseignement
complet regarde uniquement ceux qui sont destins  un des quatre
tats auxquels la Socit consacre des tablissemens particuliers.

Le but de ces coles est de donner aux facults individuelles un plus
grand dveloppement, et de disposer de loin  toutes les fonctions
utiles de la Socit. Or ce double objet, qui intresse si directement
le bien particulier et l'avantage commun, se trouvera rempli par une
instruction ordonne de telle sorte, qu'elle ne sera que la suite et
comme la progression naturelle de l'Instruction des coles primaires.

Ainsi, aux principes de la langue nationale succderont, dans les
coles de District, une thorie plus approfondie de l'art d'crire et
la connoissance de celles des langues anciennes qui conservent le
plus de richesses pour l'esprit humain. On ajoutera, dans plusieurs de
ces coles, l'enseignement d'une des langues vivantes que les
relations locales ou nationales sembleront recommander davantage.

Aux simples lmens de la Religion, on joindra l'histoire de cette
Religion et l'expos des titres d'aprs lesquels elle commande la
croyance.

Aux principes de la morale, dont l'application est si bonne dans le
premier ge de la vie, le dveloppement de la morale dans ses
applications prives et publiques.

Aux principes de la Constitution, qui ne peuvent tre qu'indiqus 
des enfans, une exposition dveloppe de la dclaration des droits et
de l'organisation des divers pouvoirs.

Quant  ce qui concerne plus directement encore les facults, un plus
parfait dveloppement leur sera donn de la manire suivante.

_Facults physiques._ Au lieu des exercices de l'enfance, qui ne sont
pour la plupart que des jeux, des exercices qui supposent et donnent
-la-fois de la force et de l'agilit, tels que la natation,
l'escrime, l'quitation, et mme la danse.

_Intellectuelles._ Au lieu d'une logique lmentaire et accommode aux
forces de l'esprit du premier ge, l'art du raisonnement dans toutes
ses parties, avec l'indication des principales sources de nos erreurs.
On offrira aussi la _raison_ des lves les lmens des mathmatiques,
dont la mthode est le plus parfait modle de l'art de raisonner; ceux
de la physique qui, dans plusieurs de ses parties, est si troitement
lie aux mathmatiques, et les premiers lmens de la chimie, qui sont
reconnus maintenant pour tre les vritables principes de la
physique.--On offrira  leur _mmoire_, l'histoire des Peuples libres,
l'histoire de France, ou plutt des Franois, quand il en existera
une, et des modles de tout genre, soit parmi les anciens, soit parmi
les modernes; mais en l'exerant, en l'enrichissant, on se gardera de
la fatiguer; car,  son tour, elle fatigueroit l'esprit et pourroit
nuire au dveloppement naturel des ides.--On offrira  leur
_imagination_ les rgles et sur-tout les beauts de l'loquence et de
la posie; les lmens de la musique et de la peinture; en un mot, le
principe de ce qui l'meut avec le plus de charme et de puissance.

_Morales._ Il est clair que ces facults seront bien plus utilement
exerces, bien plus facilement dveloppes  l'ge o les sentimens
commencent  se raisonner; car c'est  cette poque, sur-tout, que
tous les moyens d'imprimer l'honntet ont une action forte sur
l'homme. Mais il faudra que, par d'utiles institutions, cet exercice
soit pratiqu entre les lves, de telle sorte que les rapports qui
constituent la morale, deviennent des rapports rels qui s'tendent 
leurs yeux, et s'agrandissent chaque jour davantage.

Ces divers points d'instruction vont se raliser par un enseignement
dont le plan s'cartera ncessairement de l'ancien.

Un des changemens principaux dans la distribution consistera  diviser
en cours ce qui toit divis en classes; car la division par classe ne
rpond  rien, morcelle l'enseignement, asservit, tous les ans et pour
le mme objet,  des mthodes disparates, et par-l jette de la
confusion dans la tte des jeunes gens. La division par cours est
naturelle: elle spare ce qui doit tre spar: elle circonscrit
chacune des parties de l'enseignement: elle attache davantage le
Matre  son lve, et tablit une sorte de responsabilit qui devient
le garant du zle des Instituteurs.

Nous graduerons, nous ordonnerons ces cours en raison de l'ge, et
nous nous appliquerons  suivre dans leur distribution le progrs
naturel des ides et des sensations de l'enfance. C'est cet ordre
ncessaire que nous avons tch d'indiquer.

Cette indication annonce suffisamment que l'Instruction des
Districts, ds qu'elle sera organise, atteindra le but auquel elle
est destine, celui de parler  toutes les facults, et d'clairer de
bonne heure toutes les routes de la vie, de telle sorte que chaque
lve reconnoisse d'une manire sre  quelle fin la nature l'appelle;
car, s'il n'est aucun de ces documens gnraux qu'on puisse dire
tranger  un tat quelconque, si mme quelques-uns d'entre eux sont
ncessaires  tous, il n'est pas moins sensible  la rflexion que
chacun d'eux dispose plus naturellement  un tat qu' un autre, et
qu'ensemble ils doivent tre regards comme le premier apprentissage
de tous les divers tats.

Jusqu' prsent nous n'avons prsent qu'un simple apperu sur les
deux premires coles. L'ordre de notre travail nous amnera bientt
au dveloppement pratique des moyens dont la plupart sont applicables
 toutes. Auparavant il faut connotre la division des objets qui
formeront l'enseignement de la troisime.




COLES DE DPARTEMENT.


CHAQUE chef-lieu de Dpartement contiendra d'abord l'cole de
District, puisqu'il offrira le mme enseignement; mais il comprendra
de plus, quoiqu'avec des diffrences sensibles, les coles nommes
_coles de Dpartement_, pour les tats auxquels la Socit rserve
des moyens particuliers d'instruction.

Nous annonons des diffrences, parce qu'il est impossible, comme je
l'ai dj observ, que par-tout, et sur-tout dans les commencemens,
l'enseignement soit galement complet, et que le bien public exigera
qu' l'gard de certains tats, plusieurs Dpartemens s'associent pour
un mme enseignement; mais alors mme la hirarchie sera conserve, et
chacun des Dpartemens concourra du moins  former des coles pour le
dernier degr de l'instruction.




COLES

POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION.


L'TAT de Ministre de la Religion est un de ceux auxquels la Nation
destine des tablissemens particuliers.

Celui o les lves trouveront l'instruction qui leur est ncessaire,
sera plac, ainsi que vous l'avez ordonn, prs de l'glise
Cathdrale, et sous les yeux de l'vque. Nous n'en dterminons pas le
nombre. Chaque Dpartement aura le droit de se runir en tout temps
pour cette partie d'instruction  un Dpartement voisin.

Quant  l'enseignement, il convient qu'il soit divis de la manire
suivante.

1. Les titres fondamentaux de la Religion Catholique, qu'on sera tenu
de puiser dans leur source.

2. L'exposition raisonne des divers articles que doit comprendre
explicitement la croyance de chaque Fidle.

3. Le dveloppement de la morale de l'vangile.

4. Les lois particulires aux Ministres du Culte Catholique.

5. Les principes ainsi que les objets habituels de la Prdication.

6. Les dtails qui appartiennent  un Ministre de consolation et de
paix, soit dans l'administration des Sacremens, soit dans le
gouvernement des Paroisses.

En circonscrivant ainsi cet enseignement, vous usez d'un droit
incontestable, celui de renfermer tous les genres de pouvoirs dans
leurs vritables limites.

Je vais parcourir ces divers points d'instruction.--Qu'on ne s'tonne
pas de trouver ici un langage qui ne peut tre familier: c'est avec la
svrit et l'exactitude de ses propres expressions qu'un tel sujet
doit tre trait.

1. C'est un principe catholique que la croyance est un don de Dieu;
mais ce seroit trangement abuser de ce principe que d'en conclure que
la raison doit se regarder comme trangre  l'tude de la religion:
car elle est aussi un prsent de la Divinit et le premier guide qui
nous a t accord par elle pour nous conduire dans nos recherches; et
c'est  vous, sur-tout, qu'il appartient de la rtablir dans ses
droits: or si, suivant les principes de la Religion catholique, la
raison individuelle n'a pas le droit de se constituer juge de chaque
article isol de la foi, et sur-tout de pntrer ses incomprhensibles
mystres, il est non moins incontestable que c'est  la raison qu'il
appartient de reconnotre les titres primordiaux de la Religion, les
caractres distinctifs de l'glise: mais ces titres, ces caractres
doivent ncessairement se trouver et dans le code de la rvlation, et
dans les monumens des premiers sicles de la Religion: la raison doit
donc les chercher l comme  leur source. Que si chaque fidle, pour
tre en tat de rendre  la Religion cet _hommage raisonnable_ qui
seul est digne d'elle, doit examiner attentivement les titres de sa
croyance, combien plus y est oblig le Ministre de la Religion, qui
doit toujours tre prt  les opposer au doute ou  l'erreur? Cette
partie de la thologie, qui en est en quelque sorte la partie
philosophique, doit donc tre complettement enseigne dans les coles
o se formeront les lves du Sacerdoce, en mme temps que les bons
esprits travailleront  la perfectionner et  l'purer par une grande
svrit dans le choix des preuves car, on l'a dit souvent, les
mauvaises preuves en faveur de la Religion ont plus nui  la croyance
publique que les plus fortes objections par lesquelles on s'est
efforc de la combattre.

2. Ds que les titres de la Religion sont reconnus, que le fondement
de la foi catholique repose sur une rvlation divine, et qu'il est de
principe que les points rvls nous sont transmis par une autorit
toujours visible, il devient plus qu'inutile de se rengager dans des
discussions interminables qui toient l'aliment de l'ancienne
thologie, et qui semblent remettre sans cesse en problme ce qui est
dj dcid. Il ne s'agit plus que de bien connotre ces objets
rvls pour les prsenter aux Peuples de la manire la plus propre 
tre saisie par leur intelligence. Une exposition raisonne est donc
tout ce qu'il faut pour le grand nombre des Ministres chargs de cette
fonction. Peut-tre mme seroit-elle plus qu'il ne faut, si elle
embrassoit l'universalit des points dcids; car, si l'glise
catholique, dpositaire de la tradition, a d s'lever,  diverses
poques, contre toute altration du dogme ou de la morale vanglique;
si ses dcisions se sont multiplies avec les erreurs, il n'est pas
moins vrai que le dpt de la rvlation n'a pas d se grossir en
traversant les sicles, et que les fidles de nos jours ne sont pas
tenus de croire davantage que ceux de l'glise des premiers sicles.
L'exposition des points rvls, qui doit tre enseigne  tout lve
du Sacerdoce, pour qu'il l'enseigne  son tour, peut donc tre rduite
 ce qu'il toit ncessaire  tout chrtien de croire et de professer
avant la naissance des hrsies; c'est--dire,  ce qui constitue la
pratique journalire de la Religion. Chacun pourra sans doute,  son
gr, tendre plus loin et ses recherches et ses tudes particulires:
il lui sera libre de parcourir, s'il le veut, tous les canaux de la
tradition, de charger son esprit ou sa mmoire des longs dbats de la
thologie, et de s'armer contre les plus anciennes erreurs de tous les
argumens employs pour les combattre; mais aussi la Nation, qui
retrouve,  chaque page de son histoire, la trace profonde des maux
qu'ont enfants tant de querelles religieuses, a le droit non moins
incontestable de chercher  s'en dfendre pour l'avenir, en cartant
de l'enseignement public qu'elle protge, tout ce qui n'est pas
indispensable  un Ministre de la Religion. La thologie d'ailleurs ne
doit point tre regarde comme une Science. Les Sciences sont
susceptibles de progrs, d'expriences, de dcouvertes: la thologie,
qui ne peut tre que la connoissance de la Religion, est trangre 
tout cela; immuable comme elle, elle est comme elle ennemie de toute
innovation. Il faut qu'elle soit aujourd'hui ce qu'elle toit d'abord.
On doit donc s'occuper, non pas  l'tendre, mais  la fixer, mais 
la renfermer dans ses limites, que trop souvent d'ambitieuses
subtilits s'efforcrent de lui faire franchir dans des sicles
d'ignorance. L'Assemble Nationale, en mme-temps qu'elle encourage
les progrs des Sciences et les inventions de l'esprit humain, doit
donc, par le mme principe, s'opposer  toute extension de la
thologie,  toute invasion des Thologiens: car, puisque la Religion
commande  la pense, c'est--dire,  ce qu'il y a de plus libre en
nous, il est du devoir des fondateurs de la libert publique de
retirer de l'enseignement religieux, et tout ce qu'il est permis de ne
pas croire, et tout ce qu'on a le droit d'ignorer. Concluons que
l'Assemble Nationale doit enjoindre  tous les vques, comme tant
les premiers surveillans de la doctrine religieuse, de travailler avec
leur conseil  rduire les objets dogmatiques, qui entreront
dornavant dans l'enseignement public des Ministres du culte, aux
seuls points indispensables  l'instruction des fidles, par
consquent  en bannir et les vaines opinions qui divisent les
esprits, et les discussions oiseuses sur des articles ds long-temps
dcids, et mme aussi un dveloppement trop tendu de ceux de ces
articles qui ne font point partie essentielle de l'instruction des
Peuples; de telle sorte que, du concours de ces travaux puratoires,
rsulte enfin un enseignement complet, uniforme et rduit  ses
vritables bornes.

3. La morale vanglique est le plus beau prsent que la Divinit ait
fait aux hommes: c'est un hommage que la Nation franoise s'honore de
lui rendre. On ne peut donc trop pntrer de ses bienfaisantes maximes
les Ministres de la Religion, pour qu'ils en nourrissent les Peuples
qui leur seront confis. Les principes de la morale naturelle leur
auront t dvelopps dans les coles prcdentes: ils en seront
d'autant plus disposs  en goter la perfection dans l'vangile; car
c'est-l qu'elle existe avec toute la force d'une sanction qui lui
donne sur les mes une puissance surnaturelle. L'Assemble Nationale
ne dictera point ici les rgles d'un tel enseignement, quoiqu'elle ait
le droit de s'affliger des vices des anciennes mthodes o l'onction
vanglique disparoissoit sous la scheresse des discussions: elle se
borne  recommander cette rforme au nouveau clerg qui s'lve de
toutes parts. Cependant, comme il lui appartient de reconnotre ce qui
importe le plus au bien gnral de la Nation, elle peut et sans doute
aussi elle doit ordonner que l'on s'attache sur-tout  enseigner aux
lves du Sacerdoce la partie de la morale vanglique qui consacre en
termes si nergiques la parfaite galit des hommes, et cette
indulgence religieuse que les philosophes eux-mmes n'osoient appeler
que tolrance, mais qui doit tre un sentiment bien plus pur, bien
plus fraternel, bien plus respectueux pour le malheur.

4. Les lois sur l'organisation du Clerg forment tout le droit
canonique. C'est-l que tout Ministre de la Religion doit s'instruire
de ses droits, d'une partie de ses devoirs et de ses rapports avec la
nouvelle organisation sociale. Ces lois nouvelles doivent donc faire
partie essentielle des tudes ecclsiastiques.

5. La prdication est une des fonctions ecclsiastiques qui appelle
le plus l'attention des Lgislateurs. Il faut que, ramene  son but,
qui est de rendre les hommes meilleurs par les motifs que la Religion
consacre, elle devienne ce qu'elle doit tre; mais il faut aussi
qu'elle ne puisse pas abuser de son influence, et que d'invincibles
barrires s'opposent  ses carts. Le premier objet sera le fruit de
l'instruction; le second doit tre l'ouvrage des lois. Jusqu' ce jour
les coles les plus clbres n'toient que des arnes dogmatiques: on
y apprenoit longuement  devenir de vains et dangereux disputeurs; on
ddaignoit d'y apprendre  tre d'utiles propagateurs de la morale de
l'vangile. Cela ne doit plus subsister. Les nouveaux Instituteurs des
coles ecclsiastiques seront obligs de montrer  leurs lves les
principes, les sources, les modles, les objets, comme aussi l'extrme
importance de la prdication; ils auront le courage d'enseigner avec
persvrance ce qui est bon, ce qui est utile, et de n'enseigner que
cela. Mais l'Assemble Nationale ne peut borner l sa sollicitude:
elle sait que la prdication est un des grands moyens que le fanatisme
de tous les temps employa pour garer les Peuples; elle la regarde
comme une sorte de puissance, toujours redoutable, lorsqu'elle n'est
pas bienfaisante; et dont par consquent il importe de rgler et de
circonscrire l'action. Cet objet sera rempli, autant qu'il peut
l'tre, lorsque l'Assemble Nationale aura dclar que toute atteinte
porte au respect d  la loi dans l'exercice de cette fonction, sera
mise au rang des plus graves dlits. Et cela doit tre; car quoi de
plus criminel aux yeux d'une Nation, qu'un Fonctionnaire qui se sert
de ce qu'il y a de plus saint pour exciter les Peuples  dsobir 
ses lois.

6. Dans le rgime journalier des paroisses, dans l'administration des
sacremens, il est une foule de dtails qui chappent  l'indiffrence,
mais qui sont prcieux  la pit. C'est par eux sur-tout que les
Pasteurs se concilient cette tendre vnration, qui est la plus douce
rcompense de leur ministre. Il faut que rien de ce qui est propre 
adoucir les souffrances,  consoler les malheureux,  prvenir les
dissentions,  calmer les haines, soit tranger  un Ministre de la
Religion; car ce sont des fonctions bien dignes d'elle. Ainsi, les
rgles de l'arpentage et du tois, plus dveloppes que dans les
coles primaires, la connoissance des simples, quelques principes
d'hygine et quelques-uns de droit, etc. nous paroissent devoir faire
dornavant partie de l'instruction ecclsiastique. Il faut que la
Religion, que les Peuples confondent si facilement avec ses
interprtes, se montre toujours  eux ce qu'elle est vritablement,
l'ouvrage sublime de la bont divine; et en la voyant toujours
attentive  leur bonheur, toujours consolatrice dans leurs peines, ils
aimeront  en bnir l'Auteur, et  l'honorer par l'hommage et la
pratique de toutes les vertus.




COLES DE MDECINE.


LA Mdecine vous demande aussi un tablissement particulier.

C'est aprs avoir combin ensemble les rapports de cette belle partie
de la Physique avec l'homme, et les vices des anciennes mthodes
d'enseignemens, et les vues particulires qui nous ont t
communiques par des hommes clbres, que nous vous proposons avec
confiance de rgler l'enseignement de cette science, d'aprs les
principes suivans.

D'abord les coles seront par-tout organises de la mme manire: dans
toutes, on enseignera les mmes objets; on communiquera les mmes
pouvoirs; on imposera les mmes preuves: car c'est manquer
essentiellement  l'homme que de requrir plus de savoir pour un lieu
que pour un autre, pour les cits que pour les campagnes.

Jusqu' ce jour, on a divis cet art en trois: la Mdecine, la
Chirurgie, la Pharmacie; et il en est rsult un dsaccord funeste et
 l'art et aux hommes. Il est clair que ce sont les parties d'un mme
tout: elles doivent donc tre runies dans les mmes coles. Cet art
doit sa naissance aux Grecs; jamais chez eux la Pharmacie et la
Chirurgie ne furent spares de la Mdecine.

Tout collge de Mdecine, pour tre complet, comprendra dsormais dans
son renseignement, 1. la Physique, connue sous le nom de Mdicale,
c'est--dire, applique dans toutes ses parties  l'art de gurir: car
c'est en elle que rsident tous les principes sur lesquels peut se
fonder cet art. 2. L'analyse ou la connoissance exacte de toutes les
substances que les trois rgnes de la nature lui fournissent. 3.
L'tude du corps humain dans l'tat de sant. 4. Celle des maladies,
quant  leurs symptmes,  leur traitement, au mode de les observer et
d'en recueillir l'histoire. 5. Les connoissances requises pour tre
en tat d'clairer, dans des circonstances difficiles, le jugement de
ceux qui doivent prononcer sur la vie et l'honneur des citoyens. 6.
Enfin; car c'est-l que tout doit aboutir, l'enseignement de la
Mdecine pratique.

Pour faciliter toutes ces parties d'un mme enseignement, vous
jugerez que les coles doivent tre tablies dans l'enceinte mme des
Hpitaux; car on ne peut trop rapprocher les institutions de ceux pour
qui elles sont le plus ncessaires. C'est-l que le bien des malades
est toujours d'accord avec les progrs de l'instruction; que la
thorie ne marche point au hasard, et que souvent un seul jour
rassemble tous les bienfaits de l'exprience d'un sicle: c'est-l que
les lves commenceront par soigner les malades pour tre mieux en
tat de les traiter un jour, qu'ils apprendront presque en mme-temps
 ordonner,  prparer,  appliquer les remdes, et que par-l ceux
qui se destineront particulirement  une des branches de l'art, se
trouveront pourtant suffisamment instruits sur toutes.

Tel sera l'enseignement.

Il seroit sans doute  dsirer que tout Dpartement et son cole;
mais cette convenance doit ici flchir devant la ncessit. Il est
clair que des coles de Mdecine, trop multiplies, ne pourroient se
soutenir, soit parce qu'on manquerait de Professeurs, soit parce qu'on
manqueroit d'lves. En matire d'enseignement, c'est, avant tout, la
mdiocrit qu'il faut qu'on loigne: elle nat de plusieurs manires,
et parce qu'elle n'apprend pas, et parce qu'elle apprend mal, et parce
qu'elle ne communique point aux lves ce zle, cet enthousiasme
crateur que les grands talens peuvent seuls inspirer.

Quatre Collges complets ont paru suffire au besoin de tout le
Royaume.

Cependant, pour rapprocher le plus possible l'instruction de chaque
lieu, on a pens que tout Corps administratif pourroit utilement
tablir, dans son arrondissement, une espce d'cole secondaire qui
seroit place dans l'hpital le mieux organis du Dpartement. L,
tous les jeunes gens peu favoriss de la fortune, mais annonant des
dispositions particulires pour l'tat de Mdecin, seraient nourris
et logs  peu de frais. Ils rendroient des services  la maison, et
ils en recevroient en retour les premiers lmens de l'art; et par de
bons livres lmentaires, et par des leons-pratiques de tous les
jours. Leur ducation mdicale ainsi commence, quelquefois mme
termine, ils n'auroient plus qu' se transporter au Collge de
Mdecine le plus prochain pour y subir les examens requis, et y tre,
bientt aprs, proclams Mdecins.

La ncessit de ces examens doit tre rigoureusement maintenue; car il
faut ici sur-tout dfendre la crdule confiance du peuple contre les
sductions du charlatanisme. Il faut donc donner une caution publique
 la profession de cet tat; mais, en mme-temps vous voudrez que les
anciennes lois coercitives, qui fixoient l'ordre et le temps des
tudes, soient abolies. Vous ne souffrirez pas qu'aucune cole s'rige
en jurande: ainsi ce ne sera plus le temps, mais le savoir qu'il
faudra examiner; on ne demandera point de certificats; on exigera des
preuves; on pourra n'avoir frquent aucune cole et tre reu
Mdecin; on pourra les avoir parcouru toutes, et ne pas tre admis:
par cette double disposition, on accordera parfaitement, et dans cette
juste mesure qui est  dsirer en tout, ce qu'exige la justice, ce que
demande la libert, et ce que rclame la sret publique.

    _Nota_. Il reste  pourvoir aux progrs de la Science
    mdicale, par le moyen des correspondances et par des travaux
    concerts, ainsi que font aujourd'hui les Socits savantes et
    les Corps acadmiques. Cet objet fera partie du grand Institut
    o il doit tre trait dans la section des Sciences.




COLES DE DROIT.


CE n'est qu' dater de la Constitution que la Science du Droit peut
devenir une et complette. Jusqu' cette poque, le Droit public, qui
en fait partie essentielle, a t ncessairement une Science occulte,
livre  un petit nombre d'Augures qui la travestissoient  leur gr,
ou plutt c'toit une Science mensongre qu'il toit impossible
d'apprendre, parce qu'elle n'avoit pas de ralit.

Le droit priv toit plus rel, plus constat dans son existence; mais
son immensit, mais la multitude de ses lmens htrognes, accumuls
par le temps et le hasard, devoient effrayer l'esprit le plus vaste,
la raison la plus forte. Comment, au milieu de ce chaos retenir
toujours le fil des principes, ou comment consentir  s'en passer? Ce
n'toit pas le vice de la Science, encore moins celui de
l'enseignement; c'toit celui de son objet.

On a fait pourtant de justes reproches  l'enseignement, ou plutt 
quelques abus du Corps enseignant: c'est celui qui portoit sur la
facilit scandaleuse des preuves. Il seroit impossible, il seroit
coupable de chercher ici  la justifier: car elle tendoit  avilir la
science: mais elle tenoit  une cause qu'on ne peut imputer qu'au
Gouvernement. Les Facults de Droit toient presque par-tout
uniquement payes par les lves: de-l la tentation de n'en refuser
aucun, et d'en attirer beaucoup. Encore si cet abus, pour exister,
avoit eu besoin de l'assentiment du plus grand nombre des Facults,
l'amour du bien public, le respect pour la Science, et une sorte de
dcence l'auroient sans doute repouss; mais il suffisoit qu'il
existt une seule Facult dans le Royaume qui et acquis cette
dplorable renomme; il suffisoit mme de la seule existence d'une
Facult trangre (celle d'Avignon)  laquelle il toit libre de
recourir, pour corrompre, sous ce rapport, l'enseignement gnral: car
les Facults les plus attaches  leurs devoirs, aprs avoir lutt
quelque temps pour la rgle, se sont vues contraintes  faire du moins
flchir un peu la rigueur des principes pour retenir des lves qui
presque tous leur auroient invitablement chapp.--Cet abus est
facile  prvenir.

Quant  l'enseignement, il prsente plusieurs difficults. Le Droit
n'est pas une Science spculative; c'est la science de ce qui est, non
de ce qui doit tre, et ce sera aussi quelque temps encore la science
de ce qui ne sera plus: car malheureusement les mauvaises lois rgnent
aprs leur mort. Ainsi l'enseignement est condamn  se ressentir
pendant plusieurs annes des vices de nos anciennes lois qu'il faudra
savoir, qu'il faudra accorder entre elles  l'poque o l'on se
disposera  les dtruire, ou mme aprs qu'elles auront t dtruites.
C'est un tat pnible pour la Science, mais un tat invitable, et qui
exigera pendant quelques annes des prcautions dans l'enseignement.

Un temps viendra o toutes les parties de cette Science s'claireront
du jour de la raison: c'est lorsque les Lgislateurs auront port ce
mme jour sur le code entier de la lgislation, et prsenteront enfin
un systme de lois pures et concordantes, ramen  un petit nombre de
principes. En attendant, l'enseignement doit profiter de ce qui est
fait, en mme temps qu'il souffrira de tout ce qui reste  faire.

Le premier objet que dsormais il doit offrir, est la Constitution,
ou le Droit public national, dont il puisera les principes dans le
texte mme de l'acte constitutionnel et dans les lois qui en
contiennent le principal dveloppement. Les Matres trouveront des
lves prpars  cette instruction: les enfans en auront reu la
premire leon de la bouche de leur pre; ils auront grandi en
rptant ces titres dsormais imperdables, confis de bonne-heure 
leur mmoire, et dont l'amour crotra et se dveloppera avec eux.

Malheur aux Matres qui auront  traiter de si nobles sujets, s'ils
restoient froids au milieu de ces lves bouillans de jeunesse et de
courage: c'est  ces coeurs neufs et purs qu'il est facile de
communiquer le saint enthousiasme du patriotisme et de la libert.
Combien de rcits touchans pourront animer ces leons, y rpandre du
charme et de l'intrt! Comme l'histoire de la patrie est utilement
lie  l'enseignement de sa Constitution! Comme cette histoire parle 
l'me dans un pays libre! Quelles douces larmes elle fait rpandre!

Aprs la Constitution, sera place la thorie des dlits et des
peines, et celle des formes employes par la Socit pour
l'application de ses lois pnales: car il est juste de faire connotre
 ceux qui tudient le droit, aussitt qu'ils ont appris la
Constitution, le code pnal qui en est l'appui, tant parce qu'il
dfinit d'une manire exacte en quoi un citoyen peut offenser la
Constitution, que parce qu'il dclare la peine qui doit suivre cette
offense. D'ailleurs, rien ne touche de plus prs au pacte social que
la connoissance des peines auxquelles est soumis un membre de la
Socit, quand il en a viol les lois.

Il seroit utile que tous les Citoyens connussent la forme des jugemens
en matire criminelle. C'est une preuve que l'homme le plus vertueux
n'est pas sr de ne jamais subir; et il lui importe de savoir, avec
beaucoup d'exactitude, la marche que l'on doit suivre  son gard,
comme aussi les droits qu'il est autoris  rclamer pour mettre son
innocence dans tout son jour, et ne perdre aucun de ses avantages par
ignorance ou par foiblesse.

La connoissance des formes de la procdure criminelle ne sauroit tre
trop gnralement rpandue dans un pays qui a le bonheur de possder
l'institution du Jur. La fonction solemnelle de juger un accus et de
prononcer la vrit sur un fait d'o peut dpendre l'honneur ou la vie
d'un homme, n'exige pas  la vrit des connoissances judiciaires;
mais il est  dsirer que ceux qui ont cette belle fonction  remplir,
n'y soient pas tellement trangers, qu'ils ignorent complettement en
quoi elle consiste. Lorsqu'ils y seront initis d'avance, ils s'en
formeront une ide plus juste, et ils pourront la remplir avec une
plus parfaite exactitude.

La science du Droit criminel aura donc peu de chose  enseigner aux
adeptes, qui ne soit presque galement ncessaire aux citoyens de
toutes les professions; et la perfection de cette science consistera 
devenir assez claire pour qu'elle ne puisse jamais flatter
l'amour-propre d'un savant, mais pour qu'elle puisse facilement
clairer la conscience de tous ceux qui auront besoin d'y recourir.

Il est permis de dsirer sans doute, mais il est plus difficile
d'esprer que le Droit civil particulier puisse atteindre le mme
degr de simplicit. On se persuade aisment, quand on y a peu
rflchi, que cette partie du droit n'est qu'un trait de morale
naturelle; et la morale est la science que tous les hommes croyent
possder, sans s'tre crus obligs de l'acqurir par l'tude.
Cependant, si l'on veut songer  l'immense varit des transactions
qui doivent ncessairement avoir lieu dans une nombreuse socit
d'hommes entre qui les proprits sont si ingalement rparties;  la
quantit de piges que la ruse tend sans cesse  la bonne-foi trop
confiante;  la multiplicit des formes dcevantes sous lesquelles
l'astuce peut se reproduire; on s'tonnera moins qu'il ait fallu
rduire en art la bonne-foi elle-mme et fortifier par des rgles
fixes la sret des contrats, qui devroient n'en avoir d'autres que
l'intrt rciproque et la loyaut des parties contractantes.

C'est principalement dans cette partie de leurs lois que les Romains
avoient port cet esprit de sagesse et de justice, et cette mthode
pure d'analyse, qui leur a mrit la gloire de perptuer la dure de
leur lgislation bien au-del de celle de leur Empire. Le _digeste_,
retrouv vers le milieu du treizime sicle, frappa les esprits de
tous les peuples qui le connurent, par ce degr d'vidence et de
supriorit qui n'appartient qu' la raison universelle.

C'toit un juste hommage: il n'y falloit pas ajouter un culte
superstitieux. Des parties de lgislation trop favorables au pouvoir
arbitraire, d'autres ridiculement contrastantes avec le reste de nos
institutions, ne s'tablirent pas moins imprieusement que les titres
les plus raisonnables; et la fodalit seule disputa aux lois romaines
le sceptre de notre lgislation. Ainsi la France fut partage en deux
grandes divisions. La section la plus mridionale de l'Empire
accueillit le droit romain comme la loi unique ou dominante du pays;
les autres provinces, en admettant le droit romain comme raison
crite, continurent d'tre rgies par leurs usages qui se
conservrent long-temps par la tradition avant d'tre fixs par
l'criture et rduits en corps de coutume, tels que nous les voyons
aujourd'hui; mais dans tous les lieux on emprunta du droit romain les
notions gnrales de justice et d'quit, et principalement celles qui
concernent la thorie des contrats qui retrouve son application chez
tous les peuples et dans tous les sicles, parce qu'elle tient aux
premiers besoins des hommes. Cette partie du droit romain mrite donc
d'tre enseigne par-tout, comme la raison crite et comme la
meilleure analyse des principales transactions que produit la Socit.

Ce seroit un ouvrage vraiment utile et digne d'un sicle clair que
d'extraire de cette vaste collection de lois et de dcisions qui
forment le corps du droit romain, les titres qui sont empreints de ce
caractre ternel de sagesse qui convient  tous les temps. Un tel
livre serviroit de base  la rforme des lois, et rendroit aussi
l'enseignement plus simple, plus clair et plus complet.

Reste le droit coutumier qui rgit la moiti de l'Empire. Il faudra
encore quelque temps enseigner par-tout et l'esprit gnral des
coutumes, et dans chaque Dpartement, la coutume du lieu.

Ce sera aussi pour les Matres un devoir d'ouvrir, sous les yeux de
leurs lves, nos principales et plus clbres Ordonnances, celles de
Moulins, d'Orlans, de Blois, etc. de leur faire remarquer par quels
progrs ces lois s'acheminoient insensiblement vers une sagesse
suprieure, accumulant, avec trop peu de mthode, des articles dont la
plupart ne subsistent plus, mais dont plusieurs aussi rglent encore
quelques-uns des objets les plus importans de l'ordre social. Les
Ordonnances des testamens et des donations trouveroient ici leur
place. Je suppose celle des substitutions abroge.

Cet enseignement devra se terminer par des leons sur les formes de la
procdure civile: car, c'est peu de connotre les lois, si l'on ne
connot aussi les moyens d'y avoir recours et d'invoquer la puissance
de la justice, soit pour obtenir la rparation des torts que l'on a
soufferts, soit pour dfendre sa proprit contre les aggressions
judiciaires auxquelles on est expos.

Je ne dirai rien du Droit canonique dont on prenoit dans nos
anciennes coles quelques notions superficielles. Le petit nombre de
vrits comprises dans cette science appartient  la Thologie, dont
nous avons fait un chapitre spar.

Jusqu' ce jour on a exig que les lves parcourussent tous les
degrs et tous les temps de l'instruction; la loi toit inflexible 
cet gard autant que minutieuse. Le temps des inscriptions, le passage
d'une classe  une autre, l'poque o chaque formalit devoit
s'accomplir, l'apparence mme de l'assiduit toient prescrites avec
une importance qui n'admettoit pas d'exceptions. Ainsi l'on exigeoit
tout, hors la science: car, on peut feindre l'assiduit, luder les
prcautions, remplir extrieurement de vaines formes; mais la science
seule ne se contrefait pas, et c'est elle seule qu'on a droit de
demander aux lves.

Une mesure uniforme de temps d'tudes est injuste  imposer, quand la
nature a dparti aux hommes une mesure ingale d'attention et de
mmoire.

Offrez les secours de la mthode et les avantages de l'assiduit aux
esprits dont ce double bienfait rendra la marche plus directe et plus
sre.

Mais ne les commandez pas aux esprits dont l'ardeur n'y verroit qu'un
assujettissement pnible, et le souffriroit avec impatience. Craignez
que le dgot d'une route uniforme et lente ne produise chez eux celui
de la science elle-mme.

Offrez  tous un fil conducteur. Ne donnez de chanes  personne, et
n'admettez que ceux qui parviendront au but, c'est--dire, qui seront
vritablement instruits. Ne leur demandez pas quel temps ils ont mis 
se former; mais s'ils ont acquis beaucoup de connoissances; ne les
interrogez pas sur leur ge, mais sur leur capacit; non sur leur
assiduit aux leons, mais sur le fruit qu'ils en ont tir.

Qu'un examen long et approfondi rponde de la capacit des aspirans;
mais que cet examen ne soit pas illusoire; que ce ne soit pas une
vaine formalit. On a trop long-temps berc les hommes avec des
paroles, il est temps d'obtenir des ralits; qu'elles soient
garanties par des moyens infaillibles. La prsence du public avant
tout; car l'oeil du public carte l'ineptie par la honte et rend
impossibles les fraudes et les prfrences.

Il existe dans l'mulation des lves un ressort puissant dont la main
du Lgislateur habile doit aussi s'emparer. Laissez-le; joignez-y
celui de leur intrt personnel, et vous aurez la meilleure garantie
de la ralit et de l'efficacit des examens.

Je propose donc que chaque lve subisse un examen, dans lequel
interrog, press par ses collgues, il ait  rpondre sur toutes les
parties du Droit dont se compose un cours complet d'enseignement. Que
cet examen dure assez long-temps pour que l'preuve ne puisse pas tre
superficielle, et qu'il n'y ait aucun moyen d'viter la honte
d'ignorer  ceux qui n'auroient pas pris la peine de s'instruire.

Qu' la fin de chaque cours les lves et les Matres se runissent
pour dsigner l'ordre des places,  raison du degr d'instruction dont
chaque lve auroit fait preuve dans son examen, et que cette liste
soit rendue publique par l'impression.

On sent assez quelle seroit la puissance de ce moyen sur des mes
toutes neuves encore pour le dsir de la gloire et les faveurs de
l'opinion publique. On sent combien un tel examen commanderoit de
prparations au rcipiendaire, et comme il ranimeroit l'ardeur de ses
collgues, obligs d'tre ses comptiteurs. Ainsi le mrite
s'ouvriroit  lui-mme les chemins de la fortune: car celui qui auroit
t montr au public par ses propres rivaux comme le plus capable,
jouiroit bientt de tous les avantages de sa confiance.

Mais chaque Dpartement aura-t-il un tablissement d'instruction pour
l'enseignement du Droit? Plusieurs motifs doivent ici se combiner:
celui de rapprocher les sources de la science des hommes qui auront
intrt d'y puiser; celui d'augmenter l'mulation des lves, en
appellant  un mme foyer plus de concurrence, afin de crer une lutte
plus active entre les talens rivaux; celui d'augmenter l'mulation des
Matres, en leur offrant un plus grand concours de Disciples, et de
rserver les chaires de l'enseignement  des Professeurs d'un mrite
plus prouv; enfin un grand intrt politique vous portent  runir,
par des Institutions communes, ces portions d'un mme tout, qui ne
doivent former de circonscriptions que sous des rapports
administratifs, mais non toutes les fois qu'on les considre sous des
rapports nationaux.

La meilleure distribution des tablissemens de Droit sera celle qui
aura concili le plus de ces avantages, et il parot que dix
tablissemens de ce genre tiennent un juste milieu entre tous les
partis qui ont t proposs. Alors il n'y auroit ni des coles
dsertes  force d'tre multiplies, ni des centres d'instruction trop
loigns des points qui doivent y aboutir.




COLES MILITAIRES.


LA partie de l'instruction publique relative aux lmens de l'art
militaire et  l'ducation de ceux qui se destinent  cette utile
profession, a des rapports ncessaires et des bases communes avec le
systme militaire de tout le Royaume.

La France est partage en vingt-trois divisions militaires. On se
trouve naturellement conduit  placer dans chacune de ces divisions
une cole Militaire, qui s'appellera _cole de Division_, et sera
commune  tous les Dpartemens dont se compose la mme division.
C'est-l que les jeunes gens destins au mtier des armes, et auxquels
je suppose l'instruction qu'on peut acqurir dans les coles primaires
et dans celles de District, trouveront les moyens d'tendre les
connoissances que leur destination leur rend plus ncessaires.

Ils ne seront admis dans ces coles de Division, ni avant l'ge de
quatorze ans, ni aprs l'ge de seize. Ce qui fait une loi de cette
double rgle, c'est la ncessit de ne prendre les lves qu'au moment
o ils auront pu dj parcourir les premiers degrs de notre chelle
d'instruction, et l'avantage incontestable de les introduire dans la
carrire militaire, assez jeunes pour qu'ils puissent parvenir  tous
les grades encore dans la force de l'ge, pour qu'ils ne soient pas
atteints par la vieillesse dans ces postes o il faut une jeune
ardeur, et o ils languiroient sans gloire pour eux, sans utilit pour
leur pays. Il est bon d'observer que ces diffrences d'ge et
d'avancement qui condamnoient les uns  une torpeur dcourageante,
tandis que les caprices de la faveur et de la naissance assuroient aux
autres une marche rapide et privilgie, toient prcisment un de ces
vices invtrs de l'ancienne administration, dont vous devez le plus
soigneusement prserver  l'avenir cette profession.

Le cours des tudes et exercices militaires sera de quatre annes,
dont deux dans les coles de Division. On enseignera, par un mlange
combin de travaux srieux et de distractions instructives, les
premires connoissances militaires, le maniement des armes, les
langues angloise et allemande, le dessin, les lmens de Mathmatiques
appliqus  l'art de la guerre, sur-tout la gographie et l'histoire.

Il est inutile de dire que ces jeunes citoyens devant diriger leur
premier intrt vers le pays qui les a vu natre, on leur donnera une
ide plus ou moins dveloppe des productions et des gouvernemens des
diffrentes parties du monde, suivant la nature des relations qu'elles
ont avec nous; que la description gographique de la France sera
l'objet particulier de leurs tudes sur cette matire, comme on
placera antrieurement  tout des notions plus approfondies de notre
Constitution, qui confirmeront et agrandiront celles qu'ils auront
dj pu recueillir dans les coles primaires et de District.

C'est  ce dernier genre d'instruction qu'il faut rapporter
l'explication d'un catchisme de morale sociale et politique, dans
lequel seront exposs les droits et les devoirs de l'homme en socit,
ce qu'il doit  l'tat, ce qu'il doit  ses semblables. De ces
principes qui sont les bases fondamentales de la Constitution
Franoise, et de la ncessit de conserver l'action de tous les
ressorts de la machine sociale, on dduira de nouveaux rapports, ceux
des chefs et des subordonns, rapports drivans de la nature mme des
choses qui, loin de nuire  la libert,  l'galit, sont
indispensables pour le maintien de l'une et de l'autre.

Le vritable Instituteur a toujours un but moral, une ide souveraine
vers laquelle se dirigent toutes ses intentions. Celle qui ne doit
jamais l'abandonner dans l'apprentissage de l'art militaire, c'est
l'ide de la subordination, cette compagne naturelle de l'amour
rflchi de la libert, cette premire vertu du guerrier, sans
laquelle un tat n'aura jamais une arme protectrice. Il fera donc
sortir de toutes les leons de l'histoire et de tous les rsultats de
la rflexion, il rendra sensible  ses lves, par les exemples comme
par les raisonnemens et par l'impression de l'habitude, la ncessit
de cette subordination. Il les armera contre cet trange abus du
raisonnement, voudroit prsenter l'obissance militaire comme en
contradiction avec les principes de l'galit; comme si l
spcialement o tous sont gaux, o tous ont concouru  la formation
de la Loi, tous ne devoient pas galement obir  ceux que la Loi
autorise  commander. Enfin nos coles Militaires lveront  la fois
des citoyens libres, des soldats subordonns, et par consquent de
bons chefs.

Outre ces coles de Division, il y aura six grandes coles Militaires
pratiques, qui seront places aux frontires du Royaume, dans les
villes les plus considrables et les places de guerre les plus
importantes,  Lille, Metz, Strasbourg, Besanon, Grenoble et
Perpignan. Comme ces grandes coles ont un autre objet que les coles
de Division, leur organisation sera ncessairement diffrente. Elles
sont spcialement destines  raliser, par une pratique journalire,
un genre d'instruction que la seule thorie laisse toujours imparfait,
et  transporter parmi les habitudes de la premire jeunesse les
exercices et volutions auxquelles elle est singulirement propre, et
tous les dtails d'un rgime actif et svre, tranger aux arts
d'agrment. Elles seront donc institues sur le pied militaire, et
pour mieux remplir leur principal objet, qui est de former de bons
officiers, elles serviront aussi  lever des soldats.

Il sera entretenu dans chacune de ces six grandes coles, des jeunes
gens sains et bien constitus, de l'ge de douze  quinze ans, qui
seront nomms par les Dpartemens en proportion de ce que chacun d'eux
fournit communment de soldats  l'arme, et choisis de prfrence
parmi les enfans d'anciens soldats et les pauvres orphelins. C'est
pour cette classe un tablissement de bienfaisance, en mme-temps
qu'un moyen d'instruction plus parfaite pour ceux qui sont destins au
commandement. Il sera de plus attach  chaque grande cole un certain
nombre d'lves tirs des coles de Division par la voie d'un
concours, dont les formes seront prescrites, et  l'aide de cette
preuve, on fera sortir de ces grandes coles tous les Sous-Lieutenans
de l'arme. Dj, l'on apperoit la base sur laquelle s'lvera tout
le systme de l'avancement militaire, qui n'appartient plus  mon
travail; mais que j'ai d vous montrer pur dans sa source de tous
les anciens abus, et assurant l'excution de ce grand acte de raison
et de justice par lequel vous avez dclar tous les citoyens
admissibles  toutes les places et emplois.

Je ne m'arrterai point  tous les dtails de ces tablissemens qui,
par leur nature, se rapportent souvent  un autre ordre de choses, et
doivent tre renvoys au systme de l'organisation militaire. Je me
bornerai  vous prsenter quelques rsultats, dont vous trouverez
facilement les motifs dans vos principes, ou dans une utilit
reconnue.

Les grandes coles seront tablies dans un corps de caserne isol, qui
n'ait point de communication immdiate avec aucun autre. Le service
intrieur s'y fera comme dans une place de guerre. Chaque cole
formera un rgiment d'infanterie o les grades suprieurs offriront
d'honorables retraites aux anciens Officiers des troupes de ligne, en
mme temps que d'utiles exemples aux jeunes gens, et o ceux-ci seront
distribus dans les diffrentes compagnies, soit comme lves
Officiers, soit comme lves Soldats; mais de manire que tous aient
commenc leur apprentissage comme Soldats, et aient pass
successivement par tous les grades.

Les lves Officiers et les lves Soldats recevront une instruction
particulire et une instruction commune.

On expliquera aux lves Officiers un trait de fortifications, les
lmens de l'artillerie, toutes les parties du service et de
l'administration militaire, et on perfectionnera en eux les
diffrentes connoissances qu'ils auront pu acqurir aux coles de
Division.

On donnera aux lves Soldats la mme instruction qui est prescrite
pour les coles Primaires.

Tous les lves, soit Officiers, soit Soldats, seront habituellement
environns et fortement pntrs des ides simples de la morale, que
les coles de Division m'ont donn occasion d'indiquer, et qui
recevront pour chacun un dveloppement proportionn  son intelligence
et  sa destination.

Il en rsultera que le premier apprentissage de l'art Militaire,
transport  sa vritable place, dans le ressort de l'instruction
publique, ne se fera plus comme autrefois dans les Rgimens qui ont
droit d'exiger de ceux qu'ils reoivent, des connoissances
prliminaires, et un service rel et actif. Et notre systme complet
sera tel dans son ensemble et dans ses diffrentes branches que les
Citoyens verront la carrire des places Militaires, ouverte  tous
galement; que les Officiers comme les Soldats, apprendront leurs
devoirs de Citoyens, en mme-temps que leurs devoirs de Guerriers; et
qu'enfin la Socit entire, en s'acquittant envers ses membres de la
dette sacre d'une bonne ducation, multipliera tout -la-fois ses
moyens de dfense contre ses ennemis, et ses motifs d'une juste
confiance en ses dfenseurs.




INSTITUT NATIONAL.


LORSQUE les coles primaires des Cantons, et les collges des
Districts et des Dpartemens seront organiss, on aura prpar
l'instruction de l'enfance, de la jeunesse, et mme celle d'une partie
des fonctionnaires publics; mais il faudra pourvoir encore aux progrs
des lettres, des sciences et des arts. Il faudra terminer l'ducation
de ceux qui se destinent spcialement  leur culture. Nous proposons
dans cette vue l'tablissement d'un Institut national, o se trouve
tout ce que la raison comprend, tout ce que l'imagination sait
embellir, tout ce que le gnie peut atteindre; qui puisse tre
considr, soit comme un tribunal o le bon got prside, soit comme
un foyer o les vrits se rassemblent; qui lie, par des rapports
utiles, les Dpartemens  la Capitale, et la Capitale aux Dpartemens;
qui, par un commerce non interrompu d'essais et de recherches, donne
et reoive, rpande et recueille toujours; qui, fort du concert de
tant de volonts, riche de tant de dcouvertes et d'applications
nouvelles, offre  toutes les parties des sciences et des lettres, de
l'conomie et des arts, des perfectionnemens journaliers; qui,
runissant tous les hommes d'un talent suprieur en une seule et
respectable famille, par des correspondances multiplies, par des
dpendances bien entendues, attache tous les tablissemens
littraires, tous les laboratoires, toutes les bibliothques
publiques, toutes les collections, soit des merveilles de la nature,
soit des chefs-d'oeuvre de l'art, soit des monumens de l'histoire, 
un point central; et qui, de tant de matriaux pars, de tant
d'difices isols, forme un ensemble imposant, unique, propre  faire
connotre au monde, et ce que la philosophie peut pour la libert, et
ce que la libert reconnoissante rend d'hommages  la philosophie.

Pour que ce projet ait son entire excution, l'Institut doit
embrasser tous les genres de connoissances et de savoir. Jugeons par
ce que l'esprit humain a fait, de ce qu'il est capable de faire
encore; examinons ce qu'il est, ce qu'il peut tre, et que ses
facults nous apprennent  satisfaire  ses besoins.




PROGRAMME.

_Des Sciences philosophiques, des Belles-Lettres et des Beaux-Arts._


    L'homme sent, il pense, il juge, il raisonne, il invente, il
    communique ses ides par des gestes, par des sons, par des
    discours crits ou prononcs; il communique ses affections par
    l'harmonie des vers, des sons, des formes et des couleurs; il
    les consacre par des monumens; il recherche quelle est la
    nature des tres, ce qu'il est lui-mme, ce qu'il doit, ce
    qu'on lui doit, ce qu'il peut et ce qu'il fut.




PROGRAMME.

_Des Sciences mathmatiques et physiques, et des Arts mcaniques._


    Vu sous d'autres rapports, l'homme sait calculer les nombres
    et mesurer l'tendue. Quatre grands moyens lui ont dvoil la
    connaissance des corps; l'observation qui suffit  leur
    histoire, l'exprience qui en a dcouvert le mcanisme,
    l'analyse et la synthse qu'il invoque pour en approfondir la
    composition intime. A l'aide de ces moyens, il considre dans
    la matire ses proprits gnrales, ses tats divers, le
    mouvement et le repos; dans l'athmosphre, son poids, sa
    temprature, ses balancemens et ses mtores; dans les sons,
    leur intensit, leur vitesse, leur mlange et leur harmonie;
    dans la chaleur, sa communication et ses degrs; dans
    l'lectricit, ses courans, son quilibre, ses chocs et ses
    orages; dans la lumire sa propagation et ses couleurs; dans
    l'aimant, son attraction et ses poles; dans le ciel, les
    astres dont les phnomnes lui sont connus; sur la terre, les
    minraux qu'il recueille; les mtaux qu'il prpare; les
    vgtaux qu'il classe, dont il examine les organes et les
    produits; les animaux dont il tudie les formes, les moeurs,
    la structure, les lmens, la vie et la mort, la sant et les
    maladies; les champs qu'il cultive; les chemins qu'il ouvre;
    les canaux qu'il creuse; les villes qu'il lve et qu'il
    fortifie; les vaisseaux dont il se sert pour communiquer avec
    les deux mondes; les forces combines qu'il oppose  ses
    ennemis, et les arts nombreux qu'il inventa pour plier la
    nature  ses besoins.

CELUI qui se place au milieu de cette immensit, ne sait o reposer sa
vue. Par-tout ce sont des foyers de lumire, et l'oeil s'tonne
galement de ce qu'il voit en masse, et de ce qu'il apperoit en
dtail. Ce sont ces trsors de la plus haute instruction qu'il importe
de ranger dans le meilleur ordre, et que la Nation doit ouvrir  tous
ceux qui sont en tat d'y puiser.

Quoiqu'il n'existe pas de tableau aussi complet des connaissances
humaines, nous sommes bien loin, en vous proposant d'adopter ce
travail, de vouloir mettre des bornes au gnie des dcouvertes, en
traant autour de lui le cercle compressif de la loi. Nous avons voulu
seulement disposer avec ordre toutes nos richesses, et imiter les
naturalistes, qui, pour aider notre foible mmoire, ont class tous
les trsors de la nature, sans prtendre ni la borner, ni l'asservir.

Ainsi, notre travail est compos de deux parties; l'histoire de
l'homme moral y contraste avec celle de l'homme physique; les sciences
purement philosophiques marchent  ct des sciences d'observation;
les beaux-arts terminent la premire srie, comme les arts mcaniques
se trouvent  la fin de la seconde. Par-tout les masses principales se
correspondent dans ces deux grandes divisions: dans la premire, tout
est rationel, philosophique, littraire; dans la seconde, tout est
soumis  la prcision de l'exprience. Dans l'une comme dans l'autre,
la raison a besoin d'tre forte. La mmoire, aide d'une bonne
mthode, classera des objets nombreux, et l'imagination trouvera, soit
dans les inspirations de l'loquence, soit dans la haute thorie du
calcul, soit dans les dcouvertes de la physique, soit dans les
inventions des arts, cet aliment qui la nourrit et la dispose aux
grandes conceptions.

Avant notre poque, les tablissemens relatifs aux progrs des
lettres, des sciences et des arts, n'toient point d'accord entre eux:
ils n'avoient point t disposs pour s'aider mutuellement, pour se
correspondre; les prjugs y dominoient, la naissance osoit y
remplacer le savoir et le talent.

Maintenant que toute illusion a cess, il faut briser les formes
discordantes de ces tablissemens divers, et les fondre en un seul o
rien ne blesse les droits de l'galit et de la libert, auquel nous
puissions ajouter ce qui manque aux premires institutions, et d'o ce
qui ne tient qu' un vain luxe, soit scrupuleusement banni. Dans un
moment o tant de dbris disperss d'abord, changs bientt en
matriaux, tonnent par la place qu'ils occupent dans des
constructions jusqu' prsent inconnues parmi nous, dans un moment o
tant de ressorts se meuvent pour la premire fois, au milieu de toutes
les inquitudes qui agitent les esprits, seroit-il prudent
d'abandonner au hasard des circonstances le sort des sciences, des
lettres et des arts? N'est-ce pas, lorsque tant d'ides, tant de lois,
tant de fonctions sollicitent des expressions nouvelles, lesquelles
demandent toutes  tre inscrites dans le vocabulaire de la langue
franoise, qu'il faut l'enrichir sans cependant le surcharger?
N'est-ce pas, lorsque sur nos thtres, la scne s'tend  tous les
tats,  toutes les situations de la vie, et lorsqu'en se prtant
ainsi  toutes les formes, il est  craindre qu'elle ne dgnre par
cela mme qui doit contribuer  l'aggrandir? N'est-ce pas, lorsque les
orateurs de nos tribunes nationales doivent rflchir long-temps
encore sur le genre d'loquence qui convient  leurs discours, lorsque
la chaire elle-mme offre un champ nouveau, et que, dans les tribunaux
comme ailleurs, ce n'est plus l'ancien langage qui peut tre entendu;
n'est-ce pas alors que les hommes les plus exercs dans la
connoissance du beau, que ceux dont le got est le plus sr, doivent
se runir pour traiter de ces nouvelles convenances, et pour diriger
dans toutes ces routes la jeunesse impatiente de les parcourir?
N'est-ce pas lorsque, pour la premire fois, on va enseigner la morale
et la science du gouvernement, que les matres les plus habiles
doivent unir leurs efforts? Et ne convient-il pas que ces premires
coles soient diriges, non par un seul, mais par tous ceux qui
excellent dans cette belle application des vrits dont la philosophie
a fait prsent au genre humain? N'est-ce pas, lorsque l'histoire va
tre lue, et sur-tout crite dans un nouvel esprit; lorsque les
beaux-arts naturellement imitateurs doivent s'embellir de l'clat de
leur patrie; lorsque les sciences vont tre invoques de toutes parts;
lorsque le charlatanisme qui, dans les tats libres, est toujours plus
entreprenant, aura besoin d'tre fortement rprim; lorsqu'il importe
 l'accroissement du commerce et de la richesse nationale, que les
arts se perfectionnent; n'est-ce pas alors que tous les citoyens
connus par leurs talens dans ces divers genres, doivent tre invits 
runir leurs efforts pour remplir ces vues utiles et pour achever
cette partie de la rgnration de l'tat? En France, on dsire, on
recherche, on honore mme les lumires; mais on ne peut disconvenir
qu'elles ne sont pas encore assez rpandues pour qu'on puisse confier
 la libert seule le soin de leur avancement. Il est du devoir de la
Nation d'y veiller elle-mme; il faut donc par un tablissement
nouveau, ramener toutes nos connoissances et tous les arts  un centre
commun de perfectionnement; il faut y appeller de toutes les parties
de l'Empire le talent rel et bien prouv; il faut que de chaque
Dpartement, et aux frais de la Nation, une quantit d'lves choisis,
et ne devant leur choix qu' la seule supriorit reconnue de leur
talent, viennent y completter leur instruction. Nous sommes bien loin
toutefois de nous opposer aux associations littraires et aux autres
tablissemens de ce genre, ni d'astreindre aucun individu  suivre
telle route dans son ducation prive ou ses mthodes d'enseignement.
Le talent s'indigne quelquefois de la marche didactique et
rglementaire qu'on voudroit lui imposer; et vous donnerez une preuve
de plus de votre amour pour la libert, en la respectant jusques dans
ses bizarreries et ses caprices.

En s'occupant de la formation de l'Institut national, on se demande
d'abord s'il sera divis en un grand nombre de sections distinctes et
spares. L'existence d'une des plus illustres acadmies nous parot
rpondre complettement  cette question. _L'Acadmie des sciences_
embrasse toutes les branches de l'histoire naturelle et de la physique
avec l'astronomie et ce que les mathmatiques ont de plus
transcendant; et l'exprience de plus d'un sicle a prouv que tant de
parties diffrentes peuvent non-seulement tre traites ensemble et
dans les mmes assembles, mais qu'il y a dans cette runion un grand
avantage, en ce que l'esprit de calcul et de mthode s'tant
communiqu  toutes les classes de l'acadmie, chacun se trouve forc
d'tre exact dans ses recherches, clair dans ses noncs et serr dans
ses raisonnemens: qualits sans lesquelles on ne peut ni faire une
exprience, ni dduire des rsultats des observations qu'on a
recueillies.

On peut rpondre aussi  ceux qui demanderoient que l'Institut ft
divis en un grand nombre de sections, que les sciences s'enchanent
toutes, qu'elles se prtent un mutuel appui, et qu'on les voit chaque
jour s'identifier en quelque sorte en se perfectionnant. Loin de nous
donc cette manie de diviser, qui dtruit les liaisons, les rapports,
qui coupe, qui isole, qui anantit tout.

Un tableau prsentera les sciences physiques et les arts rangs dans
une seule section en dix classes, qui comprennent, 1. les
mathmatiques et la mcanique; 2. la physique; 3. l'astronomie; 4.
la chimie et la minralogie; 5. la zoologie et l'anatomie; 6. la
botanique; 7. l'agriculture; 8. la mdecine, la chirurgie et la
pharmacie; 9. l'architecture sous le rapport de la construction;
10. les arts. Les objets dont les quatre dernires classes doivent
s'occuper, tant trs-tendus et ayant besoin d'une longue suite
d'essais d'un genre qui leur est propre, il nous a sembl que chacune
d'elles devoit se runir en particulier, en admettant  ses sances
seulement celles des autres classes qui ont des rapports immdiats
avec ses travaux. Par exemple, la classe de mdecine et de chirurgie
appellera  ses assembles les anatomistes, les chimistes et les
botanistes qui sont distribus dans les premires classes de la
section des sciences physiques. Les botanistes seront encore appells
par la classe d'agriculture; les gomtres le seront par celle de
construction, et les mcaniciens par celle des arts. Ces classes
surajoutes suffiront pour communiquer  celles qui s'assembleront
sparment, l'esprit qui animera les premires, et cependant celles-ci
continueront de marcher ensemble, parce qu'il est impossible de rien
changer, sous ce rapport, dans leur combinaison qu'on doit regarder
comme un modle.

Quoique spares dans leurs sances ordinaire, les quatre dernires
classes suivroient les mmes usages que les premires; elles
obiroient aux mmes rglemens et aux mmes lois; les rsultats de
leurs recherches seroient rciproquement communiqus entre elles, et
leurs assembles publiques se tiendroient en commun.

Comme il ne doit y avoir qu'une seule section pour les sciences
physiques et les arts, il ne doit y en avoir qu'une aussi pour les
sciences morales et philosophiques, pour les belles-lettres et pour
les beaux-arts. L'histoire ne peut tre spare ni de la morale, ni de
la science du gouvernement. Et pourquoi rangeroit-on  part les
belles-lettres qui se mlent avec tant de charme aux discussions les
plus srieuses. C'est elles qui donnent aux crits des Philosophes cet
intrt de style sans lequel on a difficilement des lecteurs, et elles
trouveront elles-mmes, soit dans les annales de l'histoire, soit dans
les ouvrages des Lgislateurs, des rapprochemens inattendus, des vues
hardies, une instruction solide dont l'loquence peut faire l'usage le
plus noble et le plus utile.

Certes la Science de la grammaire, qui ne doit tre trangre  aucun
homme de lettres, et les prceptes de l'loquence sont moins loigns
de l'tude de l'histoire et de la morale, ou, si l'on veut, de la
science du gouvernement, que la Chimie ne l'est de l'Astronomie, ou
que l'tude des Plantes ne l'est de celle des Mathmatiques. Les
personnes qui cultivent les sciences philosophiques, et les
belles-lettres, peuvent donc tre rassembles dans les mmes sances;
et puisque cette runion est possible, il faut qu'elle ait lieu; car
c'est en sparant les hommes en de petites associations, qu'on voit
leurs prtentions s'accrotre, et l'esprit de corps, si oppos 
l'esprit public, crer pour eux des intrts diffrens de ceux que le
bien gnral indique.

La section des sciences philosophiques, des belles-lettres et des
beaux-arts, qui compose l'autre division de notre tableau, est, comme
celle des sciences physiques et des arts, divise en dix classes, qui
comprennent, 1. la morale; 2. la science du gouvernement; 3.
l'histoire ancienne et les antiquits; 4. l'histoire et les langues
modernes; 5. la grammaire; 6. l'loquence et la posie; 7. la
peinture et la sculpture; 8. l'architecture, sous le rapport de la
dcoration et des beaux arts; 9. la musique; 10. l'art de la
dclamation.

Les six premires classes, dans cette section comme dans celle des
sciences physiques, tiendront des sances communes, et les quatre
dernires se runiront chacune sparment, en admettant  leurs
assembles celles des autres classes dont les recherches seront
analogues  leurs travaux. Ainsi, les peintres trouveront 
s'instruire dans le commerce des potes, des historiens et dans celui
des amateurs de l'antiquit. Les lves dans l'art de la dclamation
recevront des conseils utiles de la part des auteurs dramatiques les
plus exercs. Cette rciprocit de service pourra mme s'tendre de la
section des sciences physiques  celle des belles-lettres. Les
peintres, par exemple, auront besoin des lumires des anatomistes qui
appartiennent  la cinquime classe de la seconde section. L'institut
national, renfermant tous les genres de savoir, offrira aussi tous
les genres de secours  ceux qui viendront les invoquer.

Jusqu'ici nous avons prsent l'Institut comme divis en deux grandes
sections; mais, sous un autre aspect, ces deux sections runies
formeront un grand corps reprsent par un comit central, auquel
chacune des vingt classes enverra un dput qui stipulera pour les
intrts de tous. Ce Comit surveillera l'excution des lois de
l'Institut, et s'occupera principalement de ce qui concerne son
administration.

On se tromperoit, si l'on regardoit l'Institut national comme devant
tre concentr dans Paris. Ses nombreuses dpendances se rpandront
dans les Dpartemens. Les diffrentes branches des Sciences Physiques,
qui comprennent la Gographie, la Navigation, l'Art Militaire,
l'Architecture itinraire et hydraulique, la Mtallurgie,
l'Agriculture et le Commerce, auront leur foyer principal dans les
ports, dans les places, dans les villes de guerre, prs des mines,
soit en France, soit mme dans les pays trangers, sur les sols de
diverse nature, et dans les atteliers des Arts.

Ainsi la classe de Peinture et de Sculpture continuera d'avoir un
Collge  Rome.

Ainsi la classe des Antiquits Orientales pourroit en avoir un 
Marseille.

Ainsi des voyageurs Franois, choisis par les diffrentes classes,
parcourront le globe, soit pour le mesurer, soit pour en connotre la
composition et la structure, pour en tudier les productions, pour en
observer les habitans, et rassembler les connoissances qui peuvent
tre utiles aux hommes.

Le vritable but de l'Institut national tant le perfectionnement des
Sciences, des Lettres et des Arts, par la mditation, par
l'observation et par l'exprience, il ne sauroit s'tablir trop de
communications entre le public et les diffrentes classes qui le
composent.

L'Institut correspondroit avec les Dpartemens pour tout ce qui seroit
relatif  l'ducation,  l'enseignement et aux nombreux travaux sur
lesquels des Savans de divers genres peuvent tre consults.

Les assembles des diffrentes classes de l'Institut seroient ouvertes
 ceux qui dsireroient y lire des mmoires, y prsenter des ouvrages,
et demander des conseils pour se diriger dans leurs recherches.

L'Institut communiqueroit encore avec le public par les ouvrages qu'il
feroit parotre, et par les essais de divers genres qu'il
multiplieroit sous ses yeux.

Enfin l'Institut seroit enseignant.

Il est une classe maintenant trs-nombreuse d'hommes entirement vous
 l'tude des Lettres, des Sciences et des Arts, qui, aprs tre
sortis des Collges, ont besoin de l'entretien et des conseils des
grands Matres; ils demandent qu'on leur enseigne ce que la
Philosophie a de plus abstrait; ce que les Mathmatiques offrent de
plus savant; ce que l'exprience a de plus difficile; ce que le got a
de plus dlicat. C'est dans le sein de l'Institut qu'on doit trouver
naturellement de telles leons. L'Institut doit donc tre enseignant;
et ce nouveau rapport d'utilit publique formera l'un de ses
principaux caractres.

Cette fonction ne nuira point  celles que dj nous lui avons
attribues. Les sances tenues par l'Institut seront essentiellement
spares de l'enseignement dont il s'agit; et cet enseignement
lui-mme, quoique trs-distinct des assembles, n'en sera pourtant, en
quelque sorte, qu'une extension: car les Professeurs, lus en nombre
suffisant par les classes, feront connotre dans leurs leons, non la
partie lmentaire de la science ou de l'art, mais ce qui tiendra de
plus prs au progrs, au perfectionnement de l'une ou de l'autre; ce
qui pourra servir, en un mot, de complment  l'instruction; de sorte
que, pour ce genre d'enseignement, ce ne seroit peut-tre pas, comme
pour l'enseignement lmentaire, celui qui s'exprimeroit avec plus de
nettet sur la science, mais celui qui auroit le plus fait pour elle,
et qui laisseroit le plus  penser aux lves, qu'il faudroit choisir.

Jusqu' ce jour, un assez grand nombre de chaires tablies  Paris,
soit au Collge Royal, soit au Jardin des Plantes, soit aux Collges
de Navarre et des quatre Nations, soit au Louvre, toient destines 
l'enseignement des sciences naturelles et philosophiques et  celui de
quelques-unes des parties des Belles-Lettres et des Beaux-Arts; mais
il n'y avoit entre ces diffrentes chaires, non plus qu'entre les
divers corps acadmiques, ni liaison, ni harmonie. Diffrentes
autorits, quelquefois trs-opposes entr'elles, dirigeoient ces
tablissemens, et nulle part on n'avoit senti que cette sorte
d'enseignement dt s'exercer, non sur les premiers principes, mais sur
les difficults  vaincre: or cependant, il n'est presque aucune des
principales divisions des connoissances humaines qui ne doive tre
enseigne dans les Collges de District ou de Dpartement. Il ne faut
donc pas que les Professeurs de l'Institut rptent ce qui aura t
dit longuement ailleurs. Ils n'oublieront jamais que c'est 
l'avancement de la science qu'ils seront destins, ainsi que
l'Institut dont ils feront partie.

Toutes les chaires fondes au Collge Royal, au Jardin des Plantes,
etc. doivent donc disparotre, parce que, telles qu'elles sont, la
plupart n'entreroient point dans le plan de l'Institut o ces chaires
se retrouveront sous une autre forme.

Mais pour que l'Institut fasse tout le bien que la Nation doit en
attendre, il faut que chacune des classes qui le composent, possde
les moyens de donner  ses travaux toute la perfection dont ils sont
susceptibles. Les unes auront besoin d'un laboratoire, d'une
collection d'instrumens, de machines, de modles: aux autres, il
faudra un jardin, un champ, une mnagerie, un troupeau: toutes
rclameront les secours des grandes Bibliothques et une Imprimerie
riche en caractres de tous les genres: toutes dsireront qu'une
correspondance active leur apprenne quel est, dans les pays trangers,
l'tat des Sciences, des Lettres et des Arts, que tous les ouvrages
curieux, que les instrumens, que les machines nouvelles qui les
intressent, leur soient communiqus, aprs qu'ils auront t inscrits
sur le catalogue de la collection  laquelle ils devront appartenir,
et qu'un nombre suffisant d'interprtes soit charg de traduire ceux
de ces crits dont on croira que les connoissances seront les plus
utiles  rpandre. Ainsi organises, les classes de l'Institut auront
des rapports avec les divers tablissemens qui seront analogues 
leurs travaux. Le Jardin des Plantes dpendra des classes de Botanique
et d'Agriculture; le _Musum_, de celles d'Histoire Naturelle et
d'Anatomie; les collections de machines, de celles de Mcanique et des
Arts; le cabinet de Physique appartiendroit  la classe de physique
exprimentale; l'cole des Mines seroit dirige conformment aux vues
de la classe de Chimie; les collections d'Antiques et de mdailles le
seroient par celle d'Histoire, et les galeries de tableaux, de
statues, de bustes et l'cole gratuite de dessin le seroient par les
classes des Beaux-Arts: les Bibliothques seroient une dpendance
commune  toutes les classes de l'Institut qui, form de cette
manire, prsenteroit une sorte d'Encyclopdie toujours tudiante et
toujours enseignante; et Paris verroit dans ses murs le monument le
plus complet et le plus magnifique qui jamais ait t lev aux
Sciences.

Pour s'assurer que le choix des Membres et des Professeurs de
l'Institut seroit toujours dtermin par la justice, il seroit ordonn
aux classes qui auroient fait ou propos ces lections, d'en rendre
publics les motifs, en les adressant  la Lgislature.

Encore quelques rflexions pour rpondre  toutes les questions qui
pourroient tre faites.

1. Lorsque nous avons dit que les Professeurs de l'Institut national
n'enseigneroient pas les lmens des sciences et des arts, mais ce que
leur tude offre de plus difficile et de plus lev, nous avons tabli
un principe gnral qui soutire quelques exceptions dans notre plan.
Ces exceptions ont lieu, lorsqu'il s'agit d'une science ou d'un art
qui n'est enseign ni dans les coles primaires, ni dans celles de
District, ni dans celles de Dpartement; et lorsqu'il importe que cet
enseignement se fasse d'une manire complette dans une cole qui,
tant unique, nous a paru devoir tre annexe  l'Institut. Telles
sont les classes des Beaux-Arts et celle d'Architecture, considre
sous le rapport de la construction.

2. L'Architecture dcorative est essentiellement lie aux Beaux-Arts
parmi lesquels on la trouvera range dans notre tableau. Mais la
runion des moyens qui peuvent donner aux constructions de la
stabilit, de la dure, et les rendre propres  remplir l'objet de
leur destination, tient sur-tout aux sciences Mathmatiques et
Physiques. Il s'agit en effet dans ces divers travaux, ou de la
science des formes, ou de celle de l'quilibre et du mouvement.

La science des formes comprend toutes les recherches gomtriques au
moyen desquelles on considre des corps, des surfaces et des lignes
dans l'espace. La plupart de ces dimensions n'tant point
susceptibles d'tre traces sur une surface plane, il faut les
reprsenter d'une manire artificielle, c'est--dire, par leur
projection, et pouvoir, lorsqu'on les excute, revenir des projections
 la courbe relle. Les personnes de l'art les plus instruites,
conviennent qu'il n'existe point d'ouvrage complet sur cette matire
tout--fait gomtrique. Il est donc  dsirer qu'elle devienne
l'objet d'une tude suivie et celui d'un enseignement qui lui soit
particulirement destin.

La science du mouvement et de l'quilibre, prise dans l'acception la
plus tendue, peut tre considre comme la collection d'autant de
sciences particulires qu'il y a d'objets principaux auxquels elle
peut tre applique. L'enseignement de la partie de la mcanique qui
est relative  la construction, ne peut donc pas tre confondu avec
l'enseignement abstrait et indtermin de la mcanique en gnral, et
il faut que l'application en soit confie  un homme trs-vers dans
ces deux genres d'tude.

Il sera facile aux lves de runir les leons sur la partie
dcorative  celles dont la classe de construction sera spcialement
occupe. Ainsi l'espce de sparation qu'offre notre tableau 
l'article de l'Architecture, ne peut avoir aucun inconvnient rel,
puisque, dans le fait, les tudians peuvent la regarder comme
n'existant pas, et se conduire en consquence.

3. Deux chaires nous ont paru devoir suffire, vu l'tat actuel des
connoissances, pour l'enseignement de l'Agriculture: l'une comprendra
tout ce qui a rapport aux eaux, aux terres,  leurs produits et aux
animaux; l'autre, ce qui est relatif aux btimens et aux instrumens
aratoires.

Ces chaires nous ont sembl devoir tre tablies dans les Villes, soit
parce que l'Agriculture ne peut faire de grands progrs sans le
secours des autres sciences que l'on y cultive galement, soit parce
que les auditeurs que l'on peut esprer d'y avoir, seront plus en tat
d'entendre ces sortes de leons, et d'en profiter. Ces auditeurs
seront principalement des propritaires aiss et instruits, dont le
nombre va augmenter par le nouvel ordre de choses, et ceux qui se
destinent aux fonctions curiales, qui, par la nature de leur
ministre, peuvent mieux que tous autres propager des vrits
agricoles.

Deux chaires d'conomie rurale et domestique pourroient d'abord tre
tablies au jardin des plantes. Une partie de ce jardin seroit
destine  la formation d'une cole de botanique conomique, en
mme-temps qu'un terrain, situ prs de Paris et qui dpendroit du
jardin des plantes, serviroit aux travaux combins des classes de
botanique et d'agriculture. Le Professeur feroit connotre les divers
produits qu'on retire des vgtaux que le laboureur cultive. Il auroit
 sa disposition un local o seroient levs des animaux domestiques;
et les instrumens agraires seroient confis  sa garde.

Il parotroit prudent de fonder d'abord ces deux chaires  Paris, et
l'on jugeroit par leur succs s'il seroit convenable d'en tablir de
pareilles dans les principales villes du Royaume. Le Dpartement de la
Corse, dont le sol vari offre la runion de tous les sites et de tous
les climats, pourra former divers jardins d'essai pour la culture des
vgtaux qu'il seroit utile d'acclimater en France.

4. La huitime classe de la section des sciences runira les objets
dont la Socit de Mdecine et l'Acadmie de Chirurgie ont fait
jusqu'ici leur principale tude. Dornavant ces deux tablissemens
n'en formeront qu'un. La classe qui rsultera de leur runion, aura
besoin d'un hpital o se feront les observations, et qui sera
desservi, pour le traitement des malades, par les membres mmes de la
classe dont il s'agit. Les nouvelles mthodes y seront tentes avec
toute la prudence ncessaire; et les rsultats des expriences qui
auront t faites, seront toujours mis sous les yeux du public.

Les trois chaires que nous avons annexes  la classe de Mdecine,
diffrent de celles qui font partie des Collges. Deux de ces chaires
sont relatives aux soins que demandent les hommes atteints d'pidmie
et les animaux attaqus d'pizootie.

Le but de la troisime chaire est d'instruire dans l'art de secourir
les hommes dont la vie est menace par quelque danger pressant et
imprvu. Telles sont les personnes noyes et asphyxies, celles dont
les membres sont gels, celles qu'un animal enrag a mordues, etc.,
etc. A cet article se rapporteront les nombreux objets de salubrit
publique, qui, considrs d'une manire exprimentale, doivent tous
faire partie de cet enseignement. Nous proposons encore que ce
Professeur soit charg de faire chaque anne un cours sur les maladies
des artisans, comme celles auxquelles sont sujets les doreurs,
chapeliers, peintres, mineurs, etc.

Ce que la classe de Mdecine fera encore de trs-utile sera de
correspondre avec les Directoires sur tout ce qui concerne la sant du
peuple, de recueillir l'histoire mdicale des annes et celle des
maladies populaires, de faire connotre leur origine, leur
accroissement, leur communication, leur nature, leurs changemens, leur
fin, leur retour et la manire dont elles se succdent. Ces annales
seront un des plus beaux et des plus utiles ouvrages qu'aient excut
les hommes.

5. Que la mdecine et la chirurgie des animaux doivent tre runies 
la mdecine humaine, c'est une proposition qui n'a besoin que d'tre
nonce pour qu'on en reconnoisse la vrit. Les grands principes de
l'art de gurir ne changent point; leur application seule varie. Il
faut donc qu'il n'y ait qu'un genre d'cole, et qu'aprs y avoir
tabli les bases de la science, on cherche, par des travaux divers 
en perfectionner toutes les parties. Ainsi, la classe de mdecine
s'occupera aussi du progrs de l'art vtrinaire, et les tablissemens
qui auront cet avancement pour objet, seront dirigs de manire qu'il
lui soit facile de multiplier les essais qui tendront  ce but
dsirable.

6. La Botanique a t jusqu'ici en France la seule partie de
l'histoire naturelle pour laquelle on ait fond des chaires et ordonn
des voyages. La connoissance des animaux est cependant plus prs de
nous que celle des plantes. Les chaires que nous proposons d'annexer 
la classe de Zoologie et d'Anatomie, sont d'une cration tout--fait
nouvelle. Nulle part on n'a encore dmontr mthodiquement la
structure tant extrieure qu'intrieure des nombreux individus qui
composent le rgne animal. Ces leons ne seroient pas seulement
curieuses; les produits d'un grand nombre d'animaux servent  la
mdecine et aux arts. Plusieurs sont venimeux, et les parties qui
prparent ou qui communiquent le poison, sont importantes  connotre.
Enfin, la comparaison des organes doit fournir des rsultats nouveaux,
des dcouvertes dont la physique animale saura faire son profit.

7. Ce ne seront pas seulement les chaires nouvelles qui rendront
l'Institut recommandable, ce seront encore celles qui, sans avoir
tout--fait le mrite de la nouveaut, par des mesures bien
concertes, deviendront infiniment plus utiles qu'elles ne l'toient
auparavant. Jusqu' ce jour, nulle surveillance relle n'a rpondu de
l'exactitude des professeurs: dans notre plan, chaque classe
sera charge du choix, et de l'inspection des matres qui lui
appartiendront; et lorsque plusieurs enseigneront la mme partie
comme les mathmatiques, par exemple, ils se concerteront tellement
entre eux, qu'en alternant, l'un commence lorsque l'autre finira.
Ainsi les lves trouveront chaque anne un cours ouvert, et ils ne
seront jamais retards dans leurs tudes.

En runissant ces chaires parses  un point central, en y en ajoutant
de nouvelles qui ne laissent sans enseignement aucune partie des
lettres, des sciences et des arts, en faisant ainsi servir l'ducation
publique  l'Institut national dont les leons fourniront le
complment, on fera tout ce qu'il est possible de faire pour le
dveloppement de l'esprit et le progrs des connoissances, et l'on
rendra inbranlables les bases sur lesquelles se fonde et se perptue
la libert publique.

Nous ajouterons que les dpenses ncessaires pour mouvoir cette
immense machine, surpasseront  peine celles que le gouvernement a
destines jusqu'ici  l'entretien des divers tablissemens auxquelles
l'Institut doit runir tant de crations nouvelles.

Des tableaux joints  ce rapport prsentent la suite de nos ides sur
l'enchanement des connoissances humaines et sur les attributions que
nous croyons devoir tre faites aux sections et aux classes de
l'Institut.

       *       *       *       *       *

VOICI l'ordre des tableaux annexs  ce rapport.

1. Programme des sciences philosophiques, des belles-lettres et des
beaux-arts.

2. Programme des sciences mathmatiques et physiques et des arts.

3. Section premire de l'Institut national, comprenant les sciences
philosophiques, les belles-lettres et les beaux-arts, divise en dix
classes. On y trouve le dveloppement de tout ce qui est relatif aux
six premires classes qui doivent tenir des sances communes.

4. Tableau de la septime classe de la section premire, comprenant
la peinture et la sculpture.

5. Tableau de la huitime classe de la section premire, comprenant
l'architecture dcorative.

6. Section seconde de l'Institut national, comprenant les sciences
mathmatiques et physiques et les arts mcaniques, divise en dix
classes. On y trouve le dveloppement de tout ce qui est relatif aux
six premires classes qui doivent tenir des sances communes.

7. Tableau de la septime classe de la section seconde, comprenant
l'agriculture.

8. Tableau de la huitime classe de la section seconde, comprenant la
mdecine, la chirurgie et la pharmacie.

9. Tableau de la neuvime classe de la section seconde, comprenant
l'architecture sous le rapport de la construction.

    _Nota._ Nous n'avons point prsent le tableau de plusieurs
    classes nouvelles, parce que ces classes n'tant que des
    dpendances de quelques-unes des sections de l'Institut, elles
    ne pourront tre organises qu'aprs qu'on aura pris
    connoissance des plans qui seront fournis par ces sections.
    C'est ainsi que la classe des arts ne sera forme qu'aprs
    avoir consult la seconde section de l'Institut.




MOYENS D'INSTRUCTION.


NOUS venons de parcourir les divers objets qui composeront
l'Instruction publique: et dj l'on a d voir qu'ils ne peuvent tous
tre placs, sur la mme ligne; que plusieurs tiennent aux premires
lois de la nature, applicables  toute socit qui marche vers sa
perfection; que d'autres sont une consquence immdiate de la
Constitution que la France vient de se donner; que d'autres enfin sont
relatifs  l'tat actuel, mais variable, des progrs et des besoins de
l'esprit humain; d'o il rsulte qu'ils ne doivent pas tre
indistinctement noncs dans vos Dcrets avec ce caractre
d'immutabilit qui n'appartient qu' un petit nombre.

Dans cette distribution d'objets on retrouve l'empreinte d'une
Institution vraiment nationale, soit parce qu'ils seront dtermins et
coordonns conformment au voeu de la Nation, soit sur-tout parce
qu'il n'en est aucun qui ne tende directement au vritable but d'une
Nation libre, le bien commun n du perfectionnement acclr de tous
les individus; mais c'est particulirement dans les moyens qui vont
tre mis en activit, que ce caractre national doit plus fortement
s'exprimer.

A la tte de ces moyens doivent incontestablement tre placs _les
Ministres de l'instruction_. Nous nous garderons de chercher  les
venger ici de ce ddain superbe et protecteur dont ils furent si
long-temps outrags: une semblable rparation seroit elle-mme un
outrage; et certes il faudroit que l'esprit public ft trangement
rest en arrire, si nous tions encore rduits  une telle ncessit.
Sans doute, ceux qui dvouent -la-fois et leur temps et leurs
facults au difficile emploi de former des hommes utiles, des citoyens
vertueux, ont des droits au respect et  la reconnoissance de la
Nation; mais, pour qu'ils soient ce qu'ils doivent tre, il faut
qu'ils parviennent  ces fonctions par un choix libre et svre. Il
convient donc qu'ils soient nomms par ceux-l mme  qui le peuple a
remis la surveillance de ses intrts domestiques les plus chers, et
que leurs relations journalires mettent plus  porte de connotre et
d'apprcier les hommes dans leurs moeurs et dans leurs talens. Il faut
que ce choix ne puisse jamais s'garer: il importe donc qu'il soit
dirig d'avance par des rgles qui, en circonscrivant le champ de
l'ligibilit, rendront l'lection toujours bonne, toujours
rassurante, et presque invitablement la meilleure. Il faut, pour
qu'ils se montrent toujours dignes de leurs places, qu'ils soient
retenus par le danger de la perdre; il importe donc qu'elle ne soit
pas dclare inamovible. Mais il faut aussi, pour qu'ils s'y disposent
courageusement par d'utiles travaux, qu'ils aient le droit de la
regarder comme telle: il est donc ncessaire que leur dplacement soit
soumis  des formalits qui ne soient jamais redoutables pour le
mrite. Enfin, il faut que la considration, l'aisance et un repos
honorable soient le prix et le terme de tels services: il est donc
indispensable que la Nation leur prpare, leur assure ces avantages,
dont la perspective doit les soutenir et les encourager dans cette
noble, mais pnible carrire.

L'institution des Matres de l'enseignement, rgle suivant ces
principes, offre la plus forte probabilit qu'il s'en suivra une
multitude de bons choix; et cette probabilit ira de jour en jour en
croissant: car, si les instituteurs sont destins  propager
l'instruction, il est clair que l'instruction,  son tour, doit crer
et multiplier les bons instituteurs.

Ce premier objet se trouveroit incomplet, si vous ne le runissiez,
dans votre surveillance,  ce qui concerne les ouvrages que le temps
nous a transmis, et qu'on doit aussi regarder comme les Instituteurs
du genre humain. Comment, pour le bien de l'instruction, rendre plus
facilement et plus utilement communicatives toutes les richesses
qu'ils renferment? Cette question appartient essentiellement  notre
sujet; et, sous ce point de vue, l'organisation des _bibliothques_
nous a paru devoir tre place dans l'ordre de notre travail,  ct
des Matres de l'enseignement.

Vous venez de recouvrer ces vastes dpts des connoissances humaines.
Cette multitude de livres perdus dans tant de monastres, mais, nous
devons le dire, si savamment employs dans quelques-uns, ne sera point
entre vos mains une conqute strile; pour cela, non-seulement vous
faciliterez l'accs des bons ouvrages, non-seulement vous abrgerez
les recherches  ceux pour qui le temps est le seul patrimoine, mais
vous hterez aussi l'anantissement si dsirable de cette fausse et
funeste opulence sous laquelle finiroit par succomber l'esprit humain.
Une foule d'ouvrages, intressans lorsqu'ils parurent, ne doivent tre
regards maintenant que comme les efforts, les tatonnemens de l'esprit
de l'homme se dbattant dans la recherche de la solution d'un
problme: par une dernire combinaison, le problme se rsout; la
solution seule reste; et ds-lors toutes les fausses combinaisons
antrieures doivent disparotre: ce sont les ratures nombreuses d'un
ouvrage, qui ne doivent plus importuner les yeux quand l'ouvrage est
fini.

Donc chaque dcouverte, chaque vrit reconnue, chaque mthode
nouvelle devroit naturellement rduire le nombre des livres.

C'est pour remplir cette vue, et aussi pour rendre utilement
accessibles les bons ouvrages  ceux qui veulent s'instruire, que
doivent tre ordonns la distribution des bibliothques, leur
correspondance et les travaux analytiques de ceux par qui elles seront
diriges.

Ainsi chacun des quatre-vingt-trois Dpartemens possdera dans son
sein une bibliothque. Chacun d'eux, hritier naturel des
bibliothques monastiques, trouvera, dans la collection de ces livres,
un premier fonds qu'il purera, et qui s'enrichira chaque anne tant
par ses pertes que par ses acquisitions. Une distribution nouvelle
rendra ces richesses utilement disponibles.

Paris offrira sur-tout le modle d'une organisation complette.

Les plus savans bibliographes ont pens que l'immense collection des
livres que renferme Paris, pourroit tre, pour le plus grand avantage
de ceux qui cultivent l'tude, divis en cinq classes; que chaque
classe formeroit une bibliothque, et que leur runion fictive
composeroit la bibliothque nationale; que chacune de ces sections,
sans manquer toutefois des livres lmentaires, des livres principaux,
sur toutes les sciences qui doivent se trouver par tout, seroit
spcialement affecte  une science,  une facult en particulier; que
par-l le service de la bibliothque nationale deviendroit plus
prompt, plus commode; que chacun, des prposs aux cinq sections,
particulirement attach  une partie, le connotroit mieux, seroit
plus en tat de la classer, de la perfectionner, de l'analyser, de
l'enrichir de tout ce qui lui manque, et sur-tout de diriger dans
leurs tudes tous ceux qui auroient  faire des recherches
particulires dans la facult dominante de sa section. Ainsi,
bibliothque mieux fournie, bibliothcaire plus instruit, par consquent
secours plus nombreux et plus expditifs.

Mais on a pens en mme temps que cette distribution ne devoit se
faire que sur les livres que nous fournissent les Communauts du
Dpartement de Paris; que la bibliothque du Roi, regarde de tout
temps comme nationale, tant dj toute forme, toute organise,
devoit rester ce qu'elle est, et ne pas disperser ses richesses dans
les diverses sections de la nouvelle bibliothque; que mme il toit
naturel qu'elle acqut ce qui lui manque dans les bibliothques
ecclsiastiques supprimes, ainsi que la bibliothque de la
Municipalit de Paris, qui, enrichie et complette par ce moyen,
pourroit servir de bibliothque de Dpartement.

La bibliothque du Roi est le premier des dpts. Il faut chercher 
le perfectionner; il seroit draisonnable de le dnaturer et de le
dtruire.

Quant aux bibliothques des Dpartemens, chacune d'elles sera divise,
mais dans le mme local, en cinq classes, pour correspondre plus
facilement aux sections de la bibliothque nationale existante 
Paris.

Cette correspondance fournira les premiers matriaux  un journal d'un
genre nouveau que vous devez encourager. Cet ouvrage, qui ne devra
point tre assujetti  une priodicit funeste  toutes les
productions, aura un but philosophique et trs-moral: destin d'abord
 faire connotre le nombre, la nature des livres ou manuscrits de
chaque Dpartement,  perfectionner leurs classifications, leurs
sous-divisions, et  fixer les recherches inquites des savans, il
offrira bientt des notices analytiques sur tout ce que le temps
commande d'abrger, des choix heureux, des simplifications savantes
qui rduiront insensiblement  un petit nombre de volumes ncessaires
ce que les travaux de chaque sicle ont produit de plus intressant;
il disposera les matriaux de ce qui est incomplet, prparera les
mthodes, apprendra ce qui est fait, ce qu'on ne doit plus chercher,
nous dira combien chaque vrit, chaque dcouverte rend inutiles
d'ouvrages, de portions d'ouvrages, et sur-tout htera leur
anantissement rel, d'abord en rduisant au plus petit nombre
possible, c'est--dire, si l'on peut parler ainsi,  des individus
uniques, cette foule d'ouvrages superflus, multiplis avec tant de
profusion, et en livrant ensuite  la bienfaisante rigueur du temps le
soin de dtruire absolument l'espce entire condamne  ne plus se
reproduire.

Peut-tre mme un tel journal pressera-t-il l'opinion publique au
point qu'on regardera, non comme courageux, mais comme simple et
raisonnable, de dtruire tout  fait, d'poques en poques, une
prodigieuse quantit d'ouvrages qui n'offriront plus rien, mme  la
curiosit, et qu'il seroit puril de vouloir encore conserver.

L'esprit se soulage par l'espoir que cette multitude immense de
productions tant de fois rptes par l'art, et qui n'auroit jamais d
exister, du moins n'existera pas toujours; qu'enfin les livres qui ont
fait tant de bien aux hommes, ne sont pas destins  leur faire un
jour la guerre et au physique et au moral. Or, c'est videment du sein
des bibliothques que doit sortir le moyen d'en acclrer la
destruction.

Avant de terminer cet article, vous dsirez sans doute savoir par
approximation  quoi s'lve sur cet objet la nouvelle richesse
nationale.

Les relevs faits sur les inventaires des tablissemens
ecclsiastiques et religieux, au nombre de _quatre mille cinq
cents_ maisons ou -peu-prs, annoncent _quatre millions cent
quatre-vingt-quatorze mille quatre cent-douze_ volumes, dont prs de
_vingt-six mille_ manuscrits. Sur ce nombre, la ville de Paris fournit
_huit cent huit mille cent-vingt_ volumes. On a remarqu qu'environ un
cinquime toit dpareill, ou de nulle valeur. On value donc en
gnral le nombre des volumes qui forme des ouvrages complets  _trois
millions deux cent mille_, sur lesquels environ _six cent quarante
mille_  Paris. Il est vrai aussi que certains livres y sont rpts
trois, six, et neuf mille fois, et qu'il n'y a qu'environ _cent mille_
articles diffrens. Enfin, dans ce nombre de _trois millions deux cent
mille_ se trouvent -peu-prs _deux millions_ de volumes de thologie.

Les deux premiers moyens d'instruction que nous venons de parcourir,
se fortifieront de ceux qui doivent natre des _encouragemens_, des
_rcompenses_, et sur-tout des _mthodes_ nouvelles.

Les _encouragemens_ connus sous le nom de _bourses_ offrent quelques
points de discussion. Tout ce qui les concerne se trouve renferm dans
les questions suivantes, qu'il est indispensable de rsoudre.

Quel doit tre l'emploi des nombreuses fondations de ce genre qui
existent particulirement  Paris?

Au profit de qui et par qui doivent-elles tre employes?

Faut-il en tablir, et  l'aide de quels moyens, dans les lieux o il
n'en existe pas?

Enfin quelles rgles  observer dans leur distribution?

Les principes sur les fondations sont connus. Ce qui a t donn pour
un tablissement public, a t remis  la Nation qui en est devenue la
vraie dispensatrice, la vraie propritaire, sous la condition
d'accorder en tout temps l'intention du donateur avec l'utilit
gnrale. L'Assemble Nationale peut donc, en se soumettant  ce
principe, disposer du domaine de l'instruction, comme aussi des fonds
de la charit publique. Mais, dans un objet de cette importance, il ne
faut point d'opration hazardeuse. L'espoir du mieux ne permet de rien
compromettre: on doit uniquement s'occuper ici de conserver et
d'appliquer. Il faut donc garder soigneusement  l'instruction tout ce
qui lui fut primitivement consacr; car c'est au moment o elle
s'aggrandit que les secours lui deviennent plus ncessaires. Il faut
que les bourses existantes  Paris soient appliques  Paris,
non-seulement parce que c'est le voeu des fondateurs, mais parce que
les fonds sur lesquels sont tablies ces bourses, existent presque
tous dans la ville mme de Paris, et parce que c'est aussi le seul
moyen d'en faire jouir complettement et plus utilement, mme tous les
Dpartemens du Royaume.

Cette dernire raison rsout la seconde question sur les bourses.

Au profit de qui et par qui doivent-elles tre accordes?

La plupart ont t fondes pour des provinces qui n'existent plus,
pour des classes privilgies qui n'existent pas davantage. Cette
intention littrale ne peut donc tre remplie. Mais elles l'ont t
toutes pour l'encouragement du talent, pour le soulagement de
l'infortune, et, en dernier rsultat, pour le plus grand bien public.
Or cette intention, la seule qui doit survivre  tout, sera
parfaitement acquitte, lorsqu'il aura t dcid qu'elles seront
rparties proportionnellement entre tous les Dpartemens, et que
chacun d'entre eux aura le droit de nommer et d'envoyer  Paris, pour
jouir de ce bienfait, le nombre de sujets qui lui seront dsigns par
ce partage.

Mais doit-on, et par quels moyens tablir ce genre d'encouragement
dans les lieux o il n'existe pas?

Il est clair que les moyens gratuits d'instruction ne doivent pas
tre concentrs exclusivement dans la Capitale; que la justice et
toutes les convenances demandent que, dans chaque Dpartement,
l'instruction soit aussi complette qu'elle peut l'tre. Cependant,
comment y faire parcourir tous les degrs d'instruction  ceux que
leur dtresse met dans l'impossibilit d'en acquitter les frais,
tandis que leurs dispositions les y appellent? Au moment de la
rvision de notre code constitutionnel, vous avez fortement exprim
votre voeu  cet gard: vous avez pens qu'il toit du devoir de
l'Assemble d'acquitter cette dette de la Nation. Nous vous
proposerons donc d'tablir, de fixer dans chaque Dpartement un
certain nombre de bourses qui seront acquittes et appliques l, et
dont la distribution, dans les diffrentes coles, sera confie aux
diverses Administrations. Ce moyen ne tardera pas  s'tendre, 
s'aggrandir: il se fortifiera sur-tout, nous n'en doutons point, par
de nombreuses souscriptions volontaires; ces mouvemens spontans des
peuples libres qui, associant l'homme  tout ce qui s'lve d'utile
autour de lui, vont le porter vers cette multitude d'tablissemens
nouveaux o tous les voeux d'une bienfaisance claire trouveront  se
satisfaire.

Quant aux rgles de la distribution, elles sont simples. Chaque
Administration municipale, surveillant les coles de son
arrondissement, puisera dans chacune d'elles, par une communication
frquente, des notions prcises sur les titres effectifs de tous ceux
qui aspireront  ce bienfait. Ces notions seront transmises par les
Municipalits aux Districts, par les Districts aux Dpartemens qui,
les runissant toutes et combinant ensemble les dispositions, la
conduite et les moyens de fortune, pourront discerner ceux qui
mriteront la prfrence, ou, dans le cas presque chimrique d'un
doute absolu, ordonneront une dernire preuve entre les concurrens.
Cette mthode que l'exprience perfectionnera, nous a paru prfrable
 un _concours_ qui seroit toujours et exclusivement dcisif,  cette
preuve incertaine o la timidit a fait souvent chouer des talens
vritables, o la mdiocrit hardie a obtenu tant d'avantages. Ce
dernier moyen qui appelle toute l'attention des juges sur un seul
instant, sur un seul ouvrage, peut tre conserv dans la carrire des
arts et pour la solution des grands problmes des sciences; car ici
tout le talent que l'on veut rcompenser peut se montrer dans une
seule composition. Mais, lorsqu'il est moins question de talent que de
dispositions, lorsqu'on  moins  rcompenser ce qui est fait, qu'
encourager ce qui peut se faire, lorsque les dispositions sont encore
vagues et n'ont pu se fixer sur un seul objet, il est parfaitement
raisonnable de ne pas s'arrter  un moment,  une production qui peut
n'tre qu'un heureux hazard, et il faut alors se dterminer sur les
indications de toute une anne, qui rarement seront trompeuses.

Si la Socit doit ce genre d'encouragement aux simples esprances que
donnent des dispositions marques, elle semble devoir davantage  ce
que le talent produit de rel et d'utile,  tous les succs par
lesquels il se distingue. C'est dans le trsor de l'opinion que
rsident sur-tout les moyens prcieux d'acquitter cette dette.--On
sait ce que dans tous les temps les rcompenses, connues sous le nom
de _prix_, ont produit chez les peuples libres: quelle ne sera pas
leur puissance chez une Nation vive, enthousiaste, avide de toutes les
sortes de gloire?

Ils seront offerts  tous les ges: tous doivent les ambitionner. Le
premier ge, parce qu'il est plus sensible  la louange,
qu'heureusement, elle l'tonne, et qu'elle ne corrompt pas encore ses
actions; l'ge de la raison, parce qu'il sent plus profondment les
outrages de l'envie, et qu'il a besoin de trouver hors de lui et dans
un tmoignage irrcusable, un rparateur des injustices individuelles.

Long-temps le mot de _prix_ et toutes les ides qu'il rveille, ont
t relgus dans le dictionnaire de l'enfance, et ont paru y prendre
une sorte de caractre de purilit; ce prjug achevera de se
dissiper  votre voix. C'est elle, c'est la voix de la Nation qui,
invoquant et fixant l'opinion, provoquera les efforts, se servira de
l'amour-propre et de l'imagination de l'homme pour le conduire  la
vritable gloire par les routes du bien public, tantt dsignant le
but aux recherches du talent, tantt le livrant  lui-mme et se
confiant  sa marche, toujours montrant la rcompense insparable du
succs. Depuis l'lve des coles Primaires jusqu'au Philosophe
destin  aggrandir le domaine de la raison, quiconque, dans les
productions recommandes  son talent, aura dpass ses rivaux, aura
atteint le but, aura os quelquefois le franchir, recevra, dans un
tmoignage clatant, la juste rcompense de ses efforts.

Il faut que tout ce qui est mieux, que tout ce qui est plus utile,
soit dsormais  l'abri de l'indiffrence et de l'oubli; mais cette
premire rcompense du talent doit tre simple, pure, modeste comme
lui: _une branche_, _une inscription_, _une mdaille_, tout ce qui
annonce qu'on n'a pas cru le payer, tout ce qui, respectant sa
dlicatesse dans le choix mme du prix, semble laisser  l'estime et 
la confiance individuelle le droit et le devoir d'acquitter chaque
jour davantage la dette de la Nation. Voil ce qu'il convient d'offrir
d'abord au talent.

C'est sur ce principe que doivent tre distribus les prix dans toutes
les parties du Royaume. Chaque lieu choisira le moment le plus
solemnel pour honorer le triomphe du talent. Ce jour sera par-tout un
jour de fte, et tous ceux que le choix du peuple aura revtus d'une
fonction, devront y assister comme tant les organes les plus
immdiats de la reconnoissance publique.

On ne peut parcourir les _moyens_ d'instruction, sans s'arrter
particulirement _aux mthodes_, ces vritables instrumens des
sciences qui sont pour les Instituteurs eux-mmes, ce que ceux-ci sont
pour les lves. C'est  elles en effet  les conduire dans les
vritables routes,  applanir pour eux,  abrger le chemin difficile
de l'instruction. Non-seulement elles sont ncessaires aux esprits
communs; le gnie le plus crateur lui-mme en reoit d'incalculables
secours, et leur a d souvent ses plus hautes conceptions: car elles
l'aident  franchir tous les intervalles; et en le conduisant
rapidement aux limites de ce qui est connu, elles lui laissent toute
sa force pour s'lancer au-del. Enfin pour apprcier d'un mot les
mthodes, il suffira de dire que la science la plus hardie, la plus
vaste dans ses applications, l'_algbre_ n'est elle-mme qu'une
mthode invente par le gnie, pour conomiser le temps et les forces
de l'esprit humain. Il est donc essentiel de prsenter quelques vues
sur ce grand moyen d'instruction. Sans doute que l'infatigable
activit des esprits suprieurs, encourage et fortement seconde par
la libre circulation des ides, se portera d'elle-mme vers cet objet
o tant de dcouvertes sont encore  faire; mais il faut, autant qu'il
est en nous, pargner d'inutiles efforts; il faut nous aider en ce
moment de tout ce que le gnie de la Philosophie a pu nous
transmettre, afin de presser et d'assurer la marche de l'esprit
humain. En un mot, nous avons marqu le but de l'instruction; il nous
reste  marquer,  indiquer du moins les principales routes, et 
fermer sans retour celles qui si long-temps n'ont servi qu' garer
les hommes.

Pour ne point se perdre dans cet immense sujet, nos mditations se
sont portes, bien moins sur les sciences en particulier que sur le
principe et la fin de toutes les sciences; car c'est-l sur-tout qu'il
faut appeler en ce moment les efforts du talent et les ides
cratrices de tous les propagateurs de la vrit.

L'homme est un tre raisonnable, ou plus exactement peut-tre, il est
destin  le devenir; il faut lui apprendre  penser: il est un tre
social; il faut lui apprendre  communiquer sa pense: il est un tre
moral; il faut lui apprendre  faire le bien. Comment l'aider 
remplir cette triple destine? Par quels moyens parviendra-t-on 
tendre et perfectionner la raison,  faciliter la communication des
ides,  applanir les difficults de la morale? De telles recherches
sont dignes de notre poque. Voici quelques apperus, peut-tre
quelques rsultats que nous confions  l'attention publique.

La _raison_, cette partie essentielle de l'homme, qui le distingue de
tout ce qui n'est pas lui, est nanmoins dans une telle dpendance de
son organisation et des impressions qu'il reoit, qu'elle parot
presque tenir le dehors son existence en mme temps que son
dveloppement. Il faut donc surveiller ces impressions premires,
auxquelles sont comme attaches et la nature et la dignit relle de
l'homme.

Et d'abord, qu'il soit prescrit de bannir du nouvel enseignement tout
ce qui jadis n'toit visiblement propre qu' corrompre, qu' enchaner
cette premire facult; et les superstitions de tout genre dont on
l'effrayoit, et qui exeroient sur elle et contre elle un si terrible
empire long-temps encore aprs que la rflexion les avoit dissipes;
et toutes ces nomenclatures striles qui, n'tant jamais l'expression
d'une ide sentie, toient -la-fois une surcharge pour la mmoire,
une entrave pour la raison; et ce mode bizarre d'enseignement o les
connoissances tant classes, tant prises dans un rapport inverse
avec leur utilit relle, servoient bien plus  drouter,  tromper la
raison qu' l'clairer; et ces mthodes gothiques qui, convertissant
obstacles jusqu'aux rgles destines  acclrer sa marche, la
faisoient presque toujours rtrograder. Il est temps de briser toutes
ces chanes: il est temps que l'on rende  la raison son courage, son
activit, sa native nergie, afin que, libre de tant d'obstacles, elle
puisse rapidement et sans dtour avancer dans la carrire qui s'ouvre
et s'aggrandit sans cesse pour elle. C'est par vous qu'elle retrouvera
sa libert; c'est par les mthodes qu'elle en recueillera promptement
les avantages.

Sans doute qu'il existera toujours des diffrences entre la raison
d'un homme et celle d'un autre homme: ainsi l'a voulu la nature; mais
la raison de chacun sera tout ce qu'elle peut tre: ainsi le veut la
Socit.

Cependant comment tracer des mthodes  la raison? Comment ouvrir une
route commune  tant de raisons diverses? Comment faire parvenir 
chacune de ces raisons la part de richesses intellectuelles  laquelle
chacune peut et doit prtendre. De tels objets runis chapperoient
peut-tre  des mthodes gnrales. Je veux en ce moment me borner 
ce qui importe le plus  la perfectibilit de l'homme, c'est--dire,
aux moyens de donner  la raison de chaque individu toute la _force_
et toute la _rectitude_ dont elle est susceptible.

La _force_ de la raison dpend particulirement de la mesure
d'attention qu'on est en tat d'appliquer  l'objet dont on s'occupe;
peut-tre mme n'est-elle que cela; car c'est par elle que la raison
d'un homme se montre toujours suprieure  celle d'un autre homme.
L'attention est une disposition acquise par laquelle l'me parvient 
chapper aux carts de l'imagination,  se soustraire aux importunits
de la mmoire, et enfin  se commander  elle-mme pour recueillir 
son gr toutes ses forces. C'est alors que l'intelligence peut
s'lever jusqu' son plus haut degr d'nergie, que la pense cre
d'autres penses, et que des ides fugitives et comme inapperues se
runissent et deviennent tout--coup productives. Mais l'attention
n'est une marque d'tendue et de supriorit qu'autant que l'esprit
peut, en quelque sorte, la prendre  sa volont, et la transporter
toute entire d'un objet  un autre.

Tel est donc le but auquel il faut tendre dans l'instruction destine
 la jeunesse: il faut, par tout ce qui peut influer sur ses
habitudes, l'accoutumer  matriser sa pense,  retenir ou rappeller
 son gr ce regard si mobile de l'me; lui montrer dans cet effort
sur soi, dans cette refrnation intrieure, le principe de tous les
genres de succs, la source des plus belles jouissances de l'esprit.
Il faut enfin faire sortir de son intrt prsent, de ses affections
mme les plus imptueuses, le dsir persvrant de se commander en
quelque sorte pour en devenir plus libre.

Cet apperu indiqueroit peut-tre la thorie qu'exige cette partie de
l'enseignement; mais le problme reste encore pour nous tout entier 
rsoudre.

_Quelle est l'indication prcise et complette des moyens propres 
apprendre  tous les hommes  se rendre matres de leur attention?_

Un tel problme mrite d'tre recommand  tous ceux qui sont dignes
de concourir  l'avancement de la raison humaine.

La _rectitude_ de la raison tient  d'autres causes; et nanmoins
l'attention qui est le principe de sa _force_, est un grand
acheminement vers cette rectitude: car la disposition de l'me qui
permet d'observer long-temps un objet, doit tre ncessairement un des
premiers moyens pour apprendre  le bien voir. Mais il faut aider ce
moyen; il faut, par des procds bien prouvs, assurer  la raison et
lui conserver cette habitude de voir sans effort ce qui est, et cette
constante direction vers la vrit qui alors devient la passion
dominante et souvent exclusive de l'me. En nous levant jusqu' la
hauteur des mthodes les plus gnrales, il nous a sembl que, pour
atteindre  ce but, il importoit souverainement d'intresser en
quelque sorte la conscience des lves  la recherche de tout ce qui
est vrai: (la vrit est en effet la morale de l'esprit, comme la
justice est la morale du coeur). Il importe non moins vivement
d'intresser leur curiosit, leur ardente mulation, en les faisant
comme assister  la cration des diverses connoissances dont on veut
les enrichir, et en les aidant  partager sur chacune d'elles la
gloire mme des inventeurs: car ce qui est du domaine de la raison
universelle ne doit pas tre uniquement, offert  la mmoire; c'est 
la raison de chaque individu  s'en emparer: il est mille fois prouv
qu'on ne sait rellement, qu'on ne voit clairement que ce qu'on
dcouvre, ce qu'on invente en quelque sorte soi-mme. Hors de l,
l'ide qui nous arrive, peut tre en nous; mais elle n'est pas  nous;
mais elle ne fait pas partie de nous: c'est une plante trangre qui
ne peut jamais prendre racine. Que faut-il donc? Recommander par
dessus tout l'usage de l'analyse qui rduit un objet quelconque  ses
vritables lmens, et de la synthse qui le recompose ensuite avec
eux. Par cette double opration qui recle peut-tre tout le secret de
l'esprit humain,  qui nous devons les plus savantes combinaisons de
la mtaphysique, et par l les principes de toutes les sciences, on
parvient  voir tout ce qui est dans un objet, et  ne voir que ce qui
y est: on ne reoit point, une ide; on l'acquiert: on ne voit jamais
trouble; on voit juste, ou l'on ne voit rien. Que faut-il encore?
L'application frquente et presque habituelle de la mthode rigide des
mathmaticiens, de cette mthode qui, cartant tout ce qui ne sert
qu' distraire l'esprit, marche droit et rapidement  son but,
s'appuie sur ce qui est parfaitement connu pour arriver srement  ce
qui ne l'est pas, ne ddaigne aucun obstacle, ne franchit aucun
intervalle, s'arrte  ce qui ne peut tre entendu, consent  ignorer,
jamais  savoir mal; et prsente le moyen, si non de dcouvrir
toujours la vrit d'un principe, du moins d'arriver avec certitude
jusqu' ses dernires consquences. Cette mthode est applicable 
plus d'objets qu'on ne pense, et c'est un grand service  rendre 
l'esprit humain que de l'tendre sur tous ceux qui en sont
susceptibles. Ainsi, nouveau problme  rsoudre.

_Comment appliquer l'esprit d'analyse et la mthode rigoureuse des
mathmaticiens aux divers objets des connoissances humaines?_

C'est encore ici  la Nation  interroger, et c'est au temps  nous
montrer celui qui sera digne d'apporter la rponse  cette question.

Au don de penser succde rapidement le don de communiquer ce qu'on
pense; ou plutt l'un est tellement enchan  l'autre, qu'on ne peut
les concevoir spars que par abstraction. De cette vrit rendue
particulirement sensible de nos jours, il suit que tout ce qui
augmente les produits de la pense, agit simultanment sur le signe
qui l'accompagne, comme aussi que le signe perfectionn accrot,
enrichit et fconde  son tour la pense; mais cette consquence
incontestable et purement intellectuelle ne doit pas nous suffire; et
ici s'offrent  l'esprit d'intressantes questions  discuter.

Une singularit frappante de l'tat dont nous nous sommes affranchis,
est sans doute que la langue nationale, qui chaque jour tendoit ses
conqutes au-del des limites de la France, soit reste au milieu de
nous comme inaccessible  un si grand nombre de ses habitans, et que
le premier lien de communication ait pu parotre pour plusieurs de nos
contres une barrire insurmontable. Une telle bizarrerie doit, il est
vrai, son existence  diverses causes agissant fortuitement et sans
dessein; mais c'est avec rflexion, c'est avec suite que les effets
en ont t tourns contre les peuples. Les coles primaires vont
mettre fin  cette trange ingalit: la langue de la Constitution et
des lois y sera enseigne  tous; et cette foule de dialectes
corrompus, derniers restes de la fodalit sera contrainte de
disparotre: la force des choses le commande. Pour parvenir  ce but,
 peine est il besoin d'indiquer des mthodes: la meilleure de toutes
pour enseigner une langue dans le premier ge de la raison, doit en
effet se rapprocher de celle qu'un instinct universel a suggre pour
montrer  l'enfance de tous les pays le premier langage qu'elle
emploie; elle doit n'tre qu'une espce de routine, raisonne, il est
vrai, et claire par degrs, mais nullement prcde des rgles de la
grammaire: car ces rgles, qui sont des rsultats dmontrs pour celui
qui sait dj les langues et qui les a mdites, ne peuvent en aucune
manire tre des moyens de les savoir pour celui qui les ignore: elles
sont des consquences; on ne peut, sans faire violence  la raison,
les lui prsenter comme des principes.

Mais si l'on peut laisser au cours naturel des ides le soin de rendre
universelle parmi nous une langue dont chaque instant rappellera le
besoin, on ne doit pas confier au hazard le moyen de la perfectionner.
La langue franoise, comme toutes les autres, a subi d'innombrables
variations auxquelles le caprice et des rencontres irrflchies ont eu
bien plus de part que la raison: elle a acquis, elle a perdu, elle a
retrouv une foule de mots. D'abord strile et incomplette, elle s'est
charge successivement d'abstractions, de composs, de drivs, de
dbris potiques. Pour bien apprcier les richesses qu'elle possde et
celles qui lui manquent, il faut avant tout se faire une ide juste de
son tat actuel; il faut montrer  celui dont on veut clairer la
raison par le langage, quel a t le sens primitif de chaque mot,
comment il s'est altr, par quelle succession d'ides on est parvenu
 dtacher d'un sujet ses qualits pour en former un mot abstrait qui
ne doit son existence qu' une hardiesse de l'esprit; il faut
rappeller le figur  son sens propre, le compos au simple, le driv
 son primitif; par-l tout est clair; il rgne un accord parfait
entre l'ide et son signe, et chaque mot devient une image pure et
fidle de la pense.

Ici commence le perfectionnement de la langue. Et d'abord la
rvolution a valu  notre idiome une multitude de crations qui
subsisteront  jamais, puisqu'elles expriment ou rveillent des ides
d'un intrt qui ne peut prir; et la langue politique existera enfin
parmi nous; mais, plus les ides sont grandes et fortes, plus il
importe que l'on attache un sens prcis et uniforme aux signes
destins  les transmettre; car de funestes erreurs peuvent natre
d'une simple quivoque. Il est donc digne des bons citoyens, autant
que des bons esprits, de ceux qui s'intressent  la fois au rgne de
la paix et au progrs de la raison, de concourir par leurs efforts 
carter des mots de la langue franoise, ces significations vagues et
indtermines, si commodes pour l'ignorance et la mauvaise foi, et qui
semblent receler des armes toutes prtes pour la malveillance et
l'injustice. Ce problme trs-philosophique et qu'il faut gnraliser
le plus possible, demande du temps, une forte analyse et l'appui de
l'opinion publique pour tre complettement rsolu. Il n'est pas
indigne de l'Assemble Nationale d'en encourager la solution.

Un tel problme, auquel la cration et le danger accidentel de
quelques mots nous ont naturellement conduits, s'est li dans notre
esprit  une autre vue. Si la langue franoise a conquis de nouveaux
signes, et s'il importe que le sens en soit bien dtermin, il faut
en mme-temps qu'elle se dlivre de cette surcharge de mots qui
l'appauvrissoient et souvent la dgradoient. La vraie richesse d'une
langue consiste  pouvoir exprimer tout avec force, avec clart, mais
avec peu de signes. Il faut donc que les anciennes formes
obsquieuses, ces prcautions timides de la foiblesse, ces souplesses
d'un langage dtourn qui sembloit craindre que la vrit ne se
montrt toute entire, tout ce luxe imposteur et servile qui accusoit
noire misre, se perde dans un langage simple, fier et rapide; car l
o la pense est libre, la langue doit devenir prompte et franche, et
la pudeur seule a le droit d'y conserver ses voiles.

Qu'on ne nous accuse pas toutefois de vouloir ici calomnier une langue
qui, dans son tat actuel, s'est immortalise par des chefs-d'oeuvres.
Sans doute que par-tout les hommes de gnie ont subjugu les idiomes
les plus rebelles, ou plutt par-tout ils ont su se crer un idiome 
part; mais il a fallu tout le courage, toute l'audace de leur talent,
et la langue usuelle n'en a pas moins conserv parmi nous l'empreinte
de notre foiblesse et de nos prjugs. Il est juste, il est
constitutionnel que ce ne soit plus dsormais le privilge de quelques
hommes extraordinaires de la parler dignement; que la raison la plus
commune ait aussi le droit et la facilit de s'noncer avec noblesse;
que la langue franoise s'pure  tel point, qu'on ne puisse plus
dsormais prtendre  l'loquence sans ides, comme il ne sera plus
permis d'aspirer  une place sans talens; qu'en un mot, elle reoive
pour tous un nouveau caractre et se retrempe en quelque sorte dans la
libert et dans l'galit. C'est vers ce but non moins philosophique
que national que doit se porter une partie des travaux des nouveaux
Instituteurs.

Un Ministre immortel dans les annales du despotisme ne jugea pas
indiffrent  sa gloire, et sur-tout  ses vues, de rserver une
partie de ses soins au progrs et  ce qu'il nommoit le
perfectionnement de la langue franoise: en cela il voyoit
profondment et juste. L'Assemble Nationale, qui certes connot et
connot bien autrement la puissance de la parole, qui sait combien les
signes ont d'empire, ou plutt d'action sur les ides et par elles sur
les habitudes qu'elle veut faire natre ou affermir, et qui dsire que
la raison publique trouve sans cesse dans la langue nationale un
instrument vigoureux qui la seconde et ne la contrarie jamais, sentira
sans doute aussi, mais dans des vues bien diffrentes, combien un tel
objet importe  l'intrt et  la gloire de la Nation. Ainsi:

_Notre langue a perdu un grand nombre de mots nergiques qu'un got,
plutt foible que dlicat, a proscrits; il faut les lui rendre: les
langues anciennes et quelques-unes d'entre les modernes sont riches
d'expressions fortes, de tournures hardies qui conviennent
parfaitement  nos nouvelles moeurs; il faut s'en emparer; la langue
franoise est embarrasse de mots louches et synonymiques, de
constructions timides et tranantes, de locutions oiseuses et
serviles; il faut l'en affranchir._ Voil le problme complet 
rsoudre.

Si la langue nationale est le premier des moyens de communication
qu'il importe de cultiver, l'enseignement simultan des autres
langues, de celles sur-tout qui nous ont transmis des modles
immortels, est un moyen auxiliaire et puissant qu'il seroit coupable
de ngliger: car, sans parler des beauts qu'elles nous apportent et
qui expirent dans les traductions, on ne doit pas perdre de vue que,
par leur seul rapprochement, les langues s'clairent et
s'enrichissent; que, surveilles en quelque sorte l'une par l'autre,
elles s'avertissent de leurs dfauts, se prtent mutuellement des
images; qu'elles fortifient, par leur contraste, par leur opposition
mme, les facults intellectuelles de celui qui les runit. L'ide
qui nous appartient sous divers signes, est en effet bien plus
profondment en nous, bien plus intimement  nous: c'est une proprit
dont  peine nous souponnions d'abord l'existence, et qui reoit une
nouvelle garantie et comme un nouveau titre de chacun des tmoins
nouveaux qui la constatent.

Cette action mutuelle des langues qui, s'purant ainsi l'une par
l'autre, concourent par leur influence rciproque  imprimer  la
pense un nouveau degr de force et clart, a d insensiblement lever
l'crit jusqu' l'ide d'une langue commune et universelle, qui, ne
en partie du dbris des autres, trouveroit, soit en elles, soit hors
d'elles, les lmens les plus analogues avec toutes nos sensations, et
par-l deviendroit ncessairement la langue humaine. Il parot que
cette ide, ou plutt une ide semblable, a occup quelque temps un
des plus grands Philosophes du dernier sicle: il sembloit 
_Leibnitz_, que pour hter les progrs de la raison, on devoit
chercher, non  vaincre successivement, mais  briser -la-fois tous
les obstacles qui empchent ou retardent la libre communication des
esprits; que, dans l'impossibilit d'apprendre cette multitude
d'idiomes disparates qui les sparent, il falloit en former ou en
adopter un qui ft en quelque sorte le point central, le rendez-vous
commun de toutes les ides, en un mot, qui devnt pour la pense ce
que l'algbre est pour les calculs. Une telle vue a d tonner par sa
hardiesse, et l'on n'a pas tard  la ranger dans la classe des
chimres: il faudroit en effet que les nouveaux signes universellement
adopts, fussent une image tellement sensible de nos ides, qu'attir
ou ramen vers eux comme par enchantement, le genre humain s'tonnt
d'en avoir, jusqu' ce jour, adopt d'autres, qu'ils fussent en un mot
presque aussi clairement reprsentatifs de la pense, que l'or et
l'argent le sont de la richesse. Or de tels signes sont-ils dans la
nature? Peuvent-ils exister pour toutes les ides?

Gardons-nous pourtant de fixer trop prcipitamment le terme o doivent
s'arrter sur de semblables questions les recherches de l'esprit
humain: car, si dans toute l'tendue que prsente ce problme, on est
en droit de le regarder comme insoluble, il est cependant permis de
penser que les efforts, mme impuissans pour les rsoudre, ne seraient
pas tout--fait perdus, et que chaque pas que l'on feroit dans cette
recherche, dt le terme se reculer sans cesse, chaque dcouverte, dans
cette rgion presque idale, apporteroit quelques richesses  la
langue, quelques moyens nouveaux  la raison.

Dj des hommes, inspirs par le gnie de l'humanit, ont presque
atteint la solution de ce hardi problme. On les a vus, pour consoler
les tres affligs que la nature a dshrits d'un sens, inventer de
nos jours et perfectionner rapidement cette langue des signes qui est
l'image vivante de la pense, dont tous les lmens sensibles  l'oeil
ne laissent appercevoir rien d'arbitraire, par qui les ides mme les
plus abstraites deviennent presque visibles, et qui, dans sa
dcomposition, simple  la fois et savante, prsente la vritable
grammaire, non des mots, mais des ides. Une telle langue rempliroit
toutes les conditions du problme, si par elle, comme par la parole
crite, on parvenoit  transmettre la pense  des distances
indfinies; mais jusqu' prsent, on n'a pu que la parler et non
l'crire; et ceux qui la possdent le mieux, sont rduits, pour se
faire entendre de loin,  la traduire en une des langues usuelles.
Jusqu' ce qu'on ait trouv le moyen de la transcrire, au lieu de la
traduire, elle restera donc  la vrit une des plus belles, une des
plus utiles inventions des hommes: elle sera peut-tre la premire des
mthodes pour rendre l'esprit parfaitement analytique, pour le
prmunir contre une multitude d'erreurs qu'il doit  l'imperfection
de nos signes, pour corriger enfin les vices innombrables de nos
grammaires. Sous ces points de vue, elle ne pourra tre ni trop
mdite, ni trop fortement encourage; mais elle ne sera point, encore
une langue universelle.

Ces rflexions sur les langues, les divers points de vue sous lesquels
nous avons considr ce sujet fcond, et enfin les problmes proposs
ou indiqus, nous paroissent devoir remplir l'objet de cet article,
celui de prparer et d'assurer un jour  la raison tous les moyens de
communication qu'elle peut dsirer.

Ce n'est pas assez d'apprendre  penser  l'tre raisonnable,
d'apprendre  communiquer sa pense  l'tre social, il faut
particulirement apprendre  faire le bien  l'tre moral.

Faire le bien, le faire chaque jour mieux par un plus grand nombre de
motifs et avec moins d'efforts, c'est l que tout doit tendre dans une
association quelconque. Hors de l, rien n'est  sa place, rien ne
marche  son but. Ainsi les mthodes pour apprendre  communiquer ce
qu'on pense, ne doivent elles-mmes tre rputes que des moyens
indirects pour atteindre jusqu' la morale, qui est le dernier
rsultat de toute socit: car les dsordres ne sont, bien souvent,
que des erreurs de la pense, et souvent aussi les habitudes
vertueuses que le rsultat naturel de la communication des esprits.

Mais ces moyens loigns rclament l'appui des mthodes particulires
et directes.

Avant de les prsenter, dfendons-nous de sparer ici, comme tant de
fois on a os le faire, la morale publique de la morale prive. Cette
charlatanerie de la corruption est une insulte aux moeurs: quoiqu'il
soit vrai que les rapports changent avec les personnes et les
vnemens, il est incontestable que le principe moral reste toujours
le mme, sans quoi il n'existeroit point. On peut bien, on doit mme
appliquer diversement les rgles de la justice; mais il n'y a point
deux manires d'tre juste; mais il est absurde de penser qu'il puisse
y avoir deux justices.

Pour arriver  l'exacte dfinition de _la morale_, il faut la chercher
dans le rapprochement des ides que le commun des hommes, livrs ou
rendus  eux-mmes, ont constamment attaches  ce mot. Celle qui
parot les comprendre toutes, et qu'indique un instinct gnral autant
que la raison, prsente  l'esprit l'art de faire le plus de bien
possible  ceux avec qui l'on est en relation, sans blesser les droits
de personne. Si les relations sont peu tendues, la morale rveille
l'ide des vertus domestiques et prives: elle prend le nom de
patriotisme, lorsque ces relations s'tendent sur la Socit entire
dont on fait partie; enfin, elle s'lve jusqu' l'humanit,  la
philantropie, lorsqu'elles embrassent le genre humain. Dans tous les
cas, elle comprend la justice qui sent, respecte, chrit les droits de
tous; la bont qui s'unit par un sentiment vrai au bien ou au mal
d'autrui; le courage qui donne la force d'excuter constamment ce
qu'inspirent la bont et la justice; enfin ce degr d'instruction qui,
clairant les premiers mouvemens de l'me, nous montre  chaque
instant en quoi consistent et ce qu'exigent rellement et la justice,
et la bont, et le courage. Tels sont les lmens de la morale. De-l
rsultent deux vrits: la premire, qu'elle est insparable d'un bien
produit ou  produire, que par consquent l'effort le plus hardi qui
n'aboutit point l, lui est absolument tranger. Ce n'est point de
l'tonnement, c'est de la reconnoissance qu'elle doit inspirer. La
seconde, qu'elle ne peut se trouver que dans les relations qui nous
unissent  nos semblables: car elle suppose des droits, des devoirs,
des affections rciproques, et particulirement ce sentiment expensif
qui, nous faisant vivre en autrui, devient par la rflexion le garant
de la justice, comme il est naturellement le principe de la bont. Il
faut donc ici identit de nature. Sans doute que les rapports de
l'homme avec Dieu, avec soi, et mme avec les tres infrieurs  lui,
ne sont pas trangers  la morale: mais si la raison y dcouvre des
motifs souvent trs-puissans pour la pratiquer, si, sous ce point de
vue, ils doivent tre cultivs, ils doivent tre respects, il est
sensible,  la simple rflexion qu'ils ne peuvent faire eux-mmes
partie de cette morale science dont il est question. On doit seulement
les considrer comme moyens, tandis que les rapports sociaux sont ici
 la fois et le principe et le but.

La morale ainsi analyse, ainsi circonscrite, quelles mthodes doit
mettre en usage une grande Socit pour en pntrer fortement les
membres qui la composent? Trois principales s'offrent  l'esprit et
embrassent les moyens d'instruction pour la vie entire: la premire
est de faire faire  l'enfance un apprentissage vritable de ce
premier des arts et comme un premier essai des vertus que la Socit
lui demandera un jour, en organisant cette petite Socit naissante
d'aprs les principes de la grande organisation sociale; la seconde,
de multiplier sans cesse autour de tous les individus et en raison de
leurs affections, les motifs les plus dterminans pour faire le bien;
la troisime est de frapper d'impressions vertueuses et profondes les
sens, les facults de l'me, de telle sorte que la morale, qui
pourroit d'abord ne parotre qu'un produit abstrait de la raison, ou
un rsultat vague de la sensibilit, devienne un sentiment, un
bonheur, et par consquent une forte habitude.

La gloire d'un individu est de faire des actions utiles lorsqu'elles
demandent du courage. Le devoir de la Socit est de les convertir
tellement en habitude, que rarement l'emploi du courage soit
ncessaire: ce principe est incontestable. C'est donc dans l'enfance
qu'il faut jetter les premires semences de la morale, puis qu'il est
si bien reconnu que les impressions qui datent de ce premier ge de la
vie, sont les seules que le temps n'efface jamais.

L s'appliqueront sans effort et dans la juste mesure que demandent la
foiblesse et l'inexprience, les moyens ordinaires d'instruction; mais
un moyen particulier et d'un effet sr parot devoir tre ajout
par-tout o les lves sont constamment runis sous les yeux de leurs
instituteurs.

Ce moyen, dont on retrouve quelque traces dans les anciennes
institutions des Perses, ainsi que dans quelques cantons Suisses,
consiste  organiser ces jeunes socits, quelque temps avant la fin
de l'ducation, de telle sorte que l'exercice anticip de toutes les
vertus sociales y soit un besoin universellement senti: car, qui doute
qu'en toute chose et sur-tout en morale, la premire de toutes les
leons ne soit la pratique, et que la pratique ne soit complettement
assure, quand chaque instant en rappelle la ncessit.

Toute runion qui a un but, est une vritable association; et une
association quelconque, dtermine par un intrt commun, entrane la
ncessit d'un gouvernement. Cette vrit ne peut tre mise en doute.

Or, dans le gouvernement le plus fractionnaire, le plus subordonn 
la loi et  l'action gnrale, on retrouve les lmens des divers
pouvoirs qui constituent la grande Socit, c'est--dire, des volonts
individuelles qui cherchent  se runir, et des moyens d'excution qui
demandent  tre dirigs; et l'on est port  combiner ces lmens sur
le modle qu'on a sous les yeux.

C'est ainsi que, dans l'ancien tat des choses, le rgime intrieur
de chaque cole sembloit s'tre form sur le rgime tyrannique sous
lequel la France toit opprime.

Une foule de rglemens incohrens, luds par la faveur, changs par
le caprice; des volonts arbitraires prenant sans cesse la place de la
loi; des punitions qui ne tendoient qu' fltrir l'me; des
distinctions humiliantes qui insultoient au principe sacr de
l'galit; une soumission toujours aveugle; enfin nul rapport de
confiance entre les gouvernans et les gouverns: telles toient les
maisons d'instruction: telle toit la France entire.

Aujourd'hui que le gouvernement reprsentatif a pris naissance parmi
nous, c'est--dire, le gouvernement le plus parfait qu'il soit donn 
l'homme de concevoir, pourroit-on ne pas chercher  en reproduire
l'image dans l'enceinte des socits instructives lorsque rien ne s'y
oppose, que la raison le demande, et sur-tout que la morale doit y
trouver infailliblement le moyen de s'tendre et de s'affermir dans
les mes? Dveloppons cette ide.

_Toute association_, a dit un philosophe, _dont les membres ne peuvent
pas vaquer tous  toute l'administration commune, est oblige de
choisir entre des reprsentans et des matres, entre le despotisme et
un gouvernement lgitime_. Cette ide simple et fconde trouve ici une
application directe.

Mais une observation se prsente tout--coup pour suspendre la
rapidit de la consquence qu'on pourroit en dduire.

Le principe n'est complettement vrai que lorsque l'association est
forme d'hommes parfaitement gaux, et qui arrivent l avec la
plnitude de leurs droits.

Or, une maison d'instruction tant compose d'Instituteurs et
d'lves, d'hommes dont la volont et la raison sont formes, et de
jeunes gens en qui l'une et l'autre sont incomplettes, enfin
d'individus revtus d'une autorit, et d'individus qui doivent s'y
soumettre, il est clair qu'on ne peut presser ici le principe de
l'galit.

Et pourtant si la raison, si la nature des choses demandent que celui
qui instruit soit constamment au-dessus de celui qui est instruit; si,
sous ce rapport, son autorit doit mme tre pleine et indpendante,
et si l'amour-propre le plus rebelle ne peut en tre plus irrit que
ne l'est celui d'un enfant lorsqu'il est port par un homme fort, il
est galement vrai que, hors de l et en ce qui concerne sur-tout le
rgime des coles, cette autorit ne doit pas tre galement
illimite, ou plutt qu'il faut la placer en d'autres mains pour
qu'ici, comme dans le corps social, la sparation des pouvoirs
garantisse de tout despotisme.

Qu'on ne perde pas de vue que, dans les individus les plus enchans
par les institutions sociales, il est une portion de volont
disponible qui peut tre utilement et doit par consquent tre
toujours mise en commun, ds l'instant qu'il se forme entre eux une
association quelconque.

La volont des jeunes gens, toute imparfaite qu'elle est, se porte
facilement vers ce qui est vrai et juste, parce qu'elle est libre de
prjugs.

Or peut-on ne pas sentir qu'il importe aux lves et aux Instituteurs
que ces jeunes volonts, transmises en quelque sorte par des lections
souvent renouvelles jusqu' un petit nombre d'entre eux qui
deviendront les reprsentans de tous, se runissent dans l'exercice
des diverses fonctions administratives et judiciaires que rclame le
maintien de toute socit.

C'est alors que les Instituteurs borns  l'objet qui leur appartient
exclusivement, l'instruction, n'exerant sur tout le reste qu'une
surveillance directive trs-gnrale, conserveront aisment cette
confiance si ncessaire  leurs travaux, et qu'aucune vengeance
particulire, aucun reproche personnel n'essayera plus d'affoiblir.

Les lves, de leur ct,  la fois libres et soumis, supportant sans
peine un joug dont ils sentiront la ncessit, mais ne supportant que
celui l;  l'abri dsormais de ces nombreuses injustices qui les
rvoltent, et dont le ressentiment se conserve toute la vie; appells
par des choix toujours purs  participer  l'administration commune, 
devenir des Juges, des Jurs, des Arbitres, des Censeurs; toujours
comptables envers leurs gaux; chargs tour  tour de prvenir les
dlits, de les juger, de les faire punir; de distribuer le blme et la
louange, d'appaiser les dissentions; jaloux, dans l'exercice de ces
intressantes fonctions, de mriter l'estime de tous sans chercher 
plaire  personne, apprendront de bonne heure  traiter avec les
hommes et leurs passions,  concilier l'exercice de la justice avec
une indulgence raisonne, s'exerceront  toutes les vertus domestiques
et publiques, au respect pour la loi, pour les moeurs, pour l'ordre
gnral, sentiront s'lever leur me au sein de l'galit, de la
libert, et sauront enfin ce qu'on ne peut savoir trop tt et ce
qu'ils eussent ignor long-temps, que l'homme,  quelque ge que ce
soit, doit plier sous la loi, sous la ncessit, sous la raison,
jamais sous une volont particulire.

N'est-ce pas l le vritable apprentissage de la vie sociale, et par
consquent le cours de morale le plus complet, le plus efficacement
instructif? Un rglement facile ralisera les bases de cette
Constitution particulire, si parfaitement analogue  la Constitution
gnrale de l'Empire.

Il est un second devoir de la Socit pour assurer l'empire de la
morale: c'est de rassembler et de fortifier les motifs qui peuvent
porter l'homme  faire le bien dans les divers ges de la vie.

La Socit doit exciter l'homme par _l'intrt_, en lui montrant dans
le bien qu'il fait aux autres, le garant de celui qu'il recevra de
tous, en lui montrant mme que, dans cet change rciproque, il
recevra bien plus qu'il ne donne.

Elle doit l'exciter par _l'honneur_, en rattachant  la morale ce
mobile des mes ardentes que le prjug en avoit dtach.

Elle doit l'exciter par la _conscience_, en le rappellant souvent, par
l'organe de ses agens et des instituteurs publics,  ce sens interne
qui, exerc, clair de bonne heure, et consult frquemment, devient
un inspirateur prompt et sr, un moniteur incorruptible, et rend
insparables la vertu et le bonheur, le crime et les remords.

Elle doit sur-tout l'exciter par la _raison_; car il faut avant tout
et aprs tout s'adresser  cette premire facult de l'homme, puisque
tous les autres mobiles doivent tt ou tard subir son jugement et sa
rvision: il faut montrer  ceux qui se dterminent par rflexion plus
que par sentiment, par conviction plus que par intrt, que les
vrits, dans l'ordre moral, sont fondes sur des bases
indestructibles, qu'on ne peut les mconnotre sans renoncer  toute
raison; qu'en un mot, la morale la plus sublime n'est presque jamais
que du bon sens.

Elle doit enfin exciter l'homme par _l'exemple_: et ce moyen puissant,
c'est  _l'histoire_ qu'elle doit le demander: car l'orgueil de
l'homme se dfendra toujours de le devoir  ses contemporains. Quelle
histoire sera digne de remplir cette vue morale? Aucune sans doute de
celles qui existent: ce qui nous reste de celle des anciens nous offre
des fragmens prcieux pour la libert; mais ce ne sont que des
fragmens: ils sont trop dsunis, trop loin de nous; aucun intrt
national ne les anime, et notre long asservissement nous a trop
accoutums  les ranger parmi les fables. La ntre, telle qu'elle a
t trace, n'est presque par-tout qu'un servile hommage dcern  des
abus: c'est l'ouvrage de la foiblesse crivant sous les yeux, souvent
sous la dicte de la tyrannie; mais cette mme histoire, telle
qu'elle devroit tre, telle qu'on la conoit en ce moment, peut
devenir un fonds inpuisable des plus hautes instructions morales.

Que dsormais s'levant  la dignit qui lui convient, elle devienne
l'histoire des peuples et non plus celle d'un petit nombre de chefs;
qu'inspire par l'amour des hommes, par un sentiment profond pour
leurs droits, par un saint respect pour leur malheur, elle dnonce
tous les crimes qu'elle raconte; que, loin de se dgrader par la
flatterie, loin de se rendre complice par une vaine crainte, elle
insulte jusqu' la gloire toutes les fois que la gloire n'est point la
vertu; que par elle une reconnoissance imprissable soit assure 
ceux qui ont servi l'humanit avec courage, et une honte ternelle 
quiconque n'a us de sa puissance que pour nuire; que, dans la
multitude de faits qu'elle parcourt, elle se garde de chercher les
droits de l'homme qui certes ne sont point l; mais qu'elle y cherche,
mais qu'elle y dcouvre les moyens de les dfendre que toujours on
peut y trouver; que, pour cela, sacrifiant ce que le temps doit
dvorer, ce qui ne laisse point de trace aprs soi, tout ce qui est
nul aux yeux de la raison, elle se borne  marquer tous les pas, tous
les efforts vers le bien, vers le perfectionnement social, qui ont
signal un si petit nombre d'poques, et  faire ressortir les
nombreuses conspirations de tous les genres, diriges contre
l'humanit avec tant de suite, conues avec tant de profondeur, et
excutes avec un succs si rvoltant; qu'en un mot, le rcit de ce
qui fut, se mle sans cesse au sentiment nergique de ce qui devoit
tre: par l, l'histoire s'abrge et s'aggrandit; elle n'est plus une
compilation strile; elle devient un systme moral; le pass
s'enchane  l'avenir, et en apprenant  vivre dans ceux qui ont vcu,
on met  profit pour le bonheur des hommes, jusqu' la longue
exprience des erreurs et des crimes.

C'est par tous ces moyens, c'est par tous ces motifs intrieurs que la
morale s'imprimera dans l'homme. Il reste  lui en faire parvenir les
impressions par les moyens extrieurs qui sont au pouvoir de la
Socit; et ici se prsentent  l'esprit les _spectacles_, les
_ftes_, les _arts_, etc. etc.

Un moyen fcond d'instruction sera ternellement attach  la
_reprsentation_ des grands vnemens,  la peinture nergique des
grandes passions. S'il est vrai que l'influence de l'art qui les
reproduit sur la scne, s'est fait sentir sous le despotisme, s'il a
dpos dans l'me des Franois des germes qui, avec le temps, se sont
dvelopps contre le despotisme lui-mme, quels effets ne peut-il pas
produire pour la libert? Cet art qui, chez les Grecs, appelloit la
haine sur les tyrans, qui offroit l'image de la gloire, du bonheur
d'un peuple libre, et celle de l'avilissement et de l'infortune des
peuples esclaves, ne prpare-t-il pas aux Franois des tableaux dignes
de rallumer et de perfectionner sans cesse leur patriotisme? Sans
doute c'est l le but vers lequel il va diriger toute sa puissance.

Une vue galement morale se manifestera dans les productions d'un
autre genre, ouvrage de ce mme art qui change de nom en changeant ses
pinceaux, et qui alors, moins imposant sans tre moins utile, trace la
peinture de nos moeurs habituelles dans les conditions prives.
Combien de prjugs ns de la servitude, s'obstinant  exister quand
rien de ce qui les soutenait, ne subsiste; combien dont la crdulit,
moins odieuse qu'amusante, ne peut se rsoudre  douter encore de leur
extrme importance; combien enfin qui, terrasss par la loi, mille
fois vaincus par la raison, ont besoin d'tre finis par le ridicule,
et de se trouver en quelque sorte tmoins de leur propre dfaite?
C'est sous ce rapport que la scne franoise deviendra une des
puissances auxiliaires de la rvolution; que des talens vous 
l'instruction, mais jusqu' ce jour plus employs  polir la surface
des moeurs, qu' en corriger le fonds, serviront et la morale et la
patrie; que la rgnration politique, amenant avec elle le
renouvellement des penses de l'homme, tendra la carrire de celui
des arts qui, par l'illusion, exerce le plus puissant des empires.
Alors la scne franoise se rajeunira, se purifiera; elle se montrera
digne des respects de l'homme le plus svre, digne de la prsence de
tous les tats, de tous les Citoyens qui, ayant fui les indiscrtions
de la licence, viendront avec confiance chercher les leons de la
raison.

Ainsi la morale arrive  l'homme en s'emparant de son intelligence, de
ses sens, de ses facults, de toutes les puissances de son tre.

C'est elle qui va bientt ordonner, qui va animer ces ftes, que le
peuple espre, qu'il dsire, et que d'avance il appelle _ftes
nationales_.

Ici l'esprit se porte avec charme vers ces ftes antiques, o, au
milieu des jeux, des luttes, de toutes les motions d'une allgresse
universelle, l'amour de la Patrie, cette morale presque unique des
anciens peuples libres, s'exaltoit jusqu' l'enthousiasme, et se
prparait  des prodiges.

Vous ne voudrez pas priver la morale d'un tel ressort, vous voudrez
aussi conduire les hommes au bien par la route du plaisir.

Vous ordonnerez donc des ftes.

Mais vos ftes auront un caractre plus moral: car elles porteront
l'empreinte de cette bienveillance universelle qui embrasse le genre
humain, tandis que le sentiment qui animoit celles des anciens,
confondoit sans cesse l'amour de la cit et la haine pour le reste des
hommes.

Vos ftes ne seront point toutes religieuses, non que la religion les
proscrive ou les repousse: elle-mme s'est pare de leur pompe; mais,
lorsqu'elle n'en est point l'objet principal, lorsque les impressions
qu'elle porte  l'me, ne doivent point y dominer, il ne convient pas
qu'elle y paroisse: il est plus religieux de l'en carter. Parmi les
nouvelles ftes, son culte rclamera toujours celles de la douleur,
pour y porter ses consolations. Le culte de la libert vous demande
toutes les ftes de l'allgresse.

Elles ne seront point priodiques; j'en excepte pourtant
l'anniversaire du jour o, les armes  la main, la Nation entire a
jur la sainte alliance de la libert et de l'obissance  la loi, et
celui du jour mmorable o l'galit sembla natre tout--coup de la
chute de tous les privilges. Ces ftes auront un tel caractre de
grandeur, elles rveilleront tant de sentimens  la fois, qu'il n'est
pas  craindre que l'intrt qu'elles doivent inspirer, s'affoiblisse
par des retours marqus; mais les autres ftes doivent, dans chaque
lieu, varier avec les vnemens: elles doivent donc conserver ce
caractre d'irrgularit qui convient si bien aux mouvemens de l'me;
il ne faut pas qu'on les prvoie de trop loin, qu'on les pressente
avec trop de certitude; il ne faut pas qu'elles soient trop
commandes; car la joie comme la douleur ne sont plus aux ordres de
personne.

Elles ne seront pas uniformes: car bientt la monotonie en auroit
dtruit le charme. Elles seront tour  tour nationales, locales,
prives. Vous voudrez que chaque Dpartement rende solemnelle l'poque
o, arrtant la liste de ses nouveaux citoyens, il montre avec orgueil
 la Patrie ses jeunes dfenseurs, ses nouvelles richesses, et vous
verrez avec intrt chaque famille s'empresser de clbrer encore, par
des ftes intrieures, et ces mmes poques publiques, et toutes les
poques particulires de ses vnemens domestiques.

Enfin toutes ces ftes auront pour objet direct les vnemens anciens
ou nouveaux, publics ou privs, les plus chers  un peuple libre; pour
accessoires, tous les symboles qui parlent de la libert, et
rappellent avec plus de force  cette galit prcieuse, dont l'oubli
a produit tous les maux des Socits; et pour moyens, ce que les beaux
arts, la musique, les spectacles, les combats, les prix rservs pour
ces jours brillans, offriront dans chaque lieu de plus propre  rendre
heureux et meilleurs les vieillards, par des souvenirs; les jeunes
gens, par des triomphes; les enfans, par des esprances[1].

    [1] La longueur ainsi que la svrit de notre travail
    nous interdisent sur ce sujet des dtails auxquels il et t
    agrable de se livrer. Ceux qui dsireront des dveloppemens
    pleins d'intrt, pourront lire MM. Barthelemi, Paw et
    Cabanis.

Qu'on ne s'tonne pas d'entendre invoquer ici _les arts_ comme appuis
de la morale. Conserver des souvenirs prcieux, terniser des actions
dignes de mmoire, immortaliser les grands exemples, c'est-l sans
doute enseigner la vertu. Qui ignore que l'imagination, qui s'enflamme
 la vue d'un chef-d'oeuvre, confond, dans le mme enthousiasme,
l'imitation parfaite qui l'enchante et le trait sublime qui la ravit;
et que c'est particulirement dans la premire jeunesse que cette
alliance des sensations et des ides, cette influence des impressions
physiques sur les affections de l'me, produit les effets les plus
vifs et les plus durables.

Les arts n'ont que trop souvent t prostitus aux intrts de la
tyrannie: elle les employoit  dtremper le caractre des peuples, 
leur inspirer les molles affections qui les prparent  recevoir ou 
souffrir la servitude; mais les arts eux-mmes toient esclaves
lorsqu'on corrompoint ainsi la noblesse de leur destination: les arts
aussi doivent rompre leurs fers chez un peuple qui devient libre. Il
est vrai que, mme sous l'empire des matres les plus absolus, on les
a vu crer des chefs-d'oeuvres: mais c'est qu'alors, trompant la
tyrannie, ils savoient se rfugier dans une terre trangre; ils se
transportoient, ils s'lanoient  Athnes,  Rome, jusques dans
l'Olympe; et c'est-l qu'ils trouvoient cette libert et ce courage de
conception dont ils ont conserv l'empreinte.

Les arts sont la langue commune des peuples et des sicles. Il en est
un sur-tout particulirement consacr  l'immortalit: il confie au
marbre et  l'airain, avec les traits des grands hommes, la
reconnoissance de la Patrie qui s'honore en s'acquittant envers eux,
et ajoute  son lustre, en perptuant leur renomme. Quelle autre
rcompense peut entrer en parallle avec un tel triomphe qui se
perptue  travers les sicles? Qu'il est beau pour les arts qui ne
vivent que de gloire, d'associer ainsi leurs ouvrages  des noms
imprissables! Et aussi, quelle leon de morale que la statue d'un
grand homme leve au milieu de ses concitoyens! Son exemple
s'ternise par le monument qui lui est consacr; et s'il se trouvoit
une strile poque o des modles vivans ne pussent s'offrir 
l'ambition de la jeunesse, l'histoire ainsi anime, ainsi vivante,
suffiroit dans tous les temps  son enthousiasme.

La Nation, loin de redouter l'influence des arts, voudra donc se
couvrir de leur gloire: elle les encouragera; elle les honorera; elle
leur confiera ses intrts; enfin elle les placera dans l'ducation
comme un moyen de plus pour faire chrir la morale. Sparte n'avoit pas
banni de ses institutions l'exercice de la lyre; elle en avoit
seulement retranch quelques cordes dont le son trop attendrissant
toit capable d'nerver l'me et d'effminer les moeurs.

C'est par l'action combine de tous ces moyens que, sous l'empire
d'une Constitution favorable  tous les dveloppemens, l'homme social
verra s'accrotre ses richesses intellectuelles et morales; mais, poux
raliser ces esprances qui s'ouvrent devant nous, pour que tant de
moyens indiqus ne restent point de vains projets de l'esprit, il faut
qu'ils se produisent et se manifestent dans l'ordre que sollicitent
les besoins de l'homme, et sous un jour qui l'claire par degr; il
faut que le talent, s'emparant des dcouvertes du gnie, les rende
accessibles  tous, qu'il aspire, non  dtruire toutes difficults:
car l'esprit humain a besoin de vaincre pour s'instruire; mais  ne
laisser subsister que celles qui demandent de l'attention pour tre
vaincues; il faut, en un mot, que des _livres lmentaires_, clairs,
prcis, mthodiques, rpandus avec profusion, rendent universellement
familires toutes les vrits importantes, et pargnent d'inutiles
efforts pour les apprendre. De tels livres sont de grands bienfaits:
la Nation ne peut ni trop les encourager, ni trop les rcompenser.

En appelant l'intrt national sur ce genre de secours appliqu aux
grands objets que nous venons de parcourir, nous nous reprocherions de
ne pas l'arrter un instant sur d'autres objets d'une utilit, moins
importante, mais plus directe, mais plus adapte aux besoins
journaliers et individuels, en un mot, sur ce qui intresse
particulirement, la culture et les arts mcaniques.

Comment ne pas former des voeux, pour qu' l'aide des mthodes et des
livres lmentaires, la thorie de l'utile s'allie enfin  la pratique
dans toutes les parties de l'agriculture; pour qu'on voie cesser cette
trange sparation qui sembloit faire deux parts distinctes de nos
facults dans l'art qui demande le plus la runion de toutes, et qui
offroit le spectacle affligeant de la force et de l'activit sans
lumires, de l'intelligence et des lumires sans action.

Qui pourra dire tout ce qu'une telle discordance, fruit de nos vices
et de nos institutions, a caus de ravages dans nos campagnes?
Par-tout on y trouve la trace profonde de l'erreur: le dprissement
des forts, ces produits tardifs de la terre; la perte de nos
bestiaux; l'ducation abandonne de ces utiles compagnons de nos
travaux; le dfaut de pturage; l'usage multipli des jachres, ce
long sommeil de nos champs condamns  la strilit, tout annonce
l'art encore dans l'enfance, ou plutt couvert de nos prjugs. Que
seroit-ce si nous analysions tout ce que produit de maux  la fin de
chaque anne l'ignorance des premiers principes de la vgtation, de
la floraison, de la thorie de la greffe, de la nature des engrais, de
l'influence des saisons, etc? N'est-il pas vident que, pour des
hommes qui, condamns par le besoin de chaque jour, ne peuvent
accorder que des momens  l'tude de leur art, c'est  des livres
trs-lmentaires, crits avec clart et avec intrt, qu'il doit tre
spcialement rserv de rpandre sur tous ces objets les lumires les
plus ncessaires.

L'effet de ce moyen se fortifiera par la rvolution qui va s'oprer
dans nos moeurs.

Dans le temps o il falloit occuper un tat auquel un des prjugs
rgnans attacht de l'honneur, o d'ailleurs on naissoit magistrat et
guerrier comme on nat de tel sexe, o par consquent la profession
toit plutt le produit de l'espce que celui du choix, il toit
presque rig en principe, qu'un propritaire enrichi devoit fuir la
source de sa richesse. Travailler son champ toit une peine; l'habiter
toit un exil; et ds-lors parmi les hommes  talent on ne voyoit
gures dans nos fertiles campagnes que ceux dont l'ambition trompe
alloit y ensevelir ses regrets.

Dsormais on sentira que, dans un pays agricole, tout doit natre
cultivateur. On sera momentanment Magistrat, Guerrier, Lgislateur;
mais les travaux champtres feront l'occupation habituelle de l'homme,
et chacun y trouvera le dlassement ou mme la rcompense de ses
fonctions de citoyen: or un tel changement de moeurs, multipliant dans
nos campagnes les expriences utiles, contribuera ncessairement  y
accrditer les bonnes mthodes et  y faire fructifier les principes
que les livres lmentaires auront dj pu y introduire.

Et quant aux arts mcaniques, de combien de mthodes ils demandent
aussi le secours! Qui n'a pas souffert, qui ne souffre pas encore de
voir un si grand nombre de nos ouvriers livrs  une routine qu'aucun
principe ne dirige ou ne rectifie; contraints  faire venir de dehors
les instrumens mme de leur profession quand ils aspirent 
perfectionner leurs ouvrages; entirement trangers  la science du
_trait_ si ncessaire et si peu connue,  l'art de prendre une
hauteur, de mesurer un angle, d'en acqurir le sentiment  un
demi-degr prs: aux principes raisonns de l'quilibre, des leviers,
de la romaine, de la balance; ignorant les proprits les plus
gnrales de l'air, tous les procds, toutes les dcouvertes
applicables aux arts et aux manufactures, dont la Chimie a enrichi de
nos jours l'esprit humain; ne sachant quels sont les corps que
l'humidit allonge, quels sont ceux qu'elle resserre; en un mot, ne
connoissant de l'art que la mcanique la plus grossire et presque
jamais la thorie qui le simplifie et qui l'aggrandit. Et n'est-ce pas
encore ici par des livres mthodiques, runissant le double suffrage
des thoriciens habiles et des praticiens consomms, que les vrais
principes sur tous ces objets pntreront dans nos atteliers et qu'ils
y lveront l'industrie nationale  ce degr de perfection et de
splendeur, auquel la France a montr, mme dans son tat
d'imperfection, qu'elle toit digne de prtendre.

       *       *       *       *       *

NOUS avons annonc au commencement de notre travail des principes
d'instruction pour les femmes: ces principes nous paroissent
trs-simples.

On ne peut d'abord sparer ici les questions relatives  leur
ducation de l'examen de leurs droits politiques; car en les levant,
il faut bien savoir  quoi elles sont destines. Si nous leur
reconnoissons les mmes droits qu'aux hommes, il faut leur donner les
mmes moyens d'en faire usage. Si nous pensons que leur part doive
tre uniquement le bonheur domestique et les devoirs de la vie
intrieure, il faut les former de bonne heure pour remplir cette
destination.

Une moiti du genre humain exclue par l'autre de toute participation
au gouvernement; des personnes indignes par le fait et trangres par
la loi sur le sol qui les a cependant vu natre; des propritaires
sans influence directe et sans reprsentation: ce sont-l des
phnomnes politiques, qu'en principe abstrait, il parot impossible
d'expliquer; mais il est un ordre d'ides dans lequel la question
change et peut se rsoudre facilement. Le but de toutes les
institutions doit tre le bonheur du plus grand nombre. Tout ce qui
s'en carte est une erreur; tout ce qui y conduit, une vrit. Si
l'exclusion des emplois publics prononce contre les femmes est pour
les deux sexes un moyen d'augmenter la somme de leur bonheur mutuel,
c'est ds-lors une loi que toutes les Socits ont d reconnotre et
consacrer.

Toute autre ambition seroit un renversement des destinations
premires; et les femmes n'auront jamais intrt  changer la
dlgation qu'elles ont reue.

Or il nous semble incontestable que le bonheur commun, sur-tout celui
des femmes, demande qu'elles n'aspirent point  l'exercice des droits
et des fonctions politiques. Qu'on cherche ici leur intrt dans le
voeu de la nature. N'est-il pas sensible que leur constitution
dlicate, leurs inclinations paisibles, les devoirs nombreux de la
maternit, les loignent constamment des habitudes fortes, des devoirs
pnibles, et les appellent  des occupations douces,  des soins
intrieurs? Et comment ne pas voir que le principe conservateur des
Socits, qui a plac l'harmonie dans la division des pouvoirs, a t
exprim et comme rvl par la nature, lorsqu'elle a ainsi distribu
aux deux sexes des fonctions si videmment distinctes? Tenons-nous-en
l, et n'invoquons pas des principes inapplicables  cette question.
Ne faites pas des rivaux des compagnes de votre vie: laissez, laissez
dans ce monde subsister une union qu'aucun intrt, qu'aucune rivalit
ne puisse rompre. Croyez que le bien de tous vous le demande.

Loin du tumulte des affaires, ah! sans doute il reste aux femmes un
beau partage dans la vie! Le titre de mre, ce sentiment que personne
ne s'est encore flatt d'avoir exprim, est une jouissance solitaire
dont les soins publics pourroient distraire: et conserver aux femmes
cette puissance d'amour que les autres passions affoiblissent,
n'est-ce pas sur-tout penser  la flicit de leur vie?

On dit que, dans de grandes circonstances, les femmes ont fortifi le
caractre des hommes; mais c'est qu'alors elles toient hors de la
carrire. Si elles avoient poursuivi la mme gloire, elles auroient
perdu le droit d'en distribuer les couronnes.

On a dit encore que quelques-unes avoient port le sceptre avec
gloire; mais que sont un petit nombre d'exceptions brillantes?
Autorisent-elles  dranger le plan gnral de la nature? S'il toit
encore quelques femmes que le hazard de leur ducation ou de leurs
talens parut appeller  l'existence d'un homme, elles doivent en faire
le sacrifice au bonheur du grand nombre, se montrer au-dessus de leur
sexe en le jugeant, en lui marquant sa vritable place, et ne pas
demander qu'en livrant les femmes aux mmes tudes que nous, on les
sacrifie toutes pour avoir peut-tre dans un sicle quelques hommes de
plus.

Qu'on ne cherche donc plus la solution d'un problme suffisamment
rsolu; levons les femmes, non pour aspirer  des avantages que la
Constitution leur refuse, mais pour connotre et apprcier ceux
qu'elle leur garantit: au lieu de leur faire ddaigner la portion de
bien-tre que la Socit leur rserve en change des services
important qu'elle leur demande, apprenons-leur qu'elle est la
vritable mesure de leurs devoirs et de leurs droits. Qu'elles
trouvent, non de chimriques esprances, mais des biens rels sous
l'empire de la libert et de l'galit; que, moins elles concourent 
la formation de la loi, plus aussi elles en reoivent de protection et
de force, et sur-tout qu'au moment o elles renoncent  tout droit
politique, elles acquirent la certitude de voir leurs droits civils
s'affermir et mme s'accrotre.

Assures d'une telle existence par le systme des lois, il faut les y
prparer par l'ducation; mais dveloppons leurs facults sans les
dnaturer; et que l'apprentissage de la vie soit  la fois pour elles
une cole de bonheur et de vertu.

Les hommes sont destins  vivre sur le thtre du monde. L'ducation
publique leur convient: elle place de bonne heure sous leurs yeux
toutes les scnes de la vie: les proportions seules sont diffrentes.

La maison paternelle vaut mieux  l'ducation des femmes; elles ont
moins besoin d'apprendre  traiter avec les intrts d'autrui, que de
s'accoutumer  la vie calme et retire. Destines aux soins
intrieurs, c'est au sein de leur famille qu'elles doivent en
recevoir les premires leons et les premiers exemples. Les pres et
mres, avertis de ce devoir sacr, sentiront l'tendue des obligations
qu'il impose: la prsence d'une jeune fille purifie le lieu qu'elle
habite, et l'innocence commande  ce qui l'entoure, le repentir ou la
vertu. Que toutes vos institutions tendent donc  concentrer
l'ducation des femmes dans cet asyle domestique: il n'en est pas qui
convienne mieux  la pudeur, et qui lui prpare de plus douces
habitudes.

Mais la prvoyance de la loi, aprs avoir recommand l'institution la
plus parfaite, doit encore prparer des ressources pour les exceptions
et des remdes pour le malheur. La Patrie aussi doit tre une mre
tendre et vigilante. Avant la destruction des voeux monastiques, une
foule de maisons religieuses, destines  cet objet, attiroient les
jeunes personnes du sexe vers l'ducation publique. Cette direction
gnrale n'toit pas bonne; car ces tablissemens n'toient nullement
propres  former des pouses et des mres. Mais du moins ils offroient
un asyle  l'innocence, et cet avantage est indispensable  remplacer.
On n'aura point  regretter l'ducation des Couvens; mais on
regretteroit avec raison leur impntrable demeure, si d'autres
maisons non moins rassurantes et mieux diriges ne supploient  leur
destruction.

Chaque Dpartement devra donc s'occuper d'tablir un nombre suffisant
de ces maisons, et d'y placer des institutrices dont la vertu soit le
parant de la confiance publique.

Les femmes qui se consacreront  des devoirs si dlicats, ne
prononceront pas de voeux; mais elles prendront envers la Socit des
engagemens d'autant plus sacrs, qu'ils seront plus libres, et qui
produiront le mme effet pour la scurit des familles.

Dans ces maisons les jeunes personnes doivent trouver toutes les
ressources ncessaires  leur instruction, et sur-tout l'apprentissage
des mtiers diffrens qui peuvent assurer leur existence.

Jusqu' l'ge de huit ans elles pourroient, sans inconvnient,
frquenter les coles primaires, et y puiser les lmens des
connoissances qui doivent tre communes aux deux sexes; mais avant de
quitter l'enfance, elles doivent s'en retirer, et se renfermer dans la
maison paternelle, dont il ne faut pas oublier que les maisons de
retraite sont un remplacement imparfait. C'est alors qu'il faudra leur
procurer d'autres secours pour s'instruire dans les arts utiles, et
leur donner les moyens de subsister indpendantes, par le produit de
leur travail[2].

    [2] On peut offrir aux Dpartemens comme un modle de ce
    genre d'tablissement un Mmoire adress  l'Assemble
    Nationale par une Artiste ingnieuse (Mme Guyard) qui, dans
    cet ouvrage, a su annoblir les arts en les associant au
    commerce, et les appliquant aux progrs de l'industrie.

Ainsi, prenant pour rgle les termes de la Constitution, nous
recommanderons, pour les femmes, l'ducation domestique, comme la plus
propre  les prparer aux vertus qu'il leur importe d'acqurir. A
dfaut de cet avantage, nous leur assurerons des maisons retires sous
l'inspection des Dpartemens, et nous leur faciliterons
l'apprentissage des mtiers qui conviennent  leur sexe.




RSUM.


JE vais ressaisir l'ensemble du plan que je viens de tracer.

En attachant l'Instruction publique  la constitution, nous l'avons
considre dans sa _source_, dans son _objet_, dans ses _rapports_,
dans son _organisation_, dans ses _moyens_.

Dans sa _source_: elle est un produit naturel de toute socit; donc
elle appartient  tous,  tous les ges,  tous les sexes.

Dans son _objet_: elle embrasse tout ce qui peut perfectionner l'homme
naturel et social; donc elle rclame des tablissemens vastes et des
principes libres.

Dans ses _rapports_: elle en a d'intimes et avec la _Socit_ et avec
les _individus_.

Avec la _Socit_: elle doit apprendre  connotre,  dfendre, 
amliorer sans cesse sa constitution, et sur-tout  la vivifier par la
morale, qui est l'me de tout.

Avec les _individus_: elle doit les rendre meilleurs, plus heureux,
plus utiles; donc elle doit exercer, dvelopper, fortifier toutes
leurs facults physiques, intellectuelles, morales, et ouvrir toutes
les routes pour qu'ils arrivent srement au but auquel ils sont
appells.

Dans son _organisation_: elle doit se combiner avec celle du Royaume;
de-l coles _Primaires_, de _District_, de _Dpartement_, et
enfin _Institut national_; mais elle doit se combiner avec libert:
car ses rapports ne peuvent s'identifier en tout avec ceux de
l'administration; de-l aussi des diffrences locales, dtermines par
l'intrt de la science et par le bien public.

Les coles _Primaires_ introduiront, en quelque sorte, l'enfance dans
la Socit.

Les coles de _District_ prpareront utilement la jeunesse  tous les
tats de la Socit.

Les coles de _Dpartement_ formeront particulirement l'adolescence 
certains tats de la Socit.

Dans ces coles on enseignera la _Thologie_, la _Mdecine_, le
_Droit_, l'_Art Militaire_.

Mais la Thologie, il a fallu la circonscrire; la Mdecine, il a fallu
la completter; le Droit, il a fallu l'purer; l'Art Militaire, il a
fallu le faciliter  tous.

L'_Institut national_ runit tout, perfectionne tout: donc il toit
ncessaire d'en assortir toutes les parties, de leur montrer un but,
jamais un terme, et de leur imprimer, au milieu de tant de mouvemens
divers, une direction ferme et rapide.

Les _moyens_ d'instruction se sont bientt offerts  nous: car c'est
en eux et par eux que l'instruction vit et se perptue.

Nous avons parl des _Instituteurs_ qu'il faut savoir choisir,
honorer, rcompenser; des _immenses productions de l'esprit humain_
qu'on doit distribuer, classer, completter, purifier pour l'avantage
des sciences, pour le bien de la raison; _des encouragemens_ ds aux
promesses du talent; _des prix_ ds encore plus  ses services.

De-l nous sommes arrivs aux _mthodes_, ces premiers instrumens de
nos facults; nous avons os en chercher pour la _raison_ elle-mme,
afin d'accrotre sa force, afin de lui assurer cette rectitude qui
doit faire son principal caractre; nous en avons cherch pour la
_communication des ides_, ce grand besoin de l'homme social. L, nous
avons accus l'imperfection des langues; et en nous plaant  la
source du mal, peut-tre n'avons nous pas t loin d'indiquer le
remde. Nous avons voulu aussi des mthodes pour apprendre la
_morale_: nous les avons cherches dans la raison qui la dmontre;
dans le sentiment qui l'anime; dans la conscience qui la garde; dans
l'intrt mme qui la conseille; dans l'histoire qui la clbre; dans
les premires habitudes qui l'impriment, etc: nous les avons demandes
 tout ce qui nous entoure, aux spectacles, aux ftes, aux beaux-arts,
 ce qui nous meut,  ce qui nous enchante; et par-tout nous avons vu
que la Socit runissoit les moyens les plus fconds pour rendre les
hommes meilleurs, en les rendant plus heureux.

Quittant ces mthodes gnrales, nous nous sommes reposs un instant
sur les mthodes usuelles que sollicitent l'agriculture et les arts
mcaniques: nous avons du moins form des voeux pour leur
perfectionnement, et nous avons tch de leur obtenir cette portion
d'intrt public qu'elles mritent.

Enfin, nous avons trait  part l'ducation des Femmes. Ici, nous
avons cherch les principes dans leurs droits, leurs droits dans leur
destine, leur destine dans leur bonheur.

_Il a dj t dcrt constitutionnellement sur l'Instruction:_

_1. Qu'il sera cr et organis une_ Instruction _publique, commune 
tous les Citoyens, gratuite  l'gard des parties d'enseignement
indispensables pour tous les hommes, et dont les tablissemens seront
distribus graduellement dans un rapport combin avec la division du
Royaume._

_2. Qu'il sera tabli des Ftes Nationales._




PROJET DE DCRETS

SUR

L'INSTRUCTION PUBLIQUE.




COLES PRIMAIRES.


    L'objet des coles primaires est d'enseigner  tous les enfans
    leurs premiers et indispensables devoirs; de les pntrer des
    principes qui doivent diriger leurs actions; et d'en faire, en
    les prservant des dangers de l'ignorance, des hommes plus
    heureux et des citoyens plus utiles.

ARTICLE PREMIER.

Chaque Administration de Dpartement dterminera le nombre des coles
primaires de son arrondissement, sur la demande des Municipalits,
prsente par les Directoires des Districts.

Il sera tabli  Paris une cole primaire par Section.

II.

Les coles primaires seront gratuites et ouvertes aux enfans de tous
les citoyens sans distinction.

III.

Nul n'y sera admis avant l'ge de six ans accomplis.

IV.

On y enseignera aux enfans, 1.  lire tant dans les livres imprims
que dans les manuscrits; 2.  crire, et les exemples d'criture
rappelleront leurs droits et leurs devoirs; 3. les premiers lmens
de la langue franoise, soit parle, soit crite; 4. les rgles de
l'Arithmtique simple; 5. les lmens du tois; 6. les noms des
villages du canton; ceux des cantons, des districts et des villes du
dpartement; ceux des villes hors du dpartement, avec lesquelles leur
pays a des relations plus habituelles.

V.

On y enseignera, 1. les principes de la Religion;

2. Les premiers lmens de la morale, en s'attachant sur-tout  faire
connotre les rapports de l'homme avec ses semblables;

3. Des instructions simples et claires sur les devoirs communs  tous
les citoyens et sur les lois qu'il est indispensable  tous de
connotre;

4. Des exemples d'actions vertueuses qui les toucheront de plus prs,
et avec le nom du Citoyen vertueux celui du pays qui l'a vu natre;

VI.

Dans les villes et bourgs au-dessus de mille mes, on enseignera aux
enfans les principes du dessin gomtral.

Pendant les rcrations on les exercera  des jeux propres  fortifier
et  dvelopper le corps.

VII.

Deux Notables de la Commune seront chargs de surveiller l'cole
primaire et de distribuer des prix tous les ans.

VIII.

Chaque Dpartement, sur la demande des Municipalits, prsente par le
Directoire du District, fixera, dans son arrondissement, le nombre des
Matres, et celui des coles primaires.

IX.

Il sera ouvert un concours pour le meilleur ouvrage ncessaire aux
coles primaires.

Les Auteurs qui voudront concourir, adresseront leur ouvrage aux
Commissaires de l'Instruction publique, qui le feront passer 
l'Institut national. D'aprs le jugement motiv de l'Institut, les
Commissaires de l'Instruction publique feront leur rapport 
l'Assemble Nationale, qui prononcera sur l'envoi de l'ouvrage aux
Dpartemens.




COLES DE DISTRICT.


    Les coles de District offriront aux lves une instruction
    plus tendue: en les appliquant  des tudes plus fortes,
    elles donneront plus d'exercice et de dveloppement  leurs
    facults. Les jeunes gens sortiront de ces coles en tat de
    bien agir pour eux-mmes, et assez instruits pour reconnotre
    la profession  laquelle la nature les aura destins.

ARTICLE PREMIER.

Chaque Administration de Dpartement dterminera le nombre des coles
de District de son arrondissement.

Il sera tabli  Paris six coles de District, qui seront rparties
dans les diffrens quartiers de la ville.

II.

Nul ne sera admis aux coles de District avant l'ge de huit  neuf
ans, et s'il n'est suffisamment instruit de ce que l'on enseigne dans
les coles primaires.

III.

On y enseignera les principes de la Religion, la Morale, les Langues,
l'art de raisonner, l'art oratoire, la Gographie, l'Histoire, les
Mathmatiques, la Physique. On formera les jeunes gens aux exercices
du corps.

IV.

L'enseignement des coles de District sera divis par cours. Il pourra
l'tre de la manire suivante: 1. un cours de Grammaire, qui dureroit
deux ans; 2. un cours d'Humanits, ou lmens de Belles-Lettres, qui
dureroit deux ans; un cours de Rhtorique et de Logique runies, qui
dureroit deux ans, un cours de Mathmatiques et de Physique, qui
dureroit un an. Il y auroit, en outre, autant qu'il se pourra, un
Professeur pour une langue vivante, et un Professeur de langue
grecque. L'enseignement dureroit sept ans.

V.

Une cole complette de District sera compose d'un Inspecteur des
tudes ou Principal; de deux Professeurs de Grammaire; de deux
Professeurs d'Humanits; de deux Professeurs de Logique et Rhtorique,
runies; les six Professeurs feroient leur cours complet, qui dureroit
deux ans, et alterneroient chacun dans leur ordre. Il y aura un
Professeur de Mathmatiques, de Physique et des lmens de Chimie; un
Professeur de Grec, un Professeur de langue vivante; en tout, dix
Matres.

VI.

Dans le cours de Grammaire, qui dureroit deux ans, on enseignera aux
enfans:

L'Histoire sacre, la Mythologie. On leur fera apprendre par coeur la
dclaration des Droits de l'homme; la morale sera mise en action par
le dveloppement des faits historiques, par l'application des Droits
de l'homme. On formera leur conscience par l'ide et le sentiment de
la justice.

On leur donnera l'explication combine des lmens des langues latine
et franoise, de manire qu'on n'exerce pas seulement la mmoire, mais
qu'on les fasse oprer par le raisonnement. On leur fera connotre
les principes de construction propres aux deux langues, et on fera
l'application de ces principes dans la lecture des Auteurs franois,
et l'explication des Auteurs latins.

Ils feront un cours abrg de Gographie.

Ils rendront compte de leur travail de vive voix et par crit, afin de
se former de bonne heure au raisonnement, par l'analyse.

On les exercera pendant leurs rcrations aux jeux les plus propres 
dvelopper leurs forces, et  les rendre souples et adroits. Leurs
jours de cong seront destins  des promenades, pendant lesquelles on
les exercera  des marches prcises qui les prpareront de loin aux
volutions militaires.

Dans les pensionnats on aura soin que chaque lve se livre  un art
d'agrment, comme la musique vocale ou instrumentale, le dessin, la
danse, etc.

VII.

Dans le cours d'Humanits, qui durera deux ans, les jeunes lves
tudieront:

La Constitution. Tous apprendront l'Acte constitutionnel dans l'espace
des deux ans. Ils tudieront l'Histoire Grecque et Romaine.

Ils continueront l'tude des langues latine et franoise. On leur
expliquera les Potes, les Historiens, les Moralistes, et on leur fera
connotre les rgles de la versification latine et franoise.

Mme attention  les runir pour les jeux qui donnent au corps la
force et la souplesse. On leur fera excuter des marches et des
volutions combines. Ils continueront l'exercice de l'art agrable
qu'ils auront choisi. On les formera, s'il est possible,  la
natation.

VIII.

Dans le cours de Rhtorique et de Logique runies, qui dureroit deux
ans, on enseignera:

Les poques principales de l'histoire de France. On s'attachera  leur
faire connotre sur-tout les rvolutions arrives dans le gouvernement
du Peuple franois. On leur fera comparer les principes des
gouvernemens anciens avec la Constitution franoise: on fera aussi
l'application des principes de la morale  la Constitution.

On leur dvelopperoit concurremment dans la premire anne les
principes de la Logique, ceux de la Mtaphysique et ceux de l'art
oratoire.

La seconde anne sera consacre particulirement  la composition et
aux exercices d'loquence, sur-tout dans le genre dlibratif. Les
discussions sur les Lois, la Morale, la Mtaphysique, la Constitution,
seront faites tant par crit que de vive voix.

Pour se disposer aux fonctions qu'ils auront  remplir un jour, les
jeunes gens traiteront des questions contradictoirement, tant de vive
voix que par crit. Quelquefois ils formeront une sorte de tribunal,
d'assemble administrative ou municipale; ils y rempliront tour  tour
les fonctions de juges, d'accusateurs publics, de jurs, d'officiers
municipaux, etc. Chacun d'eux sera oblig d'noncer  haute voix son
opinion.

C'est pendant ce cours sur-tout qu'ils pourront apprendre la langue
grecque, ou une langue vivante. Ils seront exercs au maniement des
armes et aux volutions militaires,  la natation, etc.

IX.

Dans le cours de Mathmatiques et de Physique, qui durera un an, on
enseignera:

La Gomtrie et la partie de l'Algbre ncessaire pour entendre la
mcanique dont on dveloppera avec soin les principes applicables aux
usages ordinaires de la vie.

La Physique, quelques lmens de Chimie et ceux de Botanique, dont on
pourra faire l'application pratique pendant les promenades.

On continuera les exercices militaires.

X.

Il sera fait un rglement pour dterminer la distribution de ces
diverses tudes, le temps, la dure des leons, etc.

Les Professeurs et autres personnes pourront prsenter aux
Commissaires de l'Instruction publique chargs de la rdaction du
rglement, leurs vues particulires et rflchies sur le meilleur mode
de distribution: ils se conformeront  l'esprit des cinq articles
prcdens, mais sans tre tenus de s'astreindre  leur disposition
littrale[3].

    [3] Ces cinq articles ne doivent tre en effet regards
    que comme un simple apperu, comme une esquisse de ce que peut
    tre la division par cours. On conoit un grand nombre de
    combinaisons diffrentes, et peut-tre une division plus
    prononce et autrement gradue: celle-l pourtant nous a paru
    suffire et se rapprocher, plus que toute autre, de l'ancien
    enseignement qu'il seroit difficile de renverser tout--coup;
    cependant il sera utile que les Commissaires de l'instruction
    publique se concertent, avant le Dcret dfinitif, avec les
    personnes -la-fois les plus claires et les plus intresses
     la chose. Nous pensons aussi que le Dcret, quel qu'il soit,
    doit laisser, quant  l'excution, une grande latitude aux
    Professeurs: car on enseigne mal ce qu'on n'enseigne pas
    librement.

XI.

Il sera compos pour les diffrens cours des ouvrages qui comprendront
des lmens d'Histoire naturelle, des instructions sur les arts,
l'industrie, les manufactures de la France, des notions sur les
monnoies, les poids et mesures, etc. Ces ouvrages serviront de lecture
aux enfans. On leur expliquera les points les plus essentiels.

XII.

Il sera aussi compos des ouvrages lmentaires sur toutes les parties
de l'enseignement des coles de District. Les Auteurs qui voudront
concourir, adresseront leurs ouvrages aux Commissaires de
l'Instruction publique, qui suivront la marche indique  l'article
des coles primaires.




DES PENSIONS GRATUITES.


    Les pensions gratuites sont des encouragemens accords par la
    socit, et distribus  ceux des jeunes gens qui, par des
    dispositions marques, promettent de lui rapporter un jour le
    fruit de ses avances.

ARTICLE PREMIER.

Il sera tabli dans la maison principale d'ducation de chaque
Dpartement, au moins dix pensions gratuites en faveur des jeunes gens
du Dpartement, qui s'en seront rendus dignes par leur application et
leurs talens.

II.

Ces pensions gratuites seront payes sur les revenus des fondations
existantes pour l'ducation, dans les Collges, Sminaires et autres
maisons d'ducation du Dpartement. Si les revenus n'toient pas
suffisans, il y sera suppl par le Trsor public, sur le pied de 600
liv. par chaque pension gratuite.

III.

Il y aura de plus pour chaque Dpartement, des pensions gratuites,
destines  des jeunes gens qui seront levs gratuitement  Paris.

IV.

Les pensions gratuites tablies  Paris, seront formes de toutes les
fondations existantes  Paris pour l'ducation, de celles connues sous
le nom de Bourses, dans les Collges, Sminaires et autres maisons
d'ducation.

Ces fondations seront runies sous une seule administration, et il en
sera form des pensions gratuites d'une valeur gale.

V.

Ces pensions gratuites seront rparties entre les quatre-vingt-trois
Dpartemens. La base de la proportion sera celle de l'imposition, de
la population et du territoire.

VI.

Le directoire du Dpartement de Paris fournira l'tat des biens et
revenus de ces fondations aux Commissaires de l'Instruction publique,
qui prsenteront le projet de rpartition  l'Assemble Nationale,
pour y tre par elle statu ce qu'il appartiendra.

VII.

Les jeunes gens qui auront obtenu des pensions gratuites, seront
distribus en nombre gal dans les maisons qui seront tablies  Paris
pour l'ducation publique.

Leur pension sera paye par l'Administration des biens de l'ducation,
d'aprs le taux qui sera fix.

VIII.

Lorsqu'il sera offert des souscriptions volontaires pour l'ducation
gratuite, elles seront faites aux Corps administratifs, qui traiteront
de gr  gr pour la sret des soumissions.

L'tat des souscripteurs et des souscriptions volontaires sera mis
tous les ans sous les yeux du Corps lgislatif.

IX.

Les directoires de Dpartement nommeront aux pensions gratuites de
leur arrondissement, et ne pourront les Administrateurs faire tomber
le choix sur leurs enfans, pendant le temps de leur administration.

X.

Tous les ans les Matres d'coles primaires, et ceux des coles de
District, remettront  la Municipalit la liste de leurs lves,
contenant leur ge, leur pays, avec des observations sur ceux qui se
seront distingus par leurs progrs et leurs talens.

La Municipalit vrifiera la liste, et l'enverra au Directoire du
District, qui la fera passer au Directoire du Dpartement.

XI.

A la vacance d'une pension gratuite, chaque Directoire de District
prsentera au Directoire de Dpartement les noms des six jeunes gens
qui auront obtenu les tmoignages les plus distingus pour leurs
progrs, leur conduite et leurs talens; le Directoire de Dpartement
nommera l'un d'eux  la pluralit des voix, et en cas de partage, au
scrutin individuel.

XII.

A la fin de chacun des cours d'tudes qui composent l'enseignement
public dans les coles de District, les jeunes gens qui auront obtenus
des pensions gratuites, seront examins sur toutes les parties de
l'instruction du cours qu'ils auront achev. S'ils sont jugs n'avoir
pas profit de leurs tudes, ils seront remis  leurs parens, et il
sera procd  une nouvelle nomination.

XIII.

Les Juges de cet examen seront ceux qui auront t nomms pour
l'examen des ligibles aux places de l'enseignement public.

XIV.

Il sera rendu compte deux fois par an au Directoire du Dpartement, de
la conduite et des progrs des lves qui jouissent des pensions
gratuites.

XV.

Il sera rendu, par les Commissaires de l'Instruction publique, un
compte gnral de l'tat des revenus concernant les pensions
gratuites, de la conduite et des progrs des lves, et mme de ceux
qui se seront distingus d'une manire plus particulire par leurs
talens.

XVI.

Les Titulaires actuels des bourses les conserveront jusqu' la fin du
cours d'tude enseign dans les coles de District.

XVII.

Les bourses dites de famille, ainsi que leur nomination, si elle est
rserve aux parens, seront conserves aux familles, jusqu'
l'extinction des descendans dsigns par la fondation.

Ceux qui les auront obtenues, seront soumis  tous les rglemens qui
concernent les lves nationaux.

XVIII.

Les tudians en droit ne devant point tre runis dans des
pensionnats, il n'existera point pour eux de pensions gratuites;
seulement les jeunes gens sortant des coles de District, qui auront
eu des succs trs-distingus, pourront tre dispenss, de la
rtribution donne au Matre. Les Commissaires de l'Instruction, sur
la demande motive des directoires des Dpartemens, prsenteront 
l'Assemble Nationale les moyens de remplir, avec justice et conomie,
cet objet de l'Instruction publique.


_De l'lection, de la nomination et de la destitution des Matres
d'coles primaires et de District._

    Les Matres d'coles primaires et de District doivent tre
    clairs et vertueux, puisqu'ils sont galement chargs
    d'instruire les enfans et de les former  la vertu. Leurs
    talens seront donc prouvs par des examens svres; et les
    prcautions qui seront prises pour leur nomination,
    garantiront aux pres et  la Socit les qualits morales des
    Matres auxquels sera confie l'esprance des familles et
    celle de la Patrie.

ARTICLE PREMIER.

Il sera fait une liste d'ligibles dans laquelle seront choisis les
Matres qui enseigneront, soit dans les coles primaires, soit dans
les coles de District.

II.

Ceux qui se destineront  l'enseignement des coles primaires, se
rendront  un temps indiqu chaque anne, aux chefs-lieux de District
qui seront dtermins par le directoire du Dpartement. Le directoire
nommera cinq Juges, dont deux au moins seront choisis parmi les
Matres publics. Les Candidats seront examins sur toutes les parties
de l'enseignement des coles primaires. Ceux qui seront reus 
l'examen, seront inscrits sur la liste des ligibles.

III.

Ceux qui se destineront  l'enseignement dans les coles de District,
se rendront  un temps indiqu chaque anne, au chef-lieu du
Dpartement. Il y aura autant d'examens diffrens qu'il y aura de
cours d'enseignement. Le Directoire du Dpartement nommera, pour
chaque examen, cinq Juges, dont deux au moins seront choisis parmi les
Matres publics. Les Candidats seront examins sur toutes les parties
de l'enseignement du cours pour lesquels ils se seront prsents. Ceux
qui seront reus  l'examen, seront inscrits sur la liste des
ligibles.

IV.

Ceux qui seront reus  l'examen pour le cours d'Humanits, seront
reus aussi pour le cours de Grammaire. Ceux qui seront reus 
l'examen pour le cours de Rhtorique et de Logique runies, seront
aussi ligibles pour les deux premiers cours.

V.

Les Professeurs de langue vivante et de langue grecque seront nomms
par les directoires des Dpartemens, et subiront un examen pralable
avant de prendre possession de leurs Chaires, si mieux n'aiment les
directoires des Dpartemens s'adresser, pour le choix de ces Matres,
aux Commissaires de l'instruction publique.

VI.

Les Procureurs-syndics des Districts enverront dans la huitaine de
l'examen, au Procureur-syndic du Dpartement, la liste des ligibles
pour les coles primaires; cette liste contiendra leurs noms, ge et
pays.

VII.

Le Procureur-gnral-syndic du Dpartement enverra, dans la quinzaine
aprs l'examen, la liste de tous les ligibles du Dpartement, aux
Commissaires de l'instruction publique.

VIII.

Les Commissaires de l'instruction publique feront imprimer la liste
gnrale de tous les ligibles pour les diffrens genres
d'enseignement; ils y joindront la liste des Matres enseignans dans
les coles publiques. Cette liste sera envoye tous les ans  tous les
Districts et Dpartemens du Royaume.

IX.

Lorsqu'une place de Matre d'cole primaire sera vacante,
le Procureur-syndic de la Municipalit en donnera avis au
Procureur-syndic du District; le Directoire nommera  la place
vacante, parmi tous les ligibles du Royaume.

X.

Lorsqu'une place de Matre d'cole de District sera vacante,
le Procureur-syndic de la Municipalit en donnera avis au
Procureur-syndic du Dpartement. Le Directoire du Dpartement nommera
 la place vacante, parmi tous les ligibles du Royaume.

XI.

Le Matre nomm recevra du Roi un brevet d'institution. Avant d'entrer
dans l'exercice de ses fonctions, il prtera le serment civique entre
les mains de la Municipalit.

XII.

Nul ne sera Matre public dans les coles primaires ou de District
avant vingt-un ans. Nul ne sera Inspecteur des tudes ou Principal,
qu'il n'ait t Professeur pendant cinq ans.

XIII.

A la prochaine organisation de l'ducation publique, les Matres
seront choisis de prfrence parmi ceux qui sont prsentement en
exercice.

XIV.

Ceux qui ne seroient pas employs, seront inscrits sur la liste des
ligibles.

XV.

Les Municipalits seront charges de l'inspection et surveillance des
coles primaires, et les Directoires de District de la surveillance
des coles de District.

XVI.

Les Municipalits feront connotre au Procureur-syndic du District, et
les Directoires de District aux Procureurs-syndics des Dpartemens,
les plaintes faites contre les Matres pour fait de leur enseignement.
Ils ne pourront tre destitus que par le Directoire du Dpartement, 
la pluralit des trois quarts des voix, et aprs avoir t entendus.


DU TRAITEMENT DES MATRES.

    Il a t dcrt constitutionnellement que l'_instruction
    publique seroit gratuite  l'gard des parties de
    l'enseignement indispensable pour tous les hommes_. Ainsi
    l'enseignement des coles primaires est une dette qui sera
    acquitte entirement par la Socit. Si les coles de
    District sont ncessaires  un grand nombre, elles ne sont pas
    indispensables  tous. C'est assez pour la Socit d'assurer
    aux Citoyens, et de leur faciliter les moyens de cette
    instruction. Les Matres des coles de District recevront donc
    de l'tat un traitement fixe, strictement ncessaire. Le
    surplus sera acquitt par ceux qui auront intrt  recevoir
    cette instruction; de manire que cette partie du paiement,
    variable  raison du nombre des lves, excite l'mulation des
    Matres, et soit la rcompense de leurs talens.

ARTICLE PREMIER.

Le traitement des Matres d'coles primaires sera gradu selon les
localits. Le _maximum_ sera de 1,000 liv., avec un local pour
l'cole. Le _minimum_ sera de 400 livres.

II.

Le traitement des Matres d'coles primaires de Paris, sera de 1,000
liv.

III.

Le traitement fixe, et le traitement variable des Matres d'cole de
District de Paris, seront dtermins ainsi qu'il suit:

Les Professeurs du cours de Grammaire recevront 1,400 l., et chaque
colier payera 24 livres par an.

Les Professeurs du cours d'Humanits, ceux de grec, et de langue
vivante recevront 1,600 livres, et chaque colier payera 24 liv.

Les Professeurs de Rhtorique et de Logique et ceux de Mathmatiques
recevront 1,800 liv., et chaque colier payera 36 liv.

IV.

Le traitement fixe de l'Inspecteur ou Principal sera de 4,000 liv.

V.

Les Dpartemens proposeront la graduation du traitement fixe et
variable des Professeurs, et celui du Principal, d'aprs la population
et le mode indiqu pour la ville de Paris. L'tat qu'ils auront dress
sera envoy par eux aux Commissaires de l'Instruction, pour tre, sur
leur rapport, statu dfinitivement par l'Assemble Nationale.

VI.

Tout Matre d'cole primaire aura, aprs vingt ans d'exercice, son
traitement pour retraite.

VII.

Tout Matre d'cole de District aura aussi pour retraite, aprs vingt
ans d'exercice, la totalit de son traitement fixe.

L'Inspecteur des tudes ou Principal aura pour retraite le mme
traitement que les Professeurs de Rhtorique et de Mathmatiques.

       *       *       *       *       *

    _Nota._ Il y aura  Paris quarante-huit Matres d'coles
    primaires,  1,000 livres                        48,000 liv.

    Chacun des Collges sera compos,

    D'un Inspecteur                                   4,000

    D'un Matre de Mathmatiques et de Physique       1,800

    De deux Professeurs de Rhtorique et de Logique,
    runies                                           3,600

    Deux Professeurs d'Humanits                      3,200
    Deux Professeurs de Langues                       3,200
    Deux Professeurs de Grammaire                     2,800

    Total                                            18,600

    Et pour six coles de District                  111,600

    Total des coles primaires et de District       159,600

    _Nota._ La seule Facult des Arts de l'Universit de Paris
    recevoit 500,000 livres assignes sur les postes
    indpendamment de 70,000 liv. de rente dont l'Universit toit
    propritaire.


RETRAITE DES PROFESSEURS ACTUELS.

    La nouvelle organisation de l'instruction publique laissera
    sans fonctions des hommes estimables qui s'toient vous aux
    soins pnibles de l'enseignement. L'Assemble Nationale, qui
    sait apprcier leurs services, ne sera pas injuste  leur
    gard. Quelques-uns touchent au terme qui leur donnoit droit
     une pension de retraite. Nous vous proposerons de les en
    faire jouir ds--prsent. D'autres en sont plus loigns, et
    pour ceux-ci, nous tablirons un mode de traitement
    proportionn  la dure de leurs services. Toutefois nous
    observerons que la presque totalit pourra tre employe dans
    les nouvelles coles.

ARTICLE PREMIER.

Les Matres publics retirs avec la pension d'mrite, la conserveront
toute entire.

II.

Ceux qui sont encore en exercice et qui ont rempli le temps prescrit,
obtiendront en entier leur pension d'mrites.

III.

Les Professeurs actuels de l'Universit de Paris, qui n'ont pas encore
atteint l'mritat et qui ne seront pas employs dans l'enseignement
public, auront une pension de retraite fixe d'aprs les proportions
suivantes:

Ceux qui ont moins de cinq ans d'exercice, auront 500 liv.

Ceux qui ont plus de cinq ans et moins de dix ans d'exercice, auront
800 liv.

Ceux qui auront plus de dix et moins de quinze ans d'exercice, auront
1,100 liv.

Ceux qui ont plus de quinze ans d'exercice, auront 1,400 liv.

IV.

Les Professeurs de l'Universit qui ont quitt leur chaire pour refus
de prestation de serment, auront une pension de 500 livres.

V.

Les Professeurs et Matres publics de tous les Dpartemens, qui ne
seront pas employs dans la nouvelle organisation publique, auront une
retraite gradue d'aprs le mode qui vient d'tre tabli.

VI.

Tous Officiers, Appariteurs, et autres personnes attaches aux
Universits, et dont les emplois sont supprims, recevront une pension
ou une indemnit, d'aprs l'avis des Dpartemens, qui sera prsent
aux Commissaires de l'Instruction publique pour en tre rendu compte 
l'Assemble Nationale.


DES PENSIONNATS.

    Les pensionnats sont destins  remplacer les soins de la
    maison paternelle pour les enfans,  l'gard desquels les
    occupations de leurs pres ne permettent pas de suivre les
    dtails journaliers de l'ducation; la socit veut que les
    enfans levs dans les principes de l'galit, habitus 
    l'ordre et au travail, encourags par l'mulation et
    l'exemple, soient rendus  leur famille, tels qu'un pre sage
    auroit dsir les avoir forms lui-mme.

ARTICLE PREMIER.

L'Inspecteur ou Principal charg du maintien de la discipline, aura
soin que l'ordre tabli par la loi soit invariablement observ par les
Matres et par les lves.

II.

Tous les soins de la recette et de la dpense seront confis  un
conome, qui rendra ses comptes tous les mois en prsence de
l'Inspecteur ou Principal, et de deux membres de la Municipalit. Les
comptes seront vrifis chaque anne par le Directoire de District, et
arrts par le Directoire du Dpartement.

III.

Tous les citoyens tant gaux devant la loi, il n'y aura aucune
distinction entre les enfans; soumis  la mme rgle, nourris  la
mme table, ils seront levs ensemble et par des matres communs.

IV.

Pour accoutumer les jeunes gens  connotre les convenances sociales,
 respecter leurs droits et leurs devoirs rciproques, on cherchera
les moyens de les associer en quelque sorte au gouvernement des
pensionnats, et de les faire concourir, par leurs volonts et leurs
jugemens, au maintien du bon ordre. Il sera compos par les
Commissaires de l'Instruction publique, un rglement pour parvenir 
ce but; mais ce rglement ne sera envoy aux Dpartemens, que
lorsqu'ils auront jug que les progrs de la raison et une ducation
plus soigne et mieux dirige, en auront facilit l'excution.




COLES DE DPARTEMENT.

COLES POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION.


    L'Instruction rserve aux Ministres du culte, intresse la
    Nation par les nombreux rapports qu'elle peut avoir avec le
    bien des Peuple. L'Assemble Nationale veut que ceux qui se
    destinent  cette profession, trouvent, dans les coles
    publiques, l'enseignement le plus complet sur tout ce qui
    appartient essentiellement  un Ministre de charit; mais
    elle juge qu'il est de son devoir d'en carter, avec soin,
    tout enseignement qui ne seroit visiblement propre qu' garer
    les esprits et  porter le trouble dans la socit.

ARTICLE PREMIER.

Chaque Dpartement jugera s'il lui est utile d'avoir un Sminaire
particulier, ou s'il n'est pas meilleur pour lui de s'associer, pour
ce genre d'instruction,  un Dpartement voisin.

Les Sminaires mtropolitains pourront servir pour tous les Diocses
de leur ressort.

II.

Il y aura dans chaque Sminaire deux Professeurs, dont les leons
seront publiques et en franois: elles comprendront exclusivement,
1. les titres fondamentaux de la Religion catholique puiss dans leur
source; 2. l'exposition raisonne des divers articles que doit
comprendre explicitement la croyance de chaque fidle; 3. le
dveloppement de la morale de l'vangile; 4. les lois particulires
aux Ministres du culte catholique; 5. les principes, ainsi que les
objets habituels de la prdication; 6. les dtails appartenans  un
ministre de consolation et de paix, soit dans l'administration des
sacremens, soit dans le gouvernement des paroisses.

L'enseignement complet ne durera pas plus de deux ans.

III.

Il y aura en outre un Suprieur, un conome et un Supplant, ou tout
au plus deux dans les grandes Villes.

IV.

Ils seront tous nomms par le Directoire du Dpartement, conjointement
avec l'vque, et seront pris sur une liste d'ligibles, faite d'aprs
le mode dtermin pour les coles de District.

V.

Ils seront logs et nourris. Le _maximum_ de leur traitement sera de
1,000 liv., le _minimum_ de 600 liv. Les Professeurs recevront en
outre une rtribution annuelle des lves, qui nulle part ne pourra
excder 24 liv. par an. Le suprieur aura 1,200 liv, de fixe, et 1,500
liv.  Paris.

VI.

Les Professeurs qui ne voudroient pas tre nourris dans le Sminaire,
auront les mmes appointemens que les Professeurs de Logique des
coles de District.

VII.

Au bout de vingt ans ils obtiendront la pension d'mrite: elle sera,
pour les uns et les autres, de la totalit des appointemens fixes
attribus aux Professeurs externes. Dans le cas o,  cette poque,
ils accepteroient une place  appointemens, leur pension seroit
rduite, mais ne pourroit l'tre de plus de moiti.

VIII.

Le Directoire du Dpartement dterminera le prix de la pension que
payeront les lves qui voudront mener une vie commune dans le
Sminaire.

IX.

Les Suprieurs, Directeurs, Professeurs, conomes des Sminaires,
pourront tre destitus par le Directoire du Dpartement, mais
seulement  la majorit des trois quarts des voix.

X.

Toutes les anciennes chaires, coles, et facults de Thologie et de
Droit-Canon sont supprimes.

XI.

Toutes les fondations de bourses, affectes  l'tude de la Thologie
et du Droit-Canon, seront regardes  l'avenir comme fondations
appartenantes  l'ducation en gnral, et suivront le sort des autres
bourses en tout ce qui sera dcrt  cet gard par l'Assemble
Nationale.

XII.

Et nanmoins tous ceux qui sont en ce moment lgitimement pourvus
d'une bourse de Thologie, pourront continuer d'en jouir jusqu' la
fin de leur nouveau cours d'tudes thologiques, s'ils n'aiment mieux
achever le temps qui leur restoit  courir dans tout autre cours de
science, auquel cas ils s'adresseront au Directoire du Dpartement
dans lequel leurs bourses sont tablies, pour faire autoriser cette
conversion.

XIII.

Quant aux Boursiers-Thologiens qui n'auront pas opt pour un autre
cours d'tudes, ils seront tous runis dans le Sminaire Mtropolitain
du ressort o se trouvent leurs bourses.

XIV.

Tout tablissement fond pour l'enseignement de la Thologie, ou pour
runir des tudians en cette partie, lors mme qu'il seroit rgi par
des congrgations non supprimes, est converti en simple
tablissement d'ducation. Les biens, revenus et maisons, formant
lesdits tablissemens et tous autres vacans, seront provisoirement
administrs, ainsi que le sont les biens, revenus et maisons des
Collges, sous la direction des administrations de Dpartement.

XV.

Les Suprieurs, Directeurs, Professeurs et autres personnes employes
dans lesdits tablissemens, soit qu'ils appartiennent aux Ordres
religieux abolis, ou  quelque Congrgation sculire non encore
supprime, soit enfin qu'ils n'appartiennent  aucune Corporation,
auront droit  un traitement viager, qui sera proportionnellement
rgl par un Dcret particulier.

XVI.

Le mode des preuves, la nature et la dure des examens, l'ordre des
leons, etc. comme aussi le traitement des Directeurs et conome,
seront l'objet d'un rglement.




COLES DE MDECINE.


    Le bien public, autant que l'intrt de la science, demande
    que les diffrentes parties de la Mdecine, qui, jusqu' ce
    jour, ont t enseignes et pratiques sparment, soient
    runies; que l'enseignement se fasse auprs des grands
    rassemblemens de malades; qu'une instruction lmentaire et
    prparatoire commence dans tous les Dpartemens, et qu'elle se
    termine dans un petit nombre d'coles o l'enseignement sera
    complet, et o la facult de pratiquer la Mdecine, dans tout
    le Royaume, sera accorde, d'aprs des examens svres sur le
    savoir, et non sur le temps des tudes.

ARTICLE PREMIER.

Il sera tabli en France quatre grandes coles nationales de l'art de
gurir, sous le nom de Collges de mdecine, dont l'un sera plac 
Paris un  Montpellier, un  Bordeaux et un  Strasbourg.
L'enseignement complet de la mdecine, de la chirurgie et de la
pharmacie sera fait galement dans ces quatre Collges, par douze
Professeurs entre lesquels seront partages toutes les parties
thoriques et pratiques de cet enseignement, conformment  l'tat
ci-joint (page 162).

II.

A chacun des quatre Collges de mdecine, sera annex un hpital dans
lequel la mdecine, la chirurgie et l'art des accouchemens seront
enseigns prs du lit des malades.

III.

Il sera form dans chaque Dpartement, auprs des hpitaux civils,
militaires et de la marine, des coles secondaires de mdecine, dans
lesquelles les Mdecins attachs  l'hpital enseigneront les lmens
de l'art de gurir; et les Pharmaciens, ceux de la pharmacie.

IV.

Il sera tabli dans les hpitaux, disposs pour l'enseignement, des
bourses pour dfrayer entirement ou en partie des lves choisis qui
seront employs dans l'hpital  l'une des parties du service. Les
Dpartemens dtermineront l'tendue et l'application de ce secours.

V.

Les chaires de toutes les coles de mdecine seront donnes au
concours: le mode de rnovation des matres sera dtermin par un
rglement particulier.

VI.

Le traitement de chacun des professeurs consistera, 1. en
appointemens qui lui seront pays par le trsor public; 2. en une
rtribution qui lui sera paye par chacun des tudians qui voudra
suivre ses leons. Un rglement particulier en dterminera la quotit.

VII.

Les lves seront absolument libres pour le lieu, l'poque, l'ordre,
la dure et le mode de leurs tudes. En consquence ils ne seront
tenus ni  s'inscrire sous les diffrens Professeurs, ni  prsenter
des certificats d'assiduit, mais tous ceux qui voudront exercer l'art
de gurir ou la pharmacie, subiront pralablement, dans un des quatre
Collges de mdecine, les preuves dtermines pour l'une et pour
l'autre partie par le Corps lgislatif.

VIII.

Dans ces examens les Candidats rpondront de vive voix aux questions
qui exigent des dmonstrations, par crit  celles qui n'en exigent
pas.

IX.

L'examen de Mdecine pratique se fera dans l'Hpital o l'cole
Clinique aura t tablie, et prs du lit des malades sur l'tat et
sur le traitement desquels l'lve donnera par crit son avis motiv.
Ce sera sur cet crit qu'il sera jug dfinitivement par les
Examineurs.

X.

Tout homme g de vingt-cinq ans, qui, dans ces preuves, aura t
reconnu capable d'exercer l'art de gurir, sera dclar _Mdecin_.

XI.

Sous cette dnomination de _Mdecin_, seront compris  l'avenir tous
les individus qui toient ci-devant dsigns sous les noms de
_Mdecins_ et de _Chirurgiens_; les tudes, les preuves, les droits
et les devoirs seront les mmes pour les uns et pour les autres, sans
aucune distinction quelconque.

XII.

Les Mdecins reus dans l'un des quatre grands Collges, pourront
exercer la Mdecine dans toute l'tendue de l'Empire Franois. Il
suffira qu'aprs avoir fait reconnotre leurs lettres de rception,
ils se fassent inscrire sur le registre de la Municipalit, dans le
ressort de laquelle ils se proposeront d'exercer leur art. Eux seuls
seront admissibles au titre et aux fonctions, soit publiques, soit
prives, de leur profession, pour l'enseignement, la pratique et les
rapports, dans tous les tablissemens civils et militaires.

XIII.

Tous ceux qui,  l'ge de vingt-cinq ans, auront t trouvs capables
d'exercer la Pharmacie, seront dclars _Pharmaciens_; ils pourront
seuls exercer cette profession dans toute l'tendue du Royaume.

XIV.

L'ordonnance et la vente des mdicamens sont incompatibles; aucun
individu ne pourra, hors le cas de ncessit, joindre les fonctions de
Mdecin  celles de Pharmacien.

XV.

Toute personne non reue Mdecin ou Pharmacien, dans un des grands
Collges de Mdecine, qui en prendra le titre dans un acte ou un crit
quelconque, ou qui se permettra d'exercer habituellement la Mdecine
ou la Pharmacie, sera punie d'une amende de cinq cents livres.

XVI.

Les rceptions seront gratuites.

XVII.

Les concours, les leons, les examens, les rceptions, tous les actes
et tous les exercices des coles de Mdecine, se feront publiquement
et en langue franoise.

XVIII.

Il sera tabli dans un des hpitaux de chaque Dpartement, une cole de
l'art des accouchemens,  laquelle seront appelles les Sages-femmes
des divers Dpartemens.

XIX.

Tout Corps de Mdecine, de Chirurgie et de Pharmacie, connus sous les
noms de _Facults_, de _Collges_, de _Communauts_; toutes charges,
tous privilges, relatifs  l'art de gurir ou  la Pharmacie, sont
supprims,  dater du prsent Dcret; toutes rceptions de Mdecins,
de Chirurgiens et de Pharmaciens sont interdites jusqu'
rtablissement des nouvelles coles de Mdecine.

(On estime -peu-prs  240,000 livres la dpense annuelle des quatre
Collges de Mdecine).

    _Nota._ Les formes des concours, des preuves, des
    rceptions, l'organisation des coles, l'ordre et la dure des
    leons, la division des parties d'enseignement entre les
    Professeurs, la fixation de leur traitement particulier,
    seront l'objet d'un Rglement.




TABLEAU

_De l'enseignement qui sera fait dans chacun des quatre Collges de
Mdecine._


    1. Cours de Physique Mdicale et d'Hygine,
    faits sparment                                   un Professeur.

    2. Cours d'Anatomie et de Physiologie,
    faits sparment                                   un Professeur.

    3. Cours de Chimie                                un Professeur.

    4. Cours de Pharmacie-pratique. Ce
    Cours trs-dtaill sur la connoissance et
    la prparation des drogues mdicinales, sera
    sur-tout ncessaire  l'instruction des lves
    en Pharmacie. Il sera toujours fait par
    un Pharmacien                                      un Professeur.

    5. Cours de Botanique et de Matire
    mdicale, faits sparment                         un Professeur.

    6. Cours de Mdecine thorique ou d'instituts,
    comprenant la Pathologie, la Smiotique,
    la Nosologie et la Thrapeutique                   un Professeur.

    7. Cours d'Histoire de la Mdecine, des
    progrs de l'art, de la mthode de l'tudier;
    Cours de Mdecine lgale, faits sparment         un Professeur.

    8. Cours de Mdecine-pratique des maladies
    internes, fait, partie au lit des malades,
    partie dans une salle voisine                   deux Professeurs.

    9. Cours de Mdecine-pratique des maladies
    externes, fait, partie au lit des malades,
    partie dans une salle voisine                   deux Professeurs.

    10. Cours thorique et pratique d'accouchemens,
    des maladies des femmes en couche, et de celles
    des enfans                                         un Professeur.

Ce tableau est conforme  celui qui a t rdig par le Comit de
Salubrit, et  celui qui a t prsent par le Comit de Mdecine 
l'Assemble Nationale, en 1790. (Voyez _Nouveau Plan de Constitution
pour la Mdecine_, etc. pag. 19 et 20).


COLES POUR L'ENSEIGNEMENT DU DROIT.

    L'enseignement du Droit doit tre tellement ordonn, qu'il
    soit rparti, autant qu'il est possible,  des distances
    gales, et dans des villes considrables: il doit tre complet
    dans son ensemble, distribu de manire que chaque Matre
    atteigne plus facilement la perfection; que, parmi les lves,
    ceux dont l'esprit conoit rapidement le saisissent -la-fois
    tout entier; que ceux dont l'intelligence est plus lente, se
    le partagent  leur gr dans un temps plus tendu; que, dans
    les preuves  subir par les aspirans, aucun intrt ne laisse
    de soupon sur l'impartialit du jugement; que l'mulation des
    lves multiplie leurs efforts au profit de la science, et que
    leur rputation les dsigne pour les places que distribue
    l'estime publique. Nous proposons le projet de Dcret suivant:

ARTICLE PREMIER.

Il y aura dix coles de Droit, chacune dans un chef-lieu de
Dpartement[4].

    [4] Ces coles pourroient tre places  Paris, Rennes,
    Strasbourg, Bourges, Dijon, Besanon, Bordeaux, Toulouse,
    Lyon, Aix.

II.

Dans chaque cole de Droit, il y aura quatre Professeurs, un de
constitution, qui enseignera en mme-temps le droit naturel, un de
droit civil, un de droit coutumier, un de forme civile et criminelle.
A Paris, il y aura huit Professeurs, deux de chaque espce.

III.

Les Lgislatures dtermineront le temps o une partie de
l'enseignement sera change,  raison des nouvelles lois qui auront
t faites.

IV.

Chaque Professeur donnera son cours entier en dix mois. Les leons se
feront en franois. Elles auront lieu tous les jours, except les
dimanches et ftes, et  des heures diffrentes.

V.

Les Professeurs seront choisis, la premire fois par les Directoires
de Dpartement, parmi les membres des Facults de Droit actuellement
en exercice pour l'enseignement ou pour la collation des degrs. S'il
n'y en a pas qui puissent tre choisis, le Directoire de Dpartement
nommera un membre d'une autre Facult de Droit, ou enfin pourra
choisir des hommes de loi. Dans la suite, quand il viendra  vaquer
des chaires, le choix sera fait, parmi les hommes de loi, par les
Directoires de Dpartement, conjointement avec les Professeurs de
Droit. Il sera pourvu de la mme manire  la nomination des
supplans.

VI.

Pour destituer un Professeur de Droit, il faudra les trois quarts des
voix de tout le Directoire du Dpartement.

VII.

Le traitement des Professeurs de Droit sera en partie fixe et en
partie casuel. Le traitement fixe sera pay tous les trois mois, par
le Trsorier public; le traitement casuel, tous les mois, par chaque
tudiant. A Paris, le fixe annuel sera de trois mille livres; le
casuel, par mois, de douze livres; dans les autres villes de
Dpartement, le fixe, de deux mille quatre cents livres, le casuel, de
neuf livres.

VIII.

Les membres ci-dessus dsigns des coles de Droit, qui ont maintenant
ou qui auront servi vingt ans dans les coles, auront l'mritat, et,
pour pension de retraite, les deux tiers du traitement fixe marqu
ci-dessus. Ceux qui auront maintenant plus de quinze ans d'exercice,
et qui ne seront pas conservs, seront, pour cette fois seulement,
regards comme mrites.

IX.

Les membres des Facults de Droit qui ne seroient pas employs dans la
nouvelle organisation, s'ils ont de dix  quinze ans de service,
recevront les trois cinquimes du traitement fixe, de cinq  dix ans
la moiti, et au-dessous les deux cinquimes[5].

    [5] Ces retraites ne parotront pas trop fortes,
    lorsqu'on pensera qu'elles ne sont calcules que sur un
    traitement fixe qui est fort infrieur  l'ensemble des
    molumens dont jouissent les membres des Facults de Droit.
    Les chaires de Paris rapportoient 8  9,000 livres; l'mritat
    n'est calcul que sur 3,000 liv.

X.

Le traitement, ou la retraite des Officiers attachs aux coles de
Droit, sera rgl par la Lgislature suivante, sur la demande des
Directoires de Dpartement.

XI.

Pour acqurir la qualit d'_homme de loi_, il faudra tre reu aprs
un examen sur toutes les matires de l'enseignement du Droit. L'examen
sera gratuit.

XII.

L'examen se fera en public; le Candidat sera interrog par les
Professeurs et par les tudians.

XIII.

Les suffrages seront donns au scrutin par les Professeurs. Il faudra,
pour tre admis ou refus, la pluralit des suffrages. Si le Candidat
est admis, il lui sera dlivr une Patente d'_Homme de loi_, signe
des Professeurs de Droit, et scelle du sceau du Dpartement. Si le
Candidat est refus, il pourra se reprsenter dans la mme Facult, ou
dans un autre  son choix.

XIV.

Lorsqu'il se prsentera, le Candidat sera interrog en public par les
Professeurs, conjointement avec quatre hommes de loi nomms par le
Dpartement, lesquels auront suffrage au scrutin avec les Professeurs.

XV.

Celui qui sera refus dans ce second examen, ne pourra se reprsenter
 un troisime, qu'il n'ait suivi assiduement le cours entier des
quatre Professeurs dans une cole de Droit quelconque; alors il
subira, dans l'cole qu'il choisira, ce troisime examen, suivant la
forme prescrite pour le second. Cette troisime fois, s'il est refus,
il ne pourra plus se reprsenter.

XVI.

Afin qu'un Candidat non admis dans un Dpartement, ne subisse pas dans
un autre une preuve du mme genre que celle d'aprs laquelle il aura
t rejett, chaque cole de Droit tiendra un registre o seront
marqus les admissions et les refus. Un relev de ce registre sera
envoy, tous les mois,  Paris, aux Commissaires de l'Instruction
publique, lesquels adresseront, s'il y a lieu, un certificat portant
que le rcipiendaire a subi le genre d'examen auquel il toit tenu de
se prsenter.

XVII.

Dans les quinze derniers jours de l'anne scholastique, les tudians
en Droit non reus _Hommes de loi_, ou reus dans le cours de l'anne,
pourront se prsenter  l'cole de Droit, pour subir l'preuve
suivante, que l'on appellera _licence en Droit_. Chacun des Candidats,
 son tour qui sera rgl par le sort, soutiendra, en public, un
examen, dans lequel les concurrens lui feront, sur la manire de
l'enseignement, les questions qu'il leur plaira de proposer. Les
Professeurs seront juges, et aprs en avoir confr entre eux et pris
pour arrt l'avis de la majorit, ils proclameront la moiti des
Candidats la plus mritante, et marqueront l'ordre que chacun aura
obtenu dans leur estime. Ce tableau des places sera expos, pendant
vingt ans, dans l'cole de Droit, dans les Tribunaux de Districts du
Dpartement, dans les salles des assembles primaires, dans celles
des lecteurs, et transcrit, au Dpartement dans un registre
particulier que tous les citoyens pourront toujours consulter.

Chaque Dpartement enverra, au Commissaire du Roi charg des coles de
Droit,[6] le nom du premier de la licence. Le Commissaire du Roi fera
une liste gnrale des premiers de licence en Droit dans le Royaume;
il l'adressera  tous les Dpartemens, pour qu'elle y soit affiche,
pendant vingt ans, dans un tableau particulier. Il sera tenu de la
prsenter au Ministre de la Justice, lorsqu'il y aura des nominations
 faire par le Roi, pour le service des Tribunaux.

    [6] Il y a, dans le Royaume, vingt Facults de Droit.
    Celle de Paris,  raison du nombre des individus qui la
    composent, quivaut  trois. Sous ce rapport, on peut supposer
    vingt-deux facults. Chacune, l'une dans l'autre, peut tre
    value  six personnes, en tout, cent trente-deux. Le
    vingtime -peu-prs de ces personnes n'a pas prt le
    serment. En outre, le vingtime des places sont vacantes.
    Ainsi restent environ cent vingt personnes en activit.


_Traitement._

Dans la nouvelle organisation, il y a neuf coles de Droit  quatre
Professeurs chacune: Paris en a huit, ce qui fait en tout
quarante-quatre.

    Paris, huit fois 3,000 livres                          24,000 liv.

    Les autres coles, neuf fois 2,400 livres, multiplies
    par quatre                                             86,400

    Le traitement des Officiers-appariteurs pourra
    tre valu                                            5,000

    Total des traitemens                                  115,400


_Retraite._

Du nombre total de cent vingt individus qui composoient les Facults
de Droit dans l'tat pass, retranchant les quarante-quatre qui feront
le service des nouvelles coles, il resta soixante-seize personnes non
employes.

    Sur ce nombre, vingt-cinq au moins ont droit 
    la vtrance. Paris lui seul en a huit;  2,000 liv.   16,000

    Les autres Facults, dix-sept  1,600 livres           27,200

    La retraite des Officiers vtrans de ces Facults
    pourra tre estime                                    3,000

    Total pour les vtrans                                46,200

Les personnes qui n'ont pas la vtrance sont, d'aprs ce calcul, au
nombre de cinquante-une.

    Le choix des Dpartemens, pour former les
    nouvelles coles, tombera naturellement sur les
    personnes de moyen ge: celles qui ne seront
    pas places se trouveront dans la classe de la moindre
    anciennet pour le service: elles auront entre
    la moiti et les deux cinquimes du traitement.
    valuant, l'un dans l'autre, la part de chacun 
    1,000 livres, on a pour rsultat                       51,000

    La retraite pour les Officiers non-vtrans pourra
    s'estimer                                               3,000

    Total prsum des retraites                           100,200




COLES MILITAIRES.


    Les coles Militaires ont pour objet de former des hommes de
    guerre pour un Pays libre, des Chefs-Citoyens, des Soldats
    subordonns; de placer  ct de l'arme de grandes ppinires
    o elle puisse toujours trouver des sujets dj capables d'une
    utile activit, et par-l d'ouvrir la carrire militaire 
    toutes les classes de Citoyens, en offrant  leur disposition
    les tudes ncessaires pour obtenir les premiers grades
    d'Officiers.

    Leurs moyens sont une instruction commune sur les lmens de
    toutes les connoissances qui se rapportent  l'art de la
    guerre, la pratique de tous les exercices et de tous les
    devoirs que commande cette profession, la surveillance active
    d'anciens Officiers, qui, dans cette mme profession, ont bien
    mrit de leur Patrie; enfin, tous les ressorts de l'mulation
    et toute l'influence des bons exemples.

ARTICLE PREMIER.

Il sera tabli dans chacune des vingt-trois Divisions militaires, une
cole de Division qui sera commune  tous les Dpartemens dont se
compose la mme Division. On y recevra les sujets que leurs parens
destinent  devenir Officiers, et qui n'auront ni moins de 14 ni plus
de 16 ans. Ils y feront pendant deux ans les tudes ncessaires pour
acqurir les premires connoissances militaires; on leur enseignera le
maniement des armes, les Langues allemande et angloise, le Dessin, les
lmens de Mathmatiques appliqus  l'art de la Guerre, la
Gographie, l'Histoire, et sur-tout un Catchisme de Morale social et
politique, dans lequel seront exposs les droits et les devoirs de
l'homme en socit relativement  l'tat et  ses semblables les
Devoirs de l'homme de Guerre relativement  ses chefs et ses
subordonns.

II.

Il sera tabli six grandes coles militaires pratiques dans les Places
frontires, les plus importantes. Les jeunes gens de l'ge de 16 ans
qui auront suivi l'cole de Division pendant deux annes, seront admis
dans celles-ci par la voie du concours. Ils y rpteront pendant deux
autres annes leurs premiers cours d'tude avec plus d'tendue et de
dveloppement: on leur expliquera un trait de fortification, les
lmens de l'artillerie, et ils seront en outre exercs  la pratique
de tous les dtails et de tous les devoirs militaires. En consquence
il sera entretenu gratuitement dans chacune des grandes coles un
nombre suffisant d'lves pour former un Rgiment. Ces lves seront
nomms par les Dpartemens  proportion de ce que chacun d'eux fournit
communment, de Soldats  l'arme, et choisis de prfrence parmi les
enfans d'anciens Soldats, et les pauvres Orphelins.

III.

Ces grandes coles seront toujours tablies dans un corps de caserne,
qui n'aura point de communication immdiate avec un autre. Le Rgiment
compos des lves qui seront rpartis dans les diffrentes
Compagnies, soit comme Officiers, soit comme Soldats, et commands
par d'anciens Officiers de Troupes de ligne, qui seront susceptibles
des grades suprieurs, y fera le service intrieur; comme dans une
Place de Guerre, et devra mme concourir plusieurs jours de l'anne au
service de la Place avec le reste de la Garnison.

IV.

Les dtails de l'organisation de ces diffrentes coles, et les rgles
suivant lesquelles les lves en sortiront, pour entrer dans les
Troupes de ligne, appartenans au systme militaire, seront dtermins
par des lois particulires.




INSTITUT NATIONAL.

PROJET DE DCRETS.


ARTICLE PREMIER.

Les Acadmies et Socits savantes entretenues aux frais du Trsor
public, les Chaires tablies  Paris, au Jardin du Roi, au
Collge Royal,  celui de Navarre,  l'Htel des Monnoies, au Louvre,
au Collge des Quatre-Nations pour l'enseignement de la Littrature,
des Mathmatiques, de la Chimie et de quelques parties de la Physique,
de l'Histoire Naturelle, et de la Mdecine, seront supprimes, et il y
sera suppl comme il suit:

II.

Il sera tabli  Paris, un grand _Institut_ qui sera destin au
perfectionnement des Lettres, des Sciences et des Arts.

III.

Cet Institut sera compos de l'lite des hommes reconnus pour tre les
plus distingus dans tous les genres de savoir, et dont les uns se
runiront  des jours marqus pour confrer ensemble sur la manire
de hter les progrs de leurs travaux, tandis que les autres
enseigneront ces divers Arts ou Sciences  ceux qui dsireront
s'instruire dans ce que ces connoissances offrent de plus difficile et
de plus lev.

IV.

L'Institut national sera divis en deux grandes sections, dont chacune
sera compose de dix classes.

V.

L'une de ces sections, qui sera celle des Sciences philosophiques, des
Belles-Lettres et des Beaux-Arts, comprendra 1. la Morale; 2. la
science des Gouvernemens; 3. l'Histoire et les Langues anciennes et
les antiquits; 4. l'Histoire et les Langues modernes; 5. la
Grammaire; 6. l'loquence et la Posie; 7. la Peinture et la
Sculpture; 8. l'Architecture-dcorative; 9. la Musique; 10. l'Art
de la dclamation.

VI.

L'autre section, qui sera celle des Sciences mathmatiques et
physiques et des Arts, comprendra; 1. les Mathmatiques et la
Mcanique; 2. la Physique; 3. l'Astronomie; 4. la Chimie et la
Minralogie; 5. la Zoologie et l'Anatomie; 6. la Botanique; 7.
l'Agriculture; 8. l'Art de gurir; 9. l'Architecture sous le rapport
de la construction; 10, les Arts.

VII.

Les personnes attaches aux six premires classes de la section des
Sciences philosophiques, des Belles-Lettres et des beaux Arts, savoir:
de la Morale, de la Science des Gouvernemens, de l'Histoire tant
ancienne que moderne, de la Grammaire, de l'loquence et de la Posie,
se rassembleront pour s'organiser et tenir des sances en commun.

VIII.

De mme les personnes composant les six premires classes de la
section des Sciences Mathmatiques et Physiques et des Arts, savoir:
les classes de Mathmatiques et de Mcanique, de Physique,
d'Astronomie, de Chimie et de Minralogie, de Zoologie et d'Anatomie
et de Botanique, se runiront pour s'organiser ensemble et tenir des
sances en commun.

IX.

Chacune des quatre dernires classes des deux sections, savoir: dans
l'une, la Peinture et la Sculpture, l'Architecture-dcorative, la
Musique, l'Art de la dclamation; et dans l'autre, l'Agriculture,
l'Art de gurir, l'Architecture-construction et les Arts, tiendra des
sances particulires.

X.

Nanmoins aux sances particulires de ces huit classes, seront
admises, comme membres intimes, les personnes attaches  celles des
six premires classes des deux sections qui auront des rapports
directs avec leurs travaux; c'est--dire, que les membres des classes
de Posie, d'Histoire et d'Anatomie seront admis aux sances de la
classe de Sculpture et de Peinture; que ceux de la classe
d'Architecture dcorative le seront aux sances de la classe
d'Architecture-construction; que ceux de la classe d'loquence et de
Posie, seront reus dans celles de la classe de Dclamation; que ceux
des classes de Botanique et de Chimie le seront dans celles de la
classe d'Agriculture; que ceux des classes de Chimie, d'Anatomie et de
Botanique le seront dans celles de la classe de l'Art de gurir; que
ceux de la classe de Mathmatiques et de Mcanique le seront dans
celles de la classe d'Architecture considre sous le rapport de la
Construction; et que ceux des classes de Mcanique, de Physique, de
Chimie et de Botanique le seront dans celles de la classe des Arts.

XI.

Chacune de ces Divisions ou Classes sera dirige dans ce qui sera
commun  toutes, c'est--dire, pour ce qui concernera la tenue des
assembles, les fonctions des Officiers, le choix des membres, les
travaux en gnral et l'Administration des fonds, par un Rglement
commun que le comit central, dont il est parl dans l'article 37,
rdigera. De plus chacune aura, pour ce qui sera relatif  ses
occupations et fonctions propres, un rglement particulier.

XII.

Il n'y aura dans ces Divisions ou classes des deux Sections de
l'Institut National aucun office perptuel. Le Directeur sera lu au
Scrutin pour une anne. La majorit absolue sera ncessaire dans cette
lection. Le Secrtaire sera lu de mme, mais pour dix annes
seulement, aprs lesquelles il sera procd  une nouvelle lection.
L'ancien Secrtaire pourra tre lu de nouveau.

XIII.

Il rgnera parmi tous les Membres de l'Institut National une parfaite
galit. Chacun d'eux aura le droit d'assister aux sances ou
exercices de toutes les Divisions ou Classes qui le composent. Il y
aura mme pour eux des places marques; mais ils n'auront voix
dlibrative que dans celle des Divisions ou Classes auxquelles ils
appartiendront, comme membres intimes.

XIV.

Les lections des membres de l'Institut seront faites au scrutin et 
la majorit absolue des suffrages, soit dans chacune des deux
Divisions formes des six premires classes de chaque Section, soit
dans chacune des huit autres classes qui s'assemblent sparment, sans
que ces lections aient besoin, pour tre valables, d'tre confirmes.
Le Roi fera dlivrer une patente aux nouveaux reus pour constater
leur nomination.

XV.

Un mois avant de procder  l'lection, il sera fait par les divisions
ou classes, dans la Section de laquelle la place sera vacante, une
liste d'ligibles, qui demeurera affiche dans les salles d'assemble
jusqu'au jour de l'lection. Dans la Section des sciences
Mathmatiques et Physiques, la principale division et les quatre
autres classes seront autorises  faire rciproquement des listes
d'ligibles lorsqu'il vaquera une place; dans l'une d'elles. Dans la
Section des sciences Philosophiques, des Belles-Lettres et des Beaux
Arts, les deux dernires classes ne feront point de liste d'ligibles
pour la division o les six premires classes seront runies.

XVI.

Le nombre des membres de chaque division ou classe de l'Institut, sera
fix comme il suit.

La premire division forme des six premires classes de la Section
des sciences Philosophiques, belles Lettres et Beaux Arts, sera
composs de 64 Membres; savoir, de 8, pour la classe de Morale; de 8,
pour celle de la science des Gouvernemens; de 12, pour la classe
d'Histoire, des Langues anciennes et des antiquits, de 12, pour celle
de l'Histoire et des Langues modernes; de 8, pour la classe de la
Grammaire; et de 16, pour celle d'loquence et de Posie.

La seconde division forme des six premires classes de la Section des
sciences Mathmatiques et Physiques et des Arts, sera galement
compose de 64 Membres; savoir, de 16, pour la classe de Mathmatiques
et de Mcanique; de 8, pour celle de Physique; de 8, pour celle
d'Astronomie; de 12, pour la classe de Chimie et de Minralogie; de
12, pour la classe de Zoologie et d'Anatomie; et de 8, pour celle de
Botanique[7].

    [7] L'ingalit du nombre des membres de chacune des
    classes dans ces deux grandes sections de l'Institut, a paru
    ncessaire: 1. parce que tous les genres d'tude et de savoir
    ne sont pas galement utiles et ne doivent pas tre galement
    cultivs; 2. parce que certains ordres de connoissances
    n'existant que dans l'Institut, il a paru convenable de
    chercher  les y multiplier. L'Algbre et la Gomtrie
    transcendante sont dans ce cas. D'autres parties, telles que
    la Chimie, l'Anatomie, etc. trouveront ailleurs des
    encouragemens.

    Cette ingalit des membres de chacune des classes est
    d'ailleurs sans inconvnient: 1. parce que les pensions
    seront dornavant distribues  raison de l'anciennet,
    considre dans toute l'tendue de la division ou classe; 2.
    parce que, dans aucun cas, les classes de la Section n'auront
     se contrebalancer entre elles.

La classe d'Agriculture sera compose de 60 membres.

La classe de l'Art de gurir sera compose des personnes les plus
habiles dans les diffrentes parties de cet Art, c'est--dire, dans la
Mdecine, dans la Chirurgie, dans la Pharmacie et dans l'Art
Vtrinaire; elle sera forme de 60 membres, dans les proportions
suivantes. Il y aura trois cinquimes de Mdecins, un cinquime de
Chirurgiens, et un cinquime de Pharmaciens et de Mdecins
Vtrinaires.

XVII.

Les divisions ou classes qui auront le perfectionnement de l'Histoire
Naturelle, de la Physique et de la Mdecine pour objet, publieront
annuellement les recueils de leurs mmoires, et elles entretiendront
avec les Savans, soit Rgnicoles dans les 83 Dpartemens, soit
trangers, une correspondance exacte et suivie, dans l'intention de
recueillir les dcouvertes utiles  l'humanit.

XVIII.

Les classes de Peinture et de Sculpture, celles
d'Architecture-dcorative et d'Architecture-construction, celle des
Arts Physiques et Mcaniques, celle de Musique et de Dclamation,
formeront des coles lmentaires, dont les Matres, en mme-temps
qu'ils se runiront, pour traiter de leur Art, seront occups du soin
de former des lves. Ces coles seront organises -peu-prs sur le
mme plan que les coles de Peinture et de Sculpture actuelles, avec
des changemens et des modifications qui seront proposs par ceux que
l'opinion publique a fait connotre comme les plus habiles dans les
diffrens Arts dont il s'agit.

XIX.

Les divisions ou classes de l'Institut national rendront compte 
chaque lgislature; 1. De leurs travaux annuels, des progrs de l'art
ou de la science dont elles seront occupes, et de la part, qu'elles y
auront eue; 2. Du choix de leurs membres et des motifs qui les auront
dtermines dans leurs choix.

XX.

Les fonds dont chaque division ou classe de l'Institut pourra
disposer, seront remis  un Trsorier qui sera choisi parmi les
membres de la division ou classe,  laquelle il rendra ses comptes
deux fois l'anne. L'lection du Trsorier se fera au scrutin et  la
majorit absolue. Cette lection aura lieu tous les quatre ans.

XXI.

Les fonds attribus aux diffrentes divisions ou classes, devront
servir  payer; 1. les frais des sances, de la correspondance et du
secrtariat; 2.  payer les frais des expriences, recherches et
travaux divers; 3.  stipendier une partie des membres de chaque
division ou classe: le tout conformment au tableau ci-joint.




TABLEAU

_De la distribution des fonds._


En rdigeant le tableau des fonds qu'on prsente ici, on n'a fait
presque aucun changement dans la distribution adopte par les
Acadmies actuelles. Lorsque les Sections de l'Institut seront
formes, leurs besoins seront mieux connus; et le Comit d'Instruction
dont il est parl article LII, en donnera un tat plus exact et mieux
motiv qu'on ne pourroit faire ici.

1. Pour les six premires classes de la premire Section de
l'Institut.

    Le revenu actuel de l'Acadmie Franoise est de            25,217 l.

    Celui de l'Acadmie des Inscriptions et des Belles-Lettres,
    de                                                         43,908

    Total                                                      69,125

On propose d'attribuer ce revenu  la division forme des six
premires Classes de la Section des Sciences Philosophiques, des
Belles-Lettres et des beaux Arts.

Une addition peu considrable pour les classes de Morale et de
Politique qui sont nouvelles, suffiroit pour achever le traitement de
cette premire partie de l'institut. On peut croire que ce seroit
assez de 75,000 livres pour les pensions et autres dpenses: il n'y
auroit donc qu'une addition de 5,875 liv.  faire pour cet objet.

2. Pour la septime classe de la premire Section.

La classe de la Peinture et de la Sculpture, ne demande pour tous ses
travaux et pour tous les frais de l'cole, soit  Paris, soit  Rome,
que la somme de 110,830 liv.

3. Pour la huitime classe de la premire Section.

La classe d'Architecture dcorative demande un revenu annuel de 31,000
liv.

4. Pour les classes neuvime et dixime de la premire Section.

On ne peut savoir d'une manire prcise qu'aprs la formation de ces
classes, ce qu'elles pourront demander; mais cette dpense ne peut
tre considrable.

5 Pour les six premires classes de la premire Section de
l'Institut,

    le revenu actuel de l'Acadmie des Sciences
    est de                                              93,458 l. 10s.

    Cette somme sera attribue  la division forme
    des six premires classes de la Section des
    Sciences Mathmatiques, et Physiques et des
    Arts, comme il suit:

    Pour huit pensions de 3,000 liv                     24,000

    Pour huit pensions de 1,800 liv                     14,400

    Pour seize pensions de 1,200 liv.                   19,200

    Pour le Secrtaire                                   3,000

    Pour le Trsorier                                    3,000

    critures                                              600

    Dpenses courantes                                   1,600

    Frais d'expriences et prix                         27,658

    Total                                               93,458

6. Pour la septime classe de la Section seconde.

La Socit d'Agriculture qui formera la septime classe de la Section
seconde, demande un revenu annuel de 25,000 liv.

7. Pour la huitime classe de la Section seconde.

Le revenu actuel de la Socit de Mdecine est de 36,200 livres.

En adjoignant  la classe de l'art de gurir, 1., des Chirurgiens;
2. des Pharmaciens; 3. des Vtrinaires; 4. un Hpital, dont les
Officiers de sant seront choisis parmi les Membres de cette classe,
on propose de porter son revenu  46,000 livres, qui suffiroient pour
toutes les dpenses, et qui seroient distribues comme il suit:

    Au Secrtaire                                        3,000

    Au premier commis                                    1,800

    Au second commis                                     1,000

    Frais de Bureaux, de correspondance, de Sances
    particulires et publiques                           3,000

    Frais d'expriences et de recherches.                8,000

    Prix                                                 3,200

    En pensions                                         26,000

    Total                                               46,000

    _Nota._ Les fonds de l'Acadmie Royale de Chirurgie, qui doit
    tre runie  la Socit de Mdecine pour former la huitime
    classe de la seconde Section, pourront tre employs en
    dduction de la somme prcdente.

8. Pour les neuvime et dixime classes de la seconde Section.

On ne peut, avant que ces deux classes soient formes, donner un
tableau de leurs dpenses.

XXII.

Les chaires annexes  l'Institut national pour l'enseignement de ce
qu'il y a de plus transcendant et de plus lev dans les connoissances
humaines, seront les suivantes:

    1. Pour la logique, la morale et la science
    des Gouvernemens                                     deux chaires.

    2. Pour l'histoire et les langues anciennes
    et pour les antiquits                               deux chaires.

    3. Pour l'histoire et les langues modernes,
    pour l'histoire de France, pour l'tude des titres
    diplmes et mdailles                                deux chaires.

    4. Pour la Grammaire                                  une chaire.

    5. Pour l'instruction des sourds et muets             une chaire.

    6. Pour celle des aveugles                            une chaire.

    7. Pour l'loquence et la posie                    deux chaires.

    8. Pour les Mathmatiques et la Mcanique
    considres dans toute leur tendue                 trois chaires.

    9. Pour la Physique exprimentale                     une chaire.

    10. Pour l'Astronomie                                 une chaire.

    11. Pour la Chimie, la Minralogie, la Mtallurgie
    et la Chimie des Arts                                deux chaires.

    12. Pour la Gographie souterraine, etc.              une chaire.

    13. Pour la Zoologie, c'est--dire, pour la
    connoissance de toutes les classes d'animaux        trois chaires.

    14. Pour l'Anatomie humaine et compare,
    et pour la Physiologie exprimentale                 deux chaires.

    15. Pour la Botanique                                 une chaire.

    16. Pour l'Agriculture, c'est--dire, pour
    l'conomie rurale et domestique et pour la
    Botanique des Arts                                   deux chaires.

    17. Pour l'enseignement de ce qui concerne,
     1. la nature et le traitement des pidmies;
     2. les pizooties;
     3. les divers objets de salubrit publique        trois chaires.

    18. Pour l'enseignement des Beaux-Arts et
    des Arts mcaniques, dont les coles seront
    annexes  l'Institut[8]                                  chaires.

    [8] On laisse ce nombre indtermin, parce que plusieurs
    de ces coles ne sont pas encore tablies, et que toutes
    celles qui existent, doivent subir une rforme; mais ces
    chaires, destines  un enseignement lmentaire, sont d'une
    nature tout--fait diffrente de celles dont il est parl plus
    haut.

XXIII.

Avant de procder  l'lection des Professeurs, et en se conformant 
tout ce qui est prescrit par l'article XV pour l'lection des membres,
il sera fait une liste d'ligibles, lesquels seront indiqus, soit
parmi les membres eux-mmes, soit hors de l'Institut; et un mois aprs
il sera procd au scrutin dans la division ou classe ayant pour objet
l'art ou la science qu'il s'agira d'enseigner. La majorit absolue des
suffrages sera ncessaire dans cette lection.

Le Roi fera dlivrer des patentes aux sujets lus, et les divisions ou
classes de l'Institut rendront compte  chaque Lgislature des motifs
qui les auront dtermines dans le choix des Professeurs.

XXIV.

Ces lections des Membres et des Professeurs de l'Institut, ne seront
faites par ces divisions ou classes que pendant la session de la
Lgislature, dont la surveillance rendra les divisions ou classes de
l'Institut plus attentives  n'avoir gard qu'au seul mrite dans leur
choix; en consquence, s'il vaque une place de Professeur dans un
autre temps que dans celui de la session de la Lgislature, afin que
le service public n'en souffre point, la division ou classe  laquelle
la chaire vacante sera annexe, chargera _provisoirement_ l'un de ses
Membres de remplir les fonctions de cet enseignement.

XXV.

La dure du Professorat sera de dix annes, aprs lesquelles il sera
procd  une nouvelle lection, dans laquelle l'ex-Professeur sera
ligible.

XXVI.

Chacun des Professeurs enseignera pendant neuf mois de l'anne, en
faisant trois leons dans chaque semaine; il se prtera  toutes les
explications qui lui seront demandes par les lves qu'il formera
plus srement encore dans des entretiens familiers que dans des
coles: l'intention de l'Assemble Nationale tant d'applanir, le plus
qu'il lui sera possible, les difficults sans nombre qui se prsentent
dans cette partie de l'instruction publique.

XXVII.

Les Professeurs lus se soumettront  ne faire chez eux aucun
enseignement particulier sur le sujet qui doit tre celui de leur
cours public, dans lequel ils ne pourront jamais se faire remplacer
que pour un temps trs-court, et pour les motifs les plus pressans; il
ne leur sera en consquence jamais nomm de survivancier, ni
d'adjoint.

XXVIII.

L'un des Hpitaux de la Capitale sera annex  la classe de l'art de
gurir, qui nommera, suivant la forme d'lection dj prescrite,
article XV, un Mdecin, un Chirurgien et un Pharmacien pour le
desservir. Dans cet Hpital seront faits, avec tout le soin et la
prudence possibles, et toujours d'aprs l'avis de la majorit absolue
de la classe, les recherches et observations propres  hter les
progrs de cet art.

La classe d'Agriculture sera galement mise en jouissance d'un
terrein situ prs de Paris, lequel dpendra du Jardin des Plantes, et
o elle pourra faire ses essais et ses travaux[9].

    [9] C'est principalement pour cultiver les plantes dont
    elle envoie les graines comme essais aux Dpartemens, que la
    classe d'Agriculture a besoin de cet emplacement, qui ne devra
    pas tre bien considrable.

XXIX.

Les honoraires attachs  chaque Chaire seront de 4,000 l.,
indpendamment de frais d'exprience et de travaux, auxquels il sera
pourvu sparment par le Trsor public.

XXX.

A l'Institut national seront annexs tous les tablissemens publics
relatifs aux Lettres, aux Sciences et aux Arts, ainsi toutes les
Bibliothques publiques, le _Musum_, les diverses collections de
machines, d'instrumens de physique et d'astronomie, de chirurgie, de
matire mdicale, de mdailles, de statues, de tableaux, les jardins
de botanique, etc. lesquels sont dans le domaine de la Nation, seront
attachs  cet Institut, qui n'appartenant lui-mme  aucun
Dpartement, mais tant un centre unique d'mulation et de travail, ne
sera occup que du soin de recueillir et de rpandre sur toutes les
parties de l'Empire les connoissances utiles  la culture des Arts et
au perfectionnement de l'esprit.

XXXI.

Parmi les divers tablissemens qui doivent tre en rapport avec les
classes de l'Institut, il en est qui conviennent  toutes, tels que
les Bibliothques publiques; il en est qui ne conviennent qu'
certaines classes en particulier: tels sont le Jardin des Plantes, qui
doit tre en relation avec les classes de botanique, d'agriculture et
de l'art de gurir; les divers _Musum_ d'Histoire naturelle, qui
doivent principalement servir aux travaux des classes de Minralogie,
de Botanique, de Zoologie, d'Anatomie et de l'Art de gurir; les
collections des Machines, qui doivent servir  ceux des classes et des
coles de Mcanique et des Arts; le Cabinet de Physique, qui concerne
l'cole et la classe de Physique exprimentale; celui d'Anatomie,
l'arsenal de Chirurgie, et une collection d'Animaux vivans, qui
concernent les classes de Zoologie, d'Anatomie et de l'Art de gurir;
les diffrens Observatoires, qui doivent servir  la classe et 
l'cole d'Astronomie; les collections de Modles, de Mdailles, de
Bustes, de Statues, les galeries de Tableaux, qui serviront aux
travaux, des classes et des coles d'Histoire, de Peinture, de
Sculpture et d'Architecture.

XXXII.

La disposition de ces diverses collections sera faite d'aprs les
plans fournis par les classes respectives de l'Institut. Des
Directeurs responsables[10], choisis parmi les gens de l'Art,
membres, ou non, de l'Institut, seront nomms par le Roi, dont les
Commissaires prendront toutes les mesures possibles, pour que les
membres de l'Institut y soient, ainsi que le public, reus de manire
 y suivre facilement leurs travaux.

    [10] Ainsi, chaque tablissement relatif aux Sciences et
    aux Lettres, et destin  la conservation, soit des livres et
    manuscrits, soit des mdailles, soit des tableaux et statues,
    soit des divers morceaux d'Histoire naturelle, d'Anatomie,
    etc., etc., sera confi  des Directeurs responsables, qui
    administreront sous la surveillance d'un des Commissaires du
    Roi, dont il est parl article XLIII et XLIV.

XXXIII.

Tous les tablissemens publics, relatifs  ceux-ci, appartenans
galement  la Nation, et placs dans les quatre-vingt-deux autres
Dpartemens, auront aussi des rapports, et seront, en correspondance
avec l'Institut, auquel il sera envoy des catalogues exacts de toutes
les collections, afin qu'il existe un rpertoire gnral de toutes les
richesses physiques et littraires de l'Empire.

XXXIV.

Il sera tabli dans le Louvre, de concert avec le Roi, et dans le
Collge des Quatre-Nations, des logemens convenables, soit pour les
divisions ou classes de l'Institut national, soit pour les Chaires qui
y seront annexes, de sorte que chacune ait  sa porte des
laboratoires pourvus de tous les instrumens et machines ncessaires 
ses travaux[11].

    [11] L'Institut National a besoin de trois sortes
    d'emplacemens: le premier, pour ses sances; le second, pour
    les collections qui lui sont ncessaires; le troisime, pour
    les laboratoires et les leons que doivent donner les
    Professeurs.


. I.

_Emplacement pour les Sances de l'Institut National._


L'Institut est compos de deux grandes sections, qui comprennent vingt
classes, dont les unes s'assemblent en commun et les autres
sparment.

Chaque runion de classes a besoin d'une grande salle pour ses sances
communes; mais chaque classe pouvant avoir  se rassembler d'une
manire isole, il faut que des salles moins tendues soient rserves
pour cet usage.

Les classes qui se runissent sparment, telles que celles de l'art
de gurir, de Peinture, etc. se divisent souvent en Comits pour des
travaux particuliers; il faut encore que ces Comits soient logs
convenablement.

Conformment  ces donnes, nous proposons la distribution suivante:

    1. Pour les sances des six premires
    classes de la premire Section de l'Institut,
    comprenant la Morale, la Science du Gouvernement,
    l'Histoire et les Belles-Lettres                  une grande salle
                                                    avec deux ou trois
                                              pices pour les Comits.

    2. Pour la classe de Peinture, Sculpture et
    Gravure                                           une grande salle
                                                 avec deux pices pour
                                                          les Comits.

    3. Pour la classe d'Architecture-dcorative
                                                      une grande salle
                                                      avec une ou deux
                                              pices pour les comits.

    4. Pour la classe de Musique                     une grande salle

    5. Pour la classe de Dclamation                 une grande salle

    6. Pour les sances des six premires
    classes de la seconde Section de l'Institut,
    comprenant les sciences mathmatiques et
    physiques                                         une grande salle
                                                     avec trois salles
                                                 d'une moindre tendue
                                                     pour les Comits.

    7. Pour la classe d'Agriculture                  une grande salle
                                                      avec deux pices
                                                     pour les Comits.

    8. Pour la classe de l'art de gurir             une grande salle
                                                      avec deux salles
                                                 d'une moindre tendue
                                                     pour les Comits.

    9. Pour la classe d'Architecture-construction    une grande salle
                                                 avec plusieurs autres
                                           salles pour l'tablissement
                                                       de cette cole.

    _Nota._ Les salles destines aux sances de cette classe et de
    ses comits, seront places prs des salles destines aux
    assembles de la classe d'Architecture-dcorative, qui fait
    partie des beaux Arts.

    10. Pour la classe des Arts                      une grande salle
                                                  avec quelques autres
                                                   pices collatrales
                                                     pour les comits.

    Total                                           dix grandes salles

Pour les assembles des divisions ou des classes de l'Institut.

Ces dix salles seroient places au Louvre.

    _Nota._ Les petites salles destines  des runions
    particulires ou  des comits, n'ont pas besoin d'avoir une
    grande tendue; il suffit que huit ou dix personnes puissent y
    tre places commodment.


. II.

_Emplacemens pour les collections destines  l'usage des diverses
Classes de l'Institut National._


    I. Collections ou tablissemens utiles  toutes les classes.

    1. Bibliothque commune.

      {_La Bibliothque du Roi_,  }
      {_celle des Quatre-Nations_.}

    2. Une Imprimerie, pourvue de caractres de tous les genres.

      (_Elle seroit tablie au Louvre._)

    3. Un Bureau de traduction, destin  faire connotre les
    lettres crites et les ouvrages utiles publis dans des
    langues trangres par les Correspondans de l'Institut.

      (_Au Louvre._)


    II. Collections destines aux diffrentes Classes de
    l'Institut.

    1. Collection de mdailles et de pierres graves.

      (_A la Bibliothque du Roi._)

        Pour la Classe d'Histoire.

    2. Collection de tableaux, de statues antiques et modernes,
    de bustes, reliefs et gravures.

      (_Au Louvre._)

        Pour la Classe de Peinture et Sculpture.

    3. Collection de dessins et modles.

      (_Au Louvre._)

        Pour la Classe et pour l'cole d'Architecture.

    4. Collection de modles relatifs  l'Architecture navale.

      (_Au Louvre._)

        Pour la Classe d'Architecture et pour l'cole de Navigation.

    5. Collection d'instrumens de musique et des oeuvres des
    grande Artistes dans ce genre.

      (_Au Louvre._)

        Pour la Classe de Musique.

    6. Collection de costumes, etc.

      (_Au Louvre._)

        Pour la classe de Dclamation.

    7. Collection d'instrumens de Mathmatiques, de Physique et
    d'Astronomie.

      (_A l'Observatoire et au Collge des Quatre-Nations._)

        Pour les Classes de Mathmatiques, de Physique et d'Astronomie.

    8. Collection de cartes de Gographie physique et souterraine.

      (_Au Collge des Quatre-Nations._)

        Pour les Classes de Physique et de Chimie, de Zoologie et de
        Botanique.

    9. Collection de Minralogie.

      {             _Cabinet du Roi_,              }
      {_Cabinet des Mines de l'Htel des Monnoies_.}

        Pour la Classe de Chimie et de Minralogie.

    10. Collection des produits du Cours de Chimie et d'essais
    des Mines.

      (_Au Collge des Quatre-Nations._)

        Pour la Classe de Chimie, de Minralogie et de Mtallurgie.

    11. Collection d'animaux morts et conservs.

      (_Cabinet du Roi._)

        Pour la Classe de Zoologie et d'Anatomie.

    12. Collection de portions d'animaux dissqus, prpars et
    conservs,
      d'Anatomie {naturelle.
                 {artificielle.

        (_Cabinet de l'cole Vtrinaire._)

    Auxquelles collections seront faites les additions ncessaires.

      (_Au Collge des Quatre-Nations._)

        Pour la Classe d'Anatomie, de Zoologie et l'art de gurir.

    13. Collection d'animaux vivans ou Mnagerie.

      (_Au Jardin du Roi._)

        Pour la Classe de Zoologie et d'Anatomie.

    14. Collection de vgtaux et de parties de vgtaux,
    Herbiers, Serres, Jardins.

      (_Jardin et Cabinet du Roi._)

        Pour la Classe de Botanique et l'art de gurir.

    15. Collection d'instrumens aratoires.

      (_Elle sera place au Jardin du Roi._)

        Pour la Classe d'Agriculture.

    16. Collection d'ossemens et d'organes malades, prpars et
    conservs en nature, ou reprsents en cire, en peinture ou en
    dessin.

      (_Au Collge des Quatre-Nations._)

        Pour la Classe de Mdecine.

    17. Collection d'instrumens et d'appareils de Chirurgie de
    tous les genres. _Armamentarium._

      (_Au Collge des Quatre-Nations._)

        Pour la Classe de Mdecine et Chirurgie.

    18. Collection de Matire mdicale et de Pharmacie.

      (_Au Collge des Quatre-Nations._)

        Pour la Classe de Mdecine, Chirurgie et Pharmacie.

    19. Collection d'instrumens propres  l'art vtrinaire,  la
    forge et la fabrication des fers, etc.

      (_Au Collge des Quatre-Nations._)

        Pour la Classe de Mdecine, Chirurgie, Pharmacie et de l'art
        vtrinaire.

    20. Collection d'instrumens et de modles pour les divers
    atteliers des Arts.

      (_Au Collge des Quatre-Nations)._

        Pour la Classe des Arts.


. III.

_Emplacement propres aux Laboratoires et aux divers enseignemens dont
se charge l'Institut._

COLES DE L'INSTITUT.


    1. Pour les six premires Classes de la premire Section.

    Deux grandes salles suffiront pour leur enseignement.

      (_Au Collge des Quatre-Nations._)

    2. Pour l'cole de Peinture, Sculpture et Gravure.

    Cette cole runissant l'enseignement tout entier, le nombre
    des salles sera dtermin par la demande des Professeurs.

      (_Au Louvre._)

    3. Pour l'Architecture.

    L'Architecture tant dans le mme cas que la Peinture et la
    Sculpture, le nombre des salles ncessaires sera dtermin
    conjointement avec les Professeurs.

      (_Au Louvre._)

    4. Pour la Musique.

    De mme.

      (_Au Louvre._)

    5. Pour les Mathmatiques, la Mcanique, la Physique et
    l'Astronomie.

    Une salle ou un amphithtre.

      (_Au Collge des Quatre-Nations._)

    6 Pour l'Astronomie.

    Un Observatoire garni de tous ses instrumens.

      (_Au Collge des Quatre-Nations._)

    7. Pour la Chimie, la Minralogie, la Mtallurgie et la
    Gographie souterraine.

    Un amphithtre ou salle d'enseignement, et un grand
    laboratoire qui y soit annex.

      (_Au Collge des Quatre-Nations._)

    8. Pour la Zoologie et l'Anatomie.

    Un amphithtre et plusieurs salles ou galeries de dissections
    et de prparations qui y soient annexes.

    De plus, une salle de dissection tablie dans un des Hpitaux
    de la capitale.

    9. Pour la Botanique.

    Un amphithtre.

      (_L'Amphithtre du Jardin du Roi._)

    10. Pour l'Agriculture.

    Une salle.

    Cette cole sera tablie prs de la collection des instrumens
    aratoires.

       (_L'amphithtre du Jardin du Roi._)

    11. Pour la Mdecine humaine et vtrinaire.

    Une salle.

       (_Au Collge des Quatre-Nations._)

                                 {au Dessin,     }
                                 { la Physique, }
    12. Pour les arts relatifs  { la Mcanique,}   un amphithtre.
                                 { la Chimie,   }
                                 { la Botanique,}

    Dans la salle ou amphithtre de Physique.

       (_Au Collge des Quatre-Nations._)

    _Nota._ 1. Les collections et les laboratoires doivent tre
    placs prs des salles ou amphithtres destins 
    l'enseignement, afin que les Professeurs y trouvent, sans
    peine, les divers objets dont ils pourront avoir besoin. Ces
    collections et ces laboratoires serviront aussi aux travaux et
    recherches des divisions des classes de l'Institut.

    _Nota._ 2. La Physique, la Chimie et l'Anatomie auront besoin
    d'emplacemens trs-tendus et trs-ars. Peut-tre que
    l'emplacement destin  l'Anatomie devroit tre annex  l'un
    des plus grands Hpitaux de la Capitale.

XXXV.

Les Directeurs des Bibliothques publiques prendront des mesures pour
que tous les ouvrages qui sont publis dans tous les genres et dans
toutes les langues quelconques, soient achets. Il sera fait des fonds
 cet effet. Ces livres, aprs avoir t inscrits sur les registres de
la Bibliothque, seront examins par les classes respectives de
l'Institut, et ceux qui seront distingus par elles, seront traduits
en tout ou en partie par des interprtes qui seront attachs  cet
effet, en nombre suffisant,  la Bibliothque publique.

XXXVI.

Il sera tabli, soit au Louvre, soit au Collge des Quatre Nations, une
Imprimerie pourvue de tous les caractres  l'usage des Sciences, de
ceux des Langues anciennes et modernes, laquelle sera destine au
service des classes de l'Institut.

XXXVII.

Pour mettre de l'ordre et de l'unit dans ce grand tablissement, il
sera form un comit central qui sera compos de vingt membres;
chacune des vingt classes de l'Institut ayant le droit d'en nommer un.

XXXVIII.

Ces lections seront renouvelles tous les ans par les classes
respectives de l'Institut, au scrutin et  la majorit des suffrages.

XXXIX.

Le comit central de l'Institut nommera au scrutin et  la majorit
absolue, un Directeur et un Secrtaire.

XL.

Le comit central de l'Institut s'assemblera deux fois chaque mois, et
plus souvent s'il y a lieu.

XLI.

Ses fonctions seront de surveiller les travaux de l'Institut, de
stipuler en gnral pour ses intrts, c'est--dire, pour ceux des
Lettres, des Sciences et des Arts; de s'assurer de l'exactitude des
Professeurs  remplir leurs devoirs; de rpondre aux demandes qui
pourront lui tre faites concernant l'Instruction publique, de la part
des Dpartemens, Districts ou Municipalits; de rgler les diffrens
qui pourront s'lever entre les classes, et de proposer les
amliorations  faire, soit dans l'Institut, soit dans les
tablissemens qui lui seront annexs.

XLII.

Lorsque les divisions ou classes de l'Institut, voulant fixer
l'attention publique sur un sujet de mditation ou d'tude, auront
besoin de fonds extraordinaires, soit pour proposer des prix, soit
pour faire une suite d'expriences et de recherches, elles
s'adresseront au comit central, lequel fera parvenir son voeu 
l'Assemble Nationale, aprs avoir jug s'il n'y a pas pour cette
fois un trop grand nombre de demandes de ce genre faites par les
classes de l'Institut, qui devront se concerter entre elles pour
l'ordre et le succs de leurs travaux.

XLIII.

Les Commissaires pour l'Instruction publique seront chargs de
surveiller la partie administrative de l'Institut national et des
tablissemens qui lui seront annexs, et d'y maintenir l'excution de
la loi. Les patentes des membres de l'Institut et des Professeurs
seront remises par eux; ils assisteront aux sances du comit central
avec lequel ils concourront, de tous leur moyens, aux progrs des
Sciences et des Arts.

XLIV.

Les membres intimes des Acadmies et socits savantes[12], telles
qu'elles existent dans l'ordre actuel, seront remplacs dans les
classes respectives de l'Institut projett. On suivra dans ce
remplacement l'ordre de l'anciennet de rception, dans les Acadmies
ou Socits. Lorsque le nombre des places arrtes pour les divisions
ou classes de l'Institut sera rempli, ceux qui, conformment  ce
Dcret, y auront des droits, seront rangs, toujours suivant l'ordre
de leur rception, dans une classe de surnumraires qui jouiront des
mmes droits que les autres auxquels ils succderont, comme il est
rgl ci-aprs.

    [12] _Nota._ Les Acadmies et Socits savantes sont:

    1.  L'Acadmie Franoise;
    2.  L'Acadmie des Inscriptions et Belles-Lettres;
    3.  L'Acadmie des Sciences;
    4.  Le Collge Royal;
    5.  La Socit de Mdecine;
    6.  L'Acadmie de Chirurgie;
    7.  La Socit d'Agriculture;
    8.  L'Acadmie de Peinture et de Sculpture;
    9.  L'Acadmie d'Architecture;
    10. Les coles de Chant et de Dclamation.

XLV.

Lorsqu'il vaquera une place parmi les membres de divisions ou classes
de l'Institut, elle sera remplie par le plus ancien des surnumraires,
tant qu'il y en aura. Lorsqu'il en aura vaqu deux, il sera en outre
nomm un nouveau membre qui prendra place  la suite de tous les
surnumraires. A l'avenir ce titre sera pour toujours supprim dans
l'Institut.

XLVI.

A l'avenir, les pensions attribues  l'Institut, seront rparties 
raison de l'anciennet de rception dans les divisions et dans les
classes dont cet tablissement est form. Il ne sera rien innov 
l'gard des pensions accordes jusqu' ce jour par les Acadmies ou
Socits savantes,  ceux de leurs membres qui seront remplacs dans
l'Institut.

XLVII.

Les classes d'associs honoraires, tablies dans les Acadmies, sont
abolies.

XLVIII.

Ceux qui, dans les Acadmies ou Socits savantes actuelles, occupent
des places d'associs libres, seront conservs avec le mme titre prs
des divisions ou classes respectives de l'Institut, dans lequel il n'y
aura plus d'associs libres  l'avenir.

XLIX.

Il sera libre aux divisions ou classes de l'Institut, de s'attacher,
sous les noms d'associs et de correspondans rgnicoles ou trangers,
les personnes qui pourront les aider dans leurs travaux.

L.

Les titulaires des chaires conserves continueront, en se conformant
aux nouvelles lois, les fonctions de leur enseignement; et jusqu' ce
que l'Institut soit form, ils feront, comme ci-devant, avec les mmes
honoraires qu'ils ont reus jusqu'ici, les leons dont ils ont t
chargs.

LI.

Les titulaires des chaires supprimes par l'article premier, seront
nomms de prfrence  celles dont l'enseignement est le mme dans le
nouvel Institut.

LII.

Les commissaires de l'instruction, nommeront, pour la premire fois
seulement, sur la prsentation du comit central, les membres qui
devront composer les classes de nouvelles cration; savoir: les
classes premires, deuxime et dixime de la premire section, et les
classes neuvime et dixime de la seconde section de l'Institut, ainsi
que les Professeurs des chaires nouvellement tablies. Toutes les
classes de l'Institut tant ainsi complettes, liront elles-mmes les
associs et les Professeurs, conformment aux rgles prescrites par
les prsens Dcrets.




DES BIBLIOTHQUES.


ARTICLE PREMIER.

Il y aura dans chaque Dpartement une Bibliothque, sous l'inspection
particulire du Directoire du Dpartement; et dans les villes o il se
trouvera une Bibliothque de Municipalit dj tablie, elle pourra
servir de Bibliothque de Dpartement, et sera sous la surveillance du
Directoire du Dpartement.

Les quatre premiers articles du prsent Dcret seulement, ne sont
point relatifs aux tablissemens littraires de Paris.

II.

Chaque Bibliothque sera plus ou moins considrable, selon la
proportion de l'tendue et de la population, des richesses littraires
ou mme des Contributions du Dpartement.

Les volumes dont elles seront composes, seront prlevs dans les
Bibliothques ecclsiastiques et des communauts Religieuses, et dans
celles des autres tablissemens supprims, aprs toutefois que l'tat
desdits livres aura t pralablement dress et envoy aux
Commissaires de l'Instruction publique, qui donneront autorisation et
dtermineront l'emploi, ou le mode de la vente du surplus.

III.

Il ne pourra y avoir pour chaque Bibliothque moins de deux ni plus de
quatre Bibliothcaires.

Le premier ne pourra avoir moins de 1,500 livres, ni plus de 3,000
livres.

Chacun des autres 2,000 livres au plus, et au moins 1,000 livres.

Il sera pourvu par un rglement aux sommes ncessaires pour les achats
des livres, les frais de Bureau, entretien des btimens et autres
dpenses.

Le Bibliothcaire principal sera nomm par le Dpartement: les
Bibliothcaires seront choisis, autant qu'il sera possible, parmi les
Sujets des Congrgations Ecclsiastiques supprimes.

Le Bibliothcaire de chaque Dpartement sera tenu de correspondre
exactement et dans les formes qui seront prescrites par un rglement
particulier, avec le Commissaire de l'Instruction publique, charg
spcialement de l'administration des Bibliothques.

IV.

Le directoire de chaque Dpartement veillera avec soin,  ce que le
Bibliothcaire du Dpartement se procure promptement deux exemplaires
bien conditionns de chaque livre nouveau imprim dans son ressort.

L'un des deux restera dans la Bibliothque du Dpartement, l'autre
sera adress aussitt  la Bibliothque gnrale tablie  Paris, dont
il sera fait mention article V. Ce dernier tablissement remboursera
le montant de cette dpense au Dpartement, si le livre ne vient pas
de la libralit de l'Auteur, diteur, ou Libraire.

V.

Il sera form  Paris un tablissement, sous le titre de Bibliothque
nationale, faisant, partie de l'Institut, entretenu aux frais du
Trsor public, et divis en six tablissemens, pour le plus grand
avantage de ceux qui cultivent les Sciences.

Chacun d'eux prendra le nom de la science  laquelle il sera
particulirement affect.

Le principal tablissement restera quant  prsent, rue de Richelieu,
et contiendra la runion de tous les livres, dans toutes les matires,
ainsi que les collections de divers genres qu'il renferme dj, ou qui
pourroient y tre jointes; les cinq autres seront distribus dans les
quartiers de la Capitale o ils pourront tre le plus utiles, et
contiendront chacun de 40,000  80,000 volumes: chacun de ces cinq
tablissement sera affect particulirement  chacune des cinq
divisions des matires de Bibliographie, et en contiendra les
ouvrages, indpendamment des livres lmentaires des quatre autres
divisions.

Les Bibliothques des maisons ecclsiastiques et religieuses et
tablissemens supprims serviront  enrichir et former ces cinq
dpts; les achats ou prsens des livres nouveaux les completteront
par la suite.

La Bibliothque de la Municipalit sera en mme temps la Bibliothque
du Dpartement, conformment  l'article du prsent dcret; elle
embrassera toutes les matires bibliographiques, et sera augmente et
complette pareillement avec les livres des maisons ecclsiastiques et
religieuses, et autres tablissemens supprims, indpendamment des
acquisitions qu'elle pourra faire sur les fonds qui lui seront
affects.

VI.

Toute personne qui dsirera travailler dans une Bibliothque publique,
y sera admise tous les jours hors les Dimanches et ftes, soit dans la
Bibliothque, soit en prsence du Bibliothcaire, dans une salle
particulire de travail, si le local permet d'en avoir une attenante
au dpt gnral des livres.

On n'y travaillera que pendant le jour; les Rglemens pourvoiront  la
commodit des citoyens studieux, comme  la conservation des livres.

VII.

Il n'y aura plus d'obligation aux Libraires, diteurs et Auteurs, de
fournir des exemplaires de leurs ouvrages aux Bibliothques publiques.




PRIX

ET ENCOURAGEMENS.


Les prix et rcompenses mrits par le talent, devant tre diversement
honorifiques et quelquefois pcuniaires; tantt offerts par la
reconnoissance de la Nation, tantt dcerns par celle d'un lieu
particulier, devant se placer  ct des plus petits efforts de
l'enfance et atteindre les plus hautes conceptions du gnie, sont
promis, sont assurs par l'Assemble Nationale.

Mais,  raison du grand nombre de dtails ncessaires pour que toutes
les proportions soient bien observes, et qu'aucun genre de mrite ne
soit priv de son encouragement et de sa rcompense, ils ne seront
dtermins et classs que d'aprs un rglement qui sera prsent sur
cet objet  la lgislature par les Commissaires de l'Instruction
publique.




MTHODES

ET LIVRES LMENTAIRES.


L'Assemble Nationale met au rang des bienfaits publics les bons
livres lmentaires sur toutes les connoissances humaines, les
mthodes propres  agrandir et  perfectionner les facults
principales de l'homme, les procds bien prouvs, destins 
faciliter l'application des principes dans la pratique des arts;
toutes les dcouvertes, soit dans les arts, soit dans les sciences, et
particulirement les ouvrages de tout genre qui serviront le mieux la
morale. Elle veut que l'Institut national mette en usage tous ses
moyens pour arriver  ces grands rsultats, qu'il attache  leur
recherche tous les talens, tous les efforts de l'mulation publique,
et elle ordonne aux Commissaires de l'instruction de faire parvenir,
sans dlai, aux Dpartemens tout ce que, sur ces divers objets,
l'institut aura, par un suffrage solemnel, recommand  la confiance
publique.




SPECTACLES.


ARTICLE PREMIER.

Les Commissaires de l'instruction, dont la surveillance devra
s'tendre sur les spectacles, respecteront la libert du talent dans
le choix des sujets des diffrentes pices; mais ils dcideront
quelles sont les pices qui, aux jours des ftes nationales et 
l'occasion des grands vnemens, mriteront d'tre, aux frais de la
Nation, reprsentes gratuitement.

II.

Les pices de thtre feront un des objets particuliers pour lesquels,
d'aprs le voeu prononc et soutenu de l'opinion publique, et sur le
jugement motiv de l'Institut, il sera accord des prix et des
rcompenses nationales.




FTES.


L'Assemble Nationale ayant dcrt constitutionnellement qu'il seroit
tabli des ftes nationales, mais jugeant que la priodicit pourroit
en affoiblir l'intrt, si elle s'tendoit sur un grand nombre,
ordonne que deux ftes seulement seront tablies pour tout le Royaume;
l'une, sous le nom de la libert, qui sera clbre tous les ans le 14
Juillet; l'autre, en faveur de l'galit, qui sera fixe au 4 Aot.
Elle laisse aux Directoires des Dpartemens le soin de donner  ces
ftes toute la solemnit qu'elles requirent, comme aussi la facult
d'en tablir de particulires, lorsque des circonstances locales ou
mme des vnemens gnraux leur parotront le demander: elle charge
les Commissaires de l'instruction publique de prsenter, le plutt
possible, au Corps lgislatif un mode gnral d'organisation pour ces
ftes.




DUCATION DES FEMMES


ARTICLE PREMIER.

Les filles ne pourront tre admises aux coles primaires que jusqu'
l'ge de huit ans.

II.

Aprs cet ge, l'Assemble Nationale invite les pres et mres  ne
confier qu' eux-mmes l'ducation de leurs filles, et leur rappelle
que c'est leur premier devoir.

III.

Il sera pourvu, dans chaque Dpartement, aux moyens de former des
tablissemens destins  procurer aux filles qui sortiront des coles
primaires ou de la premire ducation paternelle, la facilit
d'apprendre des mtiers convenables  leur sexe.

IV.

Il sera pourvu aussi, par les Dpartemens,  l'tablissement d'un
nombre suffisant de maisons d'ducation pour les filles qui ne
pourront tre leves dans la maison paternelle.

V.

Ces maisons seront diriges par des Institutrices nommes par les
Directoires des Dpartemens.

VI.

Les Dpartemens prescriront des rgles  ces tablissemens, veilleront
 leur excution, pourront destituer les Institutrices dont la
conduite ne rpondroit pas  la confiance publique.

VII.

Ils fixeront le prix des pensionnats et les traitemens des
Institutrices, et les proportionneront aux objets d'enseignement
qu'elles seront capables de professer pour leurs lves.

VIII.

Toutes les instructions donnes aux lves dans les maisons
d'ducation publique, tendront particulirement  prparer les filles
aux vertus de la vie domestique, et aux talens utiles dans le
gouvernement d'une famille.




DES COMMISSAIRES

DE

L'INSTRUCTION PUBLIQUE.


    Les Commissaires de l'instruction publique, sont tablis pour
    runir en un centre commun, et rpandre dans tout l'Empire
    tous les moyens d'instruction propres  maintenir l'unit des
    principes et  perfectionner cette partie essentielle de
    l'organisation sociale.

ARTICLE PREMIER.

Il sera tabli  Paris une Administration centrale sous le nom de
Commission gnrale de l'Instruction publique. Ses Membres seront au
nombre de six, et auront le titre de Commissaires de l'instruction
publique.

II.

Il sera tabli, sous chaque Commissaire, un Inspecteur. Les
Inspecteurs pourront, tre momentanment envoys dans les divers
tablissemens d'instruction du Royaume, lorsque la Commission le
jugera ncessaire.

III.

Les Commissaires et Inspecteurs seront nomms par le Roi, qui pourra
ensuite les suspendre de leurs fonctions; mais l'instruction tant la
premire dfense contre les abus de l'autorit, leur destitution ne
pourra tre prononce que sur un jugement du Corps lgislatif.

IV.

Les Commissaires se partageront entr'eux les divers objets de
l'instruction, et chacun fera excuter, sous sa responsabilit, les
Lois relatives  la partie dont il aura t charg.

V.

Ils auront sous leur surveillance tout ce qui tient  l'instruction,
tout ce qui concerne les prix et concours qui seront ouverts pour tous
les objets d'utilit publique, les Spectacles, les Ftes Nationales,
les Arts, les Bibliothques publiques forme de celles des Maisons
religieuses, la Bibliothque Nationale, la Correspondance de toutes
les Bibliothques.

VI.

Il sera nomm dans chaque Directoire de Dpartement, un membre charg
de la surveillance de ce qui concerne l'instruction; il sera tenu de
donner connoissance tant de l'tat que des besoins de l'instruction
publique dans le Dpartement.

VII.

Tous les biens et revenus destins  l'ducation publique seront sous
la surveillance des Commissaires: ils rendront compte, tous les ans, 
l'Assemble lgislative de la situation de ces biens.

VIII.

Ils prsenteront, chaque anne,  l'Assemble lgislative un tat des
progrs de l'instruction dans toutes les parties du Royaume.

IX.

Ils nommeront, pour la premire fois, aux places de nouvelle cration
dont la nomination n'aura pas t attribue aux Corps administratifs,
et rendront un compte public des motifs de leurs choix.

X.

Ils seront tenus de prsenter au Corps lgislatif, dans le plus court
dlai possible, et dans l'ordre des besoins pressans, des projets de
rglement sur tous les objets de dtail qui ne se trouveront points
compris dans les articles prcdens.

XI.

La Commission gnrale nommera son Secrtaire et les Employs des
Bureaux: elle prsentera  l'Assemble lgislative l'tat des Employs
ncessaires, pour, ledit tat, tre dcrt ainsi qu'il conviendra.

XII.

Le traitement des Commissaires sera de 15,000 livres, celui des
Inspecteurs de 8,000 livres.

       *       *       *       *       *

    _Nota._ Il nous eut sembl possible et conforme aux principes
    d'attacher davantage l'instruction publique au Corps
    lgislatif; mais un Dcret ayant dj plac cet objet sous la
    surveillance active d'un des Dpartemens du Pouvoir excutif,
    nous avons d nous conformer  cette disposition; nous avons
    seulement recherch des moyens pour que l'Administration
    nouvelle,  qui l'Instruction sera spcialement confie,
    contenue par l'opinion autant que par sa responsabilit, ne
    s'cartt point de son but, et favorist la plus entire et la
    plus libre propagation des lumires.


LIBERT DE L'ENSEIGNEMENT.

Il sera libre  tous particuliers en se soumettant aux Lois gnrales
sur l'enseignement public, de former des tablissemens d'instruction;
ils seront tenus seulement d'en instruire la Municipalit, et de
publier leurs rglemens.


PROLONGATION PROVISOIRE DE L'ENSEIGNEMENT ACTUEL.

Les Universits et corporations charges maintenant de l'Instruction
publique continueront leurs fonctions jusqu'au parfait tablissement
des nouveaux moyens d'Instruction qui devront leur succder; aprs
quoi elles seront supprimes.[13].

    [13] L'Assemble Nationale dcidera si, par son Dcret du
    [date laisse en blanc]  l'poque duquel aucune des parties de
    l'instruction n'toit organise, elle a entendu exclure les
    Membres des Lgislatures des emplois nombreux relatifs 
    l'instruction publique.

FIN.





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les 10, 11 et 19 Septembre 1791, by Maurice Talleyrand-Prigord

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paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
